Pourquoi Reims est-elle la seule ville à avoir érigé un monument à la gloire des infirmières

A Reims un monument unique en France, a été érigé en 1924, place Aristide Briand, en hommage aux infirmières de la Première Guerre mondiale. En voici son histoire. 
 
Le monument dédié aux infirmières à Reims. Place Aristide Briand.
Le monument dédié aux infirmières à Reims. Place Aristide Briand. © FTV
C’est vrai qu’il suscite un intérêt particulier en ce moment, ce monument dédié aux infirmières de la Grande Guerre. Les personnels soignants se mobilisent et se battent jours et nuits pour soigner les malades du covid-19 en ce printemps 2020, un combat qui fait écho aux guerres du passé.

Erigé en 1924, à Reims, le monument "à la gloire des infirmières françaises et alliées victimes de leur dévouement", rend hommage aux infirmières tombées sous les feux de l’ennemi entre 1914 et 1918. Il s’impose du haut de ses cinq mètres, place Aristide Briand à Reims qu’on appelait autrefois le square de l’esplanade Cérès, à la croisée du boulevard Lundy, du boulevard de la Paix, de l'avenue Jean-Jaurès et de la rue Cérès. Une œuvre de l’architecte Charles Girault et du sculpteur Denys Puech.
 


Pourquoi la ville de Reims a-t-elle été choisie pour ériger ce monument unique en France ?

François Cochet, un historien rémois, nous raconte l'histoire de ce monument. "La ville de Reims a été choisie, car c’est elle en France qui a payé le plus lourd tribut à la première guerre mondiale avec près de 800 victimes civiles tuées suite aux bombardements incessants de l’ennemi allemand. Pendant quatre ans, la ville est bombardée 1.100 jours consécutifs. Ce monument dédié aux infirmières est sans doute unique en France. Il rend hommage aux infirmières civiles de la Grande Guerre (1914-1918) et non pas aux infirmiers militaires composés exclusivement d’hommes".
 
"Ce monument n’est pas non plus dédié aux infirmières religieuses pour bien marquer la distance entre le pouvoir politique et l’église catholique suite à la loi de séparation de 1905 qui instaure la laïcité. Et cette guerre suscita de nombreuses vocations d’infirmières. En particulier dans les milieux bourgeois où il était de bon ton de faire une bonne œuvre. Des femmes au premier plan, beaucoup de métiers se sont féminisés à ce moment-là, mais également après la guerre, comme dans le milieu enseignant, les services postaux ou les métiers du secrétariat"
 
Une plaque en hommage aux infirmières et brancardiers victimes de leur devoir.
Une plaque en hommage aux infirmières et brancardiers victimes de leur devoir. © FTV


Par qui est venue l’idée de ce monument ?

"Justement par une féministe ! Juliette Lambert épouse Adam, écrivaine, amie de George Sand et surnommée « la grand-mère de la patrie ». A la fin de la guerre 14-18, elle lance une souscription internationale pour l’édification d’un monument à la mémoire de ces femmes infirmières dont les noms ne figurent jamais sur les monuments aux morts. Le président Raymond Poincaré, comme les maréchaux Foch et Joffre, qui font partie du comité d’honneur, lui apportent leur soutien. De nombreux pays étrangers aident au financement"

L’inauguration se déroule le 11 novembre 1924 en présence d’autorités civiles, militaires et religieuses de Reims. Juliette Adam, alors âgée de 88 ans, fait lire son discours en s’excusant de son grand âge, dont voici un extrait : "Toutes ces nobles femmes ont donné aux combattants le secours immédiat et l’espoir d’une courte ou lente guérison".

Toutes les infirmières ont laissé dans le cœur de ceux qui ont survécu à l’horrible hécatombe, le noble sentiment de la reconnaissance. 
- Juliette Adam, à l'origine du monument à Reims
 

La stèle représente deux infirmières avec un soldat blessé.
La stèle représente deux infirmières avec un soldat blessé. © FTV


Un nouveau monument pour les personnels de santé à Reims ?

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale une plaque commémorative a été rajoutée sur le monument. En hommage aux infirmières et brancardiers victimes de leur devoir sous le bombardement allié américain du 30 mai 1944 qui a fait 52 morts  à Reims. Un bombardement "stratégique" sur la gare de Reims à la veille de la débâcle allemande mais qui s’est transformé en horreur.

Après le confinement liée à la pandémie de covid19, peut-on imaginer  d’y ajouter une plaque, voire d’édifier pourquoi pas un nouveau monument à la gloire de nos personnels soignants ? François Cochet nous répond : "Pourquoi pas ? Tout monument est forcément daté, nous ne sommes pas dans le même type de guerre, mais on peut le rhabiller, le reconsidérer pour en faire un point d’ancrage en l’honneur des personnels soignants qui sont au front.  Ce lieu qui a le mérite d’exister, peut devenir un symbole fort à l’issue du confinement et faire rayonner un peu plus la ville de Reims." 

 
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