Déconfinement : à Reims, faut-il pérenniser les pistes cyclables provisoires ?

En place depuis le déconfinement, les pistes cyclables provisoires dites sanitaires ont pour objectif d'encourager les rémois à préférer le vélo aux transports en commun. Des itinéraires sécurisés que certains cyclistes rêvent de voir se pérenniser à l'inverse des automobilistes.
Reims, intersection Boulevard de la paix. Cet itinéraire qui relie la place de la République à la zone Farman est très critiquée par les automobilistes.
Reims, intersection Boulevard de la paix. Cet itinéraire qui relie la place de la République à la zone Farman est très critiquée par les automobilistes. © Matthieu Mercier/ France Télévisions

Tinqueux- rue de Vesle, avenue Paul Marchandeau- boulevard de la Paix et place de la République-zone Farman, ce sont les trois itinéraires sécurisés mis en place provisoirement à Reims au moment du déconfinement. Près de 8,5 km de pistes cyclables qui depuis quelques semaines changent le quotidien des cyclistes et automobilistes rémois. Il y a ceux qui sont surpris de constater que la circulation en voiture ne soit plus aussi fluide et ceux qui ont découvert ou redécouvert le plaisir de se rendre au travail en vélo.

"Si vous prenez aujourd'hui le boulevard Lundy, vous êtes en sécurité par rapport aux voitures. Beaucoup de familles empruntent ces pistes très clairement depuis le déconfinement avec des enfants. J'ai vu énormément d'enfants avec leurs parents sortir en fin de journée, ce qu'on ne voyait jamais", constate François Stoltz, président de l'association Vél'Oxygène de Reims.

"On n'a pas l'habitude d'avoir des bouchons à Reims"

Un constat que partage Laure Miller, adjointe au maire déléguée à l'écologie, à la nature en ville et aux aménagements publics. "Il y a en qui paraissent évident comme le boulevard Lundy et qui pourrait être à terme être maintenu. Faut juste qu'on étudie techniquement avec la voirie comment on pourrait les pérenniser". Et c'est bien ce que craint, le porte-parole de l'Automobile club association (ASA), Yves Carra. "Ce sont des pistes provisoires et j'ai peur qu'elles soient déjà définitives dans l'esprit de certains politiques alors que l'on n'a pas fait d'études sur l'impact de ces pistes sur la circulation. Et on voit qu'elle est négative car il y a évidemment de plus en plus de bouchons".

Depuis l'apparition de ces pistes, les automobilistes doivent prendre leur mal en patience
Depuis l'apparition de ces pistes, les automobilistes doivent prendre leur mal en patience © Matthieu Mercier/France Télélvisions

Et certains automobilistes rémois ne vont pas le contredire. Depuis plusieurs semaines, la circulation est en effet difficile aux heures de pointes sur l'axe qui relie la rue de la République à la zone Farman. La municipalité le reconnaît. "On n'a pas l'habitude d'avoir des bouchons à Reims. Je comprends l'agacement que cela peut générer mais faut relativiser, assure Laure Miller, adjointe au maire de Maire. D'ailleurs les services de la voirie sont déjà en alerte et "surveillent un peu ce qui se passe. Si les choses s'aggravent vraiment, que les bouchons deviennent problématiques, on ajustera, au fur-et-à mesure de la situation", précise l'élue. 

Cyclistes contre automobilistes, à quand le vrai partage de la route?
Cyclistes contre automobilistes, à quand le vrai partage de la route? © Thierry Doudou

Comptages et Aménagements 

Chez Vél'Oxygène, à l'initiative de ces trois itinéraires de bandes cyclables, on entend aussi l'inquiétude des automobilistes. D'ailleurs l'association de cyclistes réfléchit à des aménagements notamment sur le tronçon qui fait la jonction entre les boulevards Pommery, Henry de Vasnier et la rue des Crayères, en montant vers le Parc de Champagne. 

Ils ont raison sur un point. On va demander des modifications à la ville pour que cette piste devienne bi-directionnelle et supprimer celle qui descend vers le centre-ville car oui celle-ci crée des bouchons,
- François Stoltz, président de Vél'oxygène, association rémoise de cyclistes

Avec ses amis "Vélotafeurs", François Stoltz va organiser entre le 15 mai et le 15 juin, des opérations de comptage. De son côté, la ville est d'ores et déjà sur le terrain. "Il y a des comptages depuis le début de la semaine. On pourra ensuite se baser sur des chiffres pour prendre des décisions. On attend de voir comment ça va se passer dans les semaines qui vont venir et notamment au mois de juin. C'est ça qui va vraiment être déterminant", souligne Laure Miller. 

Le représentant des automobilistes espère cette fois-ci être invité à la table des discussions rémoises. "A Strasbourg, on est dans les commissions pour discuter et développer la mobilité plurielle. Là, on n'a pas eu le temps mais attention c'est provisoire. Et si on veut en garder certaines, il faudra que l'étude de l'impact de la circulation de l'automobile et autres, soit vraiment bien étudiée et adaptée aux circonstances. C'est-à-dire une fois que tout le monde aura repris", prévient Yves Carra, porte-parole de l'automobile club association. 

Pour l'heure, rien n'est encore décidé mais des pistes se dessinent. Initialement prévues jusqu'à fin août, certaines bandes cyclables pourraient clairement être amenées à devenir définitives à Reims, commune réputée peu accueillante pour les amateurs de vélos. "C'est un engagement d'Arnaud Robinet pendant la campagne. Il a été rééelu donc il a bien l'intention de travailler activement sur le sujet", rappelle l'élue chargée de l'écologie et des aménagements publics. 

Certaines bandes cyclables pourraient être amenées à devenir définitives à Reims
Certaines bandes cyclables pourraient être amenées à devenir définitives à Reims © Matthieu Mercier/France Télévisions

Un premier bilan sera fait au début de l'été mais l'équipe municipale a l'intention de s'attaquer au problème de maillage des voies cyclables. L'objectif est de créer une vraie continuité pour permettre aux gens qui n'ont pas forcément l'habitude de prendre leur vélo pour aller travailler, le fassent en toute sécurité. C'est pourquoi VélOxygène réclame que sur l'axe rue de Venise au boulevard Saint-Marceau, le passage de la rue Gerbert à la rue Lieutenant Herdouin soit conservé. "Parce que sans ces deux rues là, on ne peut pas circuler en vélo en sécurité. J'ai demandé à la ville que cela deviennent définitif", affirme François Stoltz. 

Avec le confinement, chacun s'est habitué à entendre les oiseaux chanter en ville, à apprécier la qualité de l'air, et si on commençait à s'habituer en tant qu'automobiliste à partager la route avec les cyclistes. 

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