Festival de Cannes : l'actrice Marie-Jo Khojandi, ex-juriste, histoire d'une reconversion professionnelle à 60 ans

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Marie-Jo Khojandi a longtemps travaillé dans le droit... Elle est ensuite devenue actrice (notamment dans "Les Nuits de Mashhad", primé au festival de Cannes) et a raconté son histoire sur le plateau de France 3 Champagne-Ardennne, samedi 28 mai.

Reims (Marne), l'Iran et la Jordanie, sans oublier la capitale et le prestigieux festival de Cannes (Alpes-Maritimes)... Marie-Jo Khojandi a la bougeotte, que ce soit dans ses déplacements ou sa carrière.

Autrefois, elle travaillait dans le milieu du droit. Mais les sirènes du cinéma l'ont appelée et la voilà désormais actrice. Elle avait goûté à ses premiers tapis rouges via son fils, Kyan Khojandi, à l'origine de Bref, série renommée (elle y est d'ailleurs apparue). Mais c'est maintenant en son nom propre qu'elle y défile.

Sitôt sa formation de trois années au célèbre cours Simon achevée, elle est apparue à partir de 2016 dans plusieurs films. Et se trouvait sur le plateau de France 3 Champagne-Ardenne, où la journaliste et présentatrice Layla Landry l'a interviewée samedi 28 mai 2022 (voir carte ci-dessous). 


Comment c'était de fouler le tapis rouge ?

"Ça a été magique [de monter les marches du Festival pour le film Les Nuits de Mashhad, Holy Spider en anglais]. Une très grande émotion évidemment. Ce n'était pas la première fois que je montais les marches, j'avais été invitée par Kyan en 2013 et ça avait déjà été un moment très fort. Mais là, c'est moi qui montais, un moment à moi. Un moment fort de symbole, car j'ai toujours rêvé d'être comédienne, et je n'avais jamais osé espérer [les remonter]." 


Racontez-nous votre film ?

"Ça part de faits réels, qui se sont déroulés en 1984 dans la ville-sainte de Mashhad, dans l'est de l'Iran. Ce n'est pas un thriller, même s'il y a un serial-killer [tueur en série; ndlr] : ce n'est pas un film sur lui, mais un film engagé contre l'injustice sociale et la misogynie."

Film engagé

De quoi ça parle ?

"Ça parle de la liberté des femmes. Et pour la première fois, un réalisateur, certes danois mais d'origine iranienne, les met en lumière et leur donne un rôle réel. Le premier rôle, une femme indépendante et journaliste, est d'ailleurs tenu par une excellente comédienne [Zahra Amir Ebrahimi; ndlr], j'espère qu'elle sera primée [elle a effectivement remporté le prix d'interprétation féminine, voir la vidéo ci-dessous; ndlr]." 


Et quel était votre rôle ?

"J'ai tenu un second rôle, il y en avait beaucoup. Un rôle atypique, je dois dire, complètement hors de propos... J'incarnais l'une des victimes, une vieille prostituée complètement détruite par la vie, la drogue. En fait, j'incarnais cette misère, cette injustice sociale."

Vous y parlez en persan, comment avez-vous fait ?

"J'ai dû demander à une amie, une Rémoise d'ailleurs, originaire de cette ville de Mashhad, un coaching [accompagnement; ndlr] accéléré pour avoir l'accent, car c'est un accent particulier." 

Fin d'une carrière, début d'une autre

Alors qu'avant, vous étiez juriste ?

"Je me suis offert une formation au cours Simon, pour mes 60 ans. J'en rêvais depuis l'âge de 9 ans. Ça ne s'est pas fait avant, peut-être à cause d'une injustice - encore une - et c'est peut-être pour ça que le scénario m'a parlé. Mes parents m'ont refusé cette carrière : ça ne se faisait pas pour une jeune fille d'être comédienne, ce n'était pas un métier, c'était peut-être s'exposer à des risques particuliers et à une vie dissolue." 

Quel a été le déclic ?

"C'est Kyan, qui a décidé de lâcher sa future et sans doute brillante carrière d'avocat pour devenir comédien. Ça a été le déclenchement. Tout ce qui était profondément enfoui en moi s'est révélé. Et je me suis dit : pourquoi je ne tenterais pas au moins les cours de théâtre ? Pour au moins tenter de réaliser quelque chose ?"

Et vous avez une anecdote à ce sujet...

"Oui... J'étais à Reims, dans le centre-ville, je dépendais de la cathédrale, dans laquelle j'allais à la messe tous les dimanches. Mais il se trouve que j'avais appris que des cours étaient dispensés par des professionnels comédiens de l'Opéra dans le petit théâtre qui se trouve à son sommet. On passait par l'entrée des artistes, près de laquelle je passais déjà pour aller à la messe. Donc au lieu d'y aller, je bifurquais et grimpais tout là-haut." 

Pensez-vous avoir réalisé votre rêve ?

"Ah oui, vraiment. Un rêve qui ne va peut-être pas se terminer tout de suite, j'espère. J'espère que le fait d'avoir eu un rôle dans ce film, ce pourquoi je remercie le réalisateur et mon agent, amènera à d'autres rôles... Peut-être des grands rôles ?"