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Déremboursement de l'homéopathie. A Reims, les 32 salariés du laboratoire Boiron inquiets pour leur avenir

Les salariés de Boiron, à Reims, craignent pour les 32 emplois du site / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
Les salariés de Boiron, à Reims, craignent pour les 32 emplois du site / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

Les annonces de la ministre de la Santé Agnès Buzyn à propos d'un déremboursement de l'homéopathie par la Sécurité sociale inquiètent les 32 salariés du laboratoire Boiron, persuadés que le site de Reims serait voué à la fermeture.

Par Florence Morel

En fin d'après-midi ce lundi 29 avril, l'effectif n'est pas au complet, mais les salariés présents enfilent leur blouse blanche estampillée "Boiron" pour poser devant les banderoles qu'ils ont affichées devant le site du laboratoire à Reims. Tous sont unanimes, si la Sécurité sociale ne rembourse plus l'homéopathie, "le site est voué à la fermeture".

"On a l'impression que la ministre a déjà pris sa décision", craint Catherine Richard, docteure en pharmacie et directrice du site. Selon elle, l'avenir du site est entièrement conditionné aux médicaments remboursés. "Si le déremboursement est acté, on ferme, assure-t-elle. Nos commandes concernent essentiellement des produits remboursés." Le 10 avril dernier, à l'échelle nationale, le laboratoire a lancé une pétition "Mon homéo mon choix", qui a recueilli à ce jour plus de 250.000 signatures.

De leur côté, les académies de médecine et de pharmacie ont publié un rapport en faveur du déremboursement le 28 mars dernier. La ministre de la Santé Agnès Buzyn annonçait au micro de BFM TV il y a un an exactement que ce type de traitement est "probablement un effet placebo", tout en ajoutant : " Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal!" Et Catherine Richard de s'offusquer : "Si c'était des placebos, on ne se battrait pas."

Elle argumente : "Nous avons averti les politiques. La députée des Ardennes Bérengère Poletti s'est elle aussi prononcée pour l'homéopathie, comme Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France."

Dans sa publication Facebook du 23 avril, la députée des Ardennes Bérengère Poletti "refuse le déremboursement de l'homéopathie"
 

Un effet "cascade"


Outre la polémique, les salariés rémois craignent pour leur emploi. Pharmaciens, ouvriers et techniciens qualifiés… tous ont en moyenne 20 ans d'ancienneté dans le laboratoire rémois et ont envoyé une lettre au président de la République, aujourd'hui sans réponse.

Cédric Levasseur, représentant du laboratoire Boiron dans six départements du nord-est de la France redoute un "effet cascade". D'abord pour les prestataires qui dépendent du site rémois, mais aussi pour "les pharmaciens qui craignent pour leur commerce", assure-t-il. "C'est vrai que le déremboursement fragilisera notre magasin", concède une pharmacienne du centre-ville de Reims, dont 10% de la clientèle arrive avec des ordonnances d'homéopathie. Elle ajoute :

"Si l'homéopathie est déremboursée et considérée comme complément alimentaire, les clients pourront la consommer en grande surface. En général, les personnes qui viennent chercher de l'homéopathie viennent aussi pour des conseils et consomment d'autres produits."
- Une pharmacienne du centre-ville de Reims.


Françoise Conrardy, gérante de la pharmacie Conrardy à Charleville-Mézières, qui travaille avec le laboratoire rémois, détaille : "Cela ne jouera pas sur les emplois dans ma boutique, mais cela représentera une baisse, c'est sûr." Elle se pose ouvertement contre le déremboursement : "Ce n'est remboursé qu'à 35%, les mutuelles assurent le reste. Ce n'est pas là-dessus qu'ils feront des économies." En 2016, les remboursements de la Sécurité sociale d'homéopathie représentaient 55,7 millions d'euros sur un total de 19,9 milliards d'euros selon le Monde.

Fin 2018, face à la polémique, la ministre de la Santé avait finalement assuré s'en remettre à la Haute Autorité de Santé (HAS), qui devait statuer fin février 2019. Finalement, son avis est attendu pour le mois de juin 2019. Selon nos collègues de France 3 Rhône-Alpes (le siège de l'entreprise se situe à Lyon), en cas d'annonce de déremboursement, le laboratoire Boiron envisage plusieurs recours.
 

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