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Découverte de l'atelier 510TTC, dont l'une des vocations est de lancer des jeunes dessinateurs, coloristes et scénaristes locaux.

L'eau frémissante dans la bouilloire en inox rouge de la cuisine accompagne la voix grave de Christian Lerolle. Le "doyen" de l'atelier 510TTC s'isole. Il passe quelques coups de fil, histoire de ne pas déranger les autres artistes dans l'open space et cale les derniers détails pour le festival Reims BD qui devait se tenir galerie d'Erlon, mais annulé à cause du coronavirus. Une vingtaine d'auteurs confirmés y étaient conviés pour faire vivre le neuvième art dans la cité des sacres durant deux jours.

Un incubateur de jeunes talents

Comme la dessinatrice rémoise Séverine Lefebvre, certains invités sont passés par l'atelier 510TTC avant de se lancer en solo. Car le 76, rue du docteur Lemoine n'est pas seulement un espace de "co-working", pour employer un terme en vogue. C'est également un "incubateur", pour en utiliser un autre. Comprendre : un lieu d'accueil qui permet aux jeunes talents de débuter dans le milieu. "On apprend ce que l'école n'enseigne pas forcément aux étudiants", explique Thomas Labourot, dessinateur membre de l'atelier depuis 25 ans. "C'est-à-dire le côté professionnel, la technique de travail, ce qui va permettre de bien raconter une histoire et d'être publiable."

Les écoles, elles, apprennent la technique pure du dessin, à se servir d'outils, mais pas forcément pour être professionnel.
- Thomas Labourot, dessinateur de bande dessinée.

Sarah Peronnet travaille sur son premier projet à l'atelier 510TTC à Reims / Mars 2020 / © Florence Morel / FTV
Sarah Peronnet travaille sur son premier projet à l'atelier 510TTC à Reims / Mars 2020 / © Florence Morel / FTV
Une fois son école terminée, Sarah Peronnet s'est mise à son compte durant près de trois ans. "Sans retours ni contacts avec les gens du métier, c'est compliqué", glisse la dessinatrice de 25 ans. A moins de deux mètres de Thomas Labourot, sur un bureau blanc, elle crayonne elle aussi. Contrairement aux autres, son espace n'est pas personnalisé. L'Ardennaise ne s'est installée que depuis quelques semaines et travaille sur son premier projet. 

En plus des retours de ses confrères, plus expérimentés dans le métier, elle apprécie leur franchise et leurs conseils pour se frayer un chemin professionnel dans le monde de l'édition. "La BD, ça doit représenter environ 2.000 professionnels en France", estime Christian Lerolle, également syndiqué et influent dans le milieu. "C'est très difficile de savoir comment se lancer…", juge Sarah Peronnet. "Vu qu'ils ont beaucoup de contacts avec les maisons d'édition, ça me permet de pouvoir lancer mon tout premier projet et par la suite me débrouiller. C'est le moyen de voir comment ça se passe, puis essayer de faire quelque chose de concret en rapport avec les études que j'ai faites."

Un lieu de travail

Dans son espace, Thomas Labourot a accumulé 25 ans de figurines, Lego et autres gadgets. Derrière un mur de Dark Wador miniatures, il se concentre sur sa prochaine œuvre, qu'il rédige avec Séverine Gauthier, une des scénaristes de l'atelier. "Et ma femme, surtout", précise-t-il en crayonnant.

Au départ, comme pour Sarah aujourd'hui, l'atelier était le moyen de se lancer. "Les autres auteurs m'ont surtout appris à dessiner, raconte-t-il. Quand on est tout seul, on a l'impression de savoir faire mais ce n'est pas forcément du dessin professionnel, ou du moins celui qui est attendu pour faire de la bande dessinée." Selon lui, "avant tout, on dessine pour transmettre et raconter une histoire".
Thomas Labourot travaille depuis 25 ans à l'atelier 510TTC de Reims / © Florence Morel / FTV
Thomas Labourot travaille depuis 25 ans à l'atelier 510TTC de Reims / © Florence Morel / FTV
Au départ, si Thomas a préféré l'atelier 510, c'était aussi pour avoir un bureau et éviter que le travail ne prenne trop de place à la maison. Un élément qui a compté pour Sarah : "L'atelier, pour moi, c'est avoir des retours et un endroit pour travailler car dans sa chambre, tout est propice à se laisser distraire."

Un lieu partagé qui rime avec convivialité et solidarité. Pour intégrer la bande, il faut aussi pouvoir s'entendre avec tous les membres du groupe. Si les conditions ne sont pas gravées dans le marbre, Christian Lerolle l'assure, l'approbation des autres auteurs est importante. Le recrutement se fait essentiellement par cooptation. "Il faut avoir envie de travailler dans un lieu comme celui-ci : un open space où il faut tolérer les cris des autres, les discussions, la musique des autres même si on travaille à peu près tous avec un casque", observe le coloriste rémois, alias le "vieux con", comme il se surnomme lui-même.

On mange tous ensemble le midi, on échange sur beaucoup de choses, quand quelqu'un ne vient pas en général on lui passe un petit coup de fil pour savoir si ça va. On partage les toilettes quoi !
- Christian Lerolle, coloriste de bande dessinée.

Christian Lerolle est coloriste, il travaille les couleurs sur ordinateur depuis l'atelier 510TTC à Reims / mars 2020 / © Florence Morel / FTV
Christian Lerolle est coloriste, il travaille les couleurs sur ordinateur depuis l'atelier 510TTC à Reims / mars 2020 / © Florence Morel / FTV

Un atelier de profesionnels

Une solidarité qui a façonné l'atelier 510. Au départ, le collectif sous-louait des locaux à une agence de communication, pour un loyer mensuel très précis : 510 francs, toutes taxes comprises. "Comme on était jeunes et avec peu d'argent, on a voulu négocier, mais la comptable était intraitable, ça nous a donné l'idée du nom de l'atelier." Quand l'agence a quitté les locaux, il a fallu en trouver de nouveaux. Les artistes décident alors que le collectif prendra un tour plus professionnel et que pour payer les charges, ils y mettront tous la main à la pâte, mais différemment.

"A ce moment-là, la mairie de Reims nous a sollicités pour animer des ateliers de bande dessinée dans les quartiers dits prioritaires. Ils nous ont dit qu'il nous fallait un statut d'association de loi 1901, parce qu'ils payaient en subventions. On s'est dit que ce n'était pas bête, en partant du principe que tout le monde allait participer à ces ateliers, débutant ou confirmé. En contrepartie, personne ne paierait de loyer, c'est l'atelier qui payait le local."
 

A l'atelier 510TTC, ambiance studieuse

Des profesionnels qui contribuent tous au loyer, grâce à l'animation d'ateliers. Le principe est resté le même depuis 25 ans. L'objectif est avant-tout de rester entre initiés : "Ici, il faut venir dans une optique professionnelle. On ne peut pas dire que c'est un espace ouvert à toutes les personnes qui aiment le dessin et la BD, dans le sens de loisir ou de hobbies."

Après avoir évaluer le niveau des candidats, l'équipe s'assure qu'ils ont de solides motivations et surtout, qu'ils aient "envie de raconter des choses, de travailler avec des gens, ce qui n'est pas toujours facile dans le milieu artistique", souligne Thomas Labourot.


 

L'atelier 510 ttc

L' Atelier 510 ttc.
l'incubateur des talents de la BD. - france tv