Coronavirus : à Reims, des "coronapistes"  à l'étude pour les cyclistes

La Ville de Reims réfléchit à la mise en place de pistes cyclables temporaires, jusqu’à la fin de l’été.  Le vélo est vu comme une alternative alors que la peur de la contagion pourrait pousser les Rémois à éviter les transports en commun. Plusieurs axes pourraient être aménagés. 

Une piste cyclable temporaire dite "coronapiste" à Montpellier, le 24 avril dernier.
Une piste cyclable temporaire dite "coronapiste" à Montpellier, le 24 avril dernier. © MaxPPP/ Richard de Hullessen
Paris, Lyon, Montpellier, Rennes, Nantes… la plupart des métropoles françaises y réfléchissent. Reims aussi. Et si le déconfinement passait dans la Cité des Sacres par des pistes cyclables temporaires ? « La réflexion est engagée. On étudie cela avec les services », confirme Laure Miller, adjointe au maire de Reims chargée notamment des espaces publics et de l’écologie urbaine. Le constat est simple : à partir du 11 mai, les transports en commun pourraient être boudés par peur de la contagion au coronavirus, "même s'ils vont s'adapter côté sécurité sanitaire". Le vélo apparait comme un moyen sûr de se déplacer, en respectant les règles de distanciation. 
 

Le vélo, sûr en période d'épidémie

« La décision sera prise dans les deux semaines », explique l’adjointe au maire de Reims. Très prudente sur le dossier, elle rappelle que le dispositif « se doit d’être compatible avec le trafic automobile. Reims est un peu une ville à la campagne, avec des gens venant parfois de loin. Il ne faut pas embouteiller certains axes ».  Une réunion avec l’association Vél’Oxygène s’est tenue la semaine dernière. « Nous travaillons sur les parcours, la ville travaille sur la mise en place », explique François Stoltz, président de l’association qui rassemble 500 « vélotafeurs » sur l’agglomération. Dans un tweet, Vel'Oxygène Reims appelle les villes françaises à suivre les exemples étrangers.
 

A Reims comme ailleurs, l’idée est de suivre les préconisation d’un organisme public, le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) qui prône la condamnation de certaines voies réservées aux voitures. Ces « coronapistes », plus larges que des pistes cyclables classiques, prendraient donc place sur des chaussées à deux voies, de manière à en laisser au moins une aux voitures. « L’idée serait de faire le lien entre les quartiers, avec des itinéraires qui n’existent pas aujourd’hui », explique l’élue.  Pour matérialiser ces voies, un système de plots arrimés à la chaussée est privilégié à de la peinture au sol. 
 

Quatre axes proposés à la Ville 

Selon Vel’Oxygène, quatre grands axes sont à l’étude. Un premier pourrait aller de la place de la République à proximité du Boulingrin jusqu’à la zone Farman, en passant par la place Cérès et les  boulevards de la Paix et Henry Vasnier. 
Un autre parcours lierait le pont de Vesle à Tinqueux, via l’avenue de Paris. Un troisième mènerait du boulevard de la Paix au boulevard Wilson, via la rue de Venise et le boulevard Marchandeau.   

Un dernier, enfin, plus compliqué à mettre en place, pourrait mener du boulevard de la paix au pont de Witry, via le boulevard Saint-Marceaux et l’avenue Jean Jaurès. « On essaie d’apporter des solutions simples et peu onéreuses », insiste le président de l’association, « la voie autrefois ouverte aux voitures ne serait condamnée qu’en l’absence de piste cyclable ou de couloir de bus (que les vélos sont autorisés à emprunter, ndlr) »

 

La municipalité rémoise, elle, confirme étudier ces propositions. Tout en excluant de fait la dernière sur l’axe Jaurès. Mais l’idée, même appliquée que partiellement, serait d’une rare ambition dans une ville longtemps réputée peu accueillante pour les cyclistes.  Autant dire que l’hôtel de ville veut limiter les risques de couacs.

Il ne faut pas faire les choses à la va-vite. Il faut qu’il y ait acceptation du dispositif.
-Laure Miller, adjointe au maire de Reims, déléguée à l'écologie urbaine


"Il ne faut pas faire les choses à la va-vite. Il faut qu’il y ait acceptation du dispositif. Bogota (capitale de la Colombie pionnière en matière de « coronapistes », ndlr) est passée en quelques jours de 100 kilomètres de pistes… à 25. Il faut éviter cela », insiste Laure Miller, qui en profite pour rappeler que la demande initiale portée par Vél’Oxygène de 25 km de pistes cyclables « n’est pas réaliste ».  Si un ou plusieurs tracés sont confirmés, l’expérimentation pourrait durer jusqu’à fin août. En cas de forte affluence, la ville se dit prête à réfléchir à une pérennisation. 
 

"Changer de logiciel"

Avant cela, il faudra trouver les entreprises et mobiliser les services municipaux pour faire les aménagements nécessaires. Pas simple. Autant dire qu’une mise en route pour le 11 mai semble peu réaliste. « Je préfère qu’on perde 15 jours et qu’on ait un réseau efficace », insiste le président de Vél'Oxygène, décidément très en phase avec l’Hôtel de ville. Pour lui, comme pour les autres défenseurs du vélo en ville, au delà de l’aspect sanitaire, la période est propice au changement, « le confinement  a conduit à une amélioration de la qualité de l’air et à une baisse du bruit. Tout le monde y est sensible ». Un changement auquel semble prêt aussi le maire de Reims, Arnaud Robinet, qui insiste depuis le début de la crise sur la nécessité de « changer de logiciel ». Alors, coronapistes ou pas ? La décision lui appartiendra. 
 
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