Les forains de Champagne-Ardenne, à l’arrêt depuis octobre 2020, veulent se faire entendre

Ils estiment être aussi les oubliés, les « sans voix » de la pandémie. Les forains de Champagne-Ardenne se mobilisent pour comprendre pourquoi le décret du 16 octobre 2020 les contraint toujours à l’arrêt total.

Les forains de Champagne-Ardenne se mobilisent pour tenter de faire abroger le décret qui les empêchent de travailler.
Les forains de Champagne-Ardenne se mobilisent pour tenter de faire abroger le décret qui les empêchent de travailler. © T. Caruel / France Télévisions

"On n’a aucune visibilité sur l’avenir de la fête foraine. Il y a un décret qui interdit les fêtes foraines suite à la Covid. Nous sommes comme les restaurants, les boîtes de nuit et tout ce qui peut être fermé. Nous n’avons aucune date de réouverture". Ingrid Muller, présidente de l’association des forains de Reims parle au nom de tous. Les forains de Champagne-Ardenne ne comprennent plus pourquoi ce décret du 16 octobre 2020 reste en place. "Nous sommes à l’extérieur. Chaque stand a son propre protocole sanitaire avec le gel hydro-alcoolique, un siège sur deux dans les manèges. On ne comprend pas pourquoi notre profession est dans ce décret et on voudrait le faire lever. Pour moi, reprend Ingrid Muller, il n’y a pas plus de danger sur une fête foraine que dans une grande surface ou que dans une rue piétonne. Il n’y a aucune cohérence. Dans les magasins, les centres commerciaux ouverts il y a du monde, les rues piétonnes sont blindées de monde, les marchés aussi. C’est ça qui nous met en colère".

L’article 51 du décret 1262 du 16 octobre 2020, précise effectivement : "Les fêtes foraines sont interdites ainsi que les évènements temporaires de type exposition, foire-exposition ou salon".

 

70% de chiffre d’affaires en moins en 2020

A l’arrêt total depuis octobre dernier, les forains de France ont tenté, à plusieurs reprises, de faire « casser » ce décret. Pour l’heure rien n’y a fait. 

Ingrid Muller et son mari ont travaillé trois mois en 2020. Dans une ambiance "où les gens étaient réticents malgré le protocole sanitaire adapté. Je peux le comprendre, quand on a des enfants, on a toujours peur", dit-elle encore. Nous, on a travaillé trois mois, il y a des collègues pas du tout". Pendant ce court laps de temps, la famille Muller s'est installée à Château-Thierry pendant trois jours. Puis en juillet, "on devait rester 5 jours à Reims, mais Mr le maire a accepté que l’on reste trois week-ends. Il y a eu Cambrai en août, Witry-les-Reims et Epernay. A Saint-Quentin nous avons été obligés de fermer au milieu de la fête. Normalement, une année normale c’est de mi-février jusqu’à mi-janvier. On n’a pas eu de marché de Noël… On a tout loupé. On a perdu 70% du chiffre".

 

Barbapapa et pommes d'amour pour expliquer à leur clientèle

Ce samedi 13 mars, les forains de Champagne-Ardenne s’était donné rendez-vous place d’Erlon. Une centaine d'entre eux a eu envie, besoin, de prendre la parole pour expliquer au grand public, à leur clientèle, qu’ils n’allaient pas bien.

On a des aides de l’état, mais on a une vie un peu spéciale, on est toujours avec la population, on côtoie, le public, on aime voir le monde, on aime bouger. Ce n’est pas notre vie d’être des assistés de l’Etat

Ingrid Muller, forain à Reims

 

Les forains ont distribué gratuitement des barbapapas et des pommes d'amour à la population rémoise.
Les forains ont distribué gratuitement des barbapapas et des pommes d'amour à la population rémoise. © T. Caruel / France Télévisions

 

Ce samedi 13 mars, ils ont donc distribué gratuitement des barbapapas et des pommes d’amour aux personnes présentes Place d'Erlon à Reims et expliqué à quel point ils veulent revenir au plus vite. Sans compter ce sentiment qu’ils ressentent à la lecture du mot "interdit" accolé à leur métier. "Le décret du 16 octobre 2020 interdit les fêtes foraines. Je ne pense pas que dans le décret cela soit noté restaurants interdits, discothèques interdites… On prend cela un peu pour de la discrimination". Ingrid Muller regrette aussi que leur profession ne soit jamais évoquée dans les prises des paroles politiques.

On est une profession qui n’est pas reconnue en France… juste pour les cotisations. Nous ne sommes rattachés à aucun ministère. Les syndicats sont en train de travailler là-dessus. On se bat depuis des années pour cela.

Ingrid Muller, forain à Reims

 

Alors bien sûr, les forains touchent les aides de l’état en fonction de leur chiffre d’affaires. "Heureusement qu’on les a sinon… il n’y aurait pas de solutions. On ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraiche", reprend encore Ingrid Muller. Si les cotisations au RSI (le régime sociale pour les travailleurs indépendants) sont suspendues pour l’instant et depuis octobre, les assurances, elles, courent toujours pour le matériel, les responsabilités civiles, les camions… "Même si tout est à l’arrêt on est obligés de le payer, comme tout le monde".

 

La fête foraine de Pâques compromise

Ils en appellent au Maire, au sous-préfet, au préfet. Les forains de Champagne-Ardenne souhaitent que leur demandent puissent remonter au plus haut niveau de l’état pour ainsi faire abroger l’article qui leur interdit de travailler. "Tout est déjà compliqué dans notre profession. Nous sommes tributaires du temps, de la population, du maire qui ne va pas vouloir que l’on s’installe… A Reims, le maire est pour sa fête foraine mais ce décret qui l’interdit, il n’y peut rien".

 

Nous obéissons, nous appliquons les mesures gouvernementales, mais en tout cas dès que c'est possible, nous accueillerons la fête foraine avec grand plaisir.

Arnaud Robinet, maire de Reims.

 

Présent cet après-midi du 13 mars, Arnaud Robinet, maire de Reims, précisait : "Je soutiens la mobilisation des forains, précise-t-il. Il faut avoir conscience que les forains sont des entrepreneurs, des chefs d'entreprise, des commerçants, qui sont privés depuis presqu'un an de fête foraine. Au vu de l'amélioration sur notre territoire, même si sur le plan national on peut se poser un certain nombre de questions, nous pensons que les forains sont à même de mettre en place un protocole sanitaire pour accueillir celles et ceux qui aiment la fête foraine. Notamment à Reims sur le site de la Chaussée Bocquaine. C'est un endroit en plein air avec un protocole sanitaire qui peut être appliqué avec toutes les garanties nécessaires".

La fête foraine de Pâques, à Reims, devait commencer à partir du week-end des Rameaux … "Franchement, on n’y croit pas…  termine Ingrid Muller. Vu la situation, si nous ne sommes pas reconfinés ce sera un miracle".

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