Covid-19 : "notre secteur est ravagé", à Reims, un collectif d'intermittents organise une marche fleurie le 14 mars

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Écrit par Marie-Line Fournier
Le Collectif a trouvé son logo, "un point levé avec un bouquet de fleurs à la main".
Le Collectif a trouvé son logo, "un point levé avec un bouquet de fleurs à la main". © Document remis

Les lieux de culture, de convivialité sont fermés, depuis des mois. Les intermittents s’inquiètent. Ils déclarent leur secteur ravagé et veulent sensibiliser aux problèmes que posent les restrictions mises en place avec la Covid-19. Le Collectif du 23 janvier souhaite faire bouger les choses.

 

Le 12 février dernier, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, était en visite à Reims. Deux intermittents du spectacle et une artiste-auteure ont pu, à cette occasion, rencontrer son directeur de cabinet, en charge du patrimoine, Jean-Baptiste de Froment, mais aussi, Charles Desservy, directeur adjoint de la DRAC du Grand Est. Des notes ont été prises, des remontées ont été assurées, et ces représentants du monde de la culture ont eu la confirmation que la prolongation de l’année blanche pour les intermittents est à l’étude.

Cette situation a plongé les intermittents, mais aussi les directeurs de lieux, de festivals, les administratifs, dans un profond désarroi. Notre secteur est ravagé.

Julien Royer, metteur en scène, plasticien

"Des concerts tests seront organisés pour avoir des réponses scientifiques, nous a-t-on dit, lors de cet entretien", raconte Magalie Masure, qui est chargée de production et de diffusion pour plusieurs compagnies, à Reims."On nous a expliqué que les lieux de culture rouvriraient par étapes : d’abord les musées, puis les spectacles assis, et enfin les spectacles debout", poursuit-elle. Pas de quoi rassurer franchement les milieux culturels. Spectateurs et professionnels commencent à trouver le temps long.

 

Mobilisation en marche

C’est à Strasbourg qu’est née cette démarche. Le mouvement a été rejoint à Reims par les acteurs de la culture et du monde du spectacle, le 15 février, lors d’une réunion, au Manège. Dans la Cité des Sacres, ils sont déjà une centaine à vouloir se mobiliser, pour que la vie culturelle reprenne, malgré la crise sanitaire.

"Des réunions préparatoires ont eu lieu à Strasbourg, Nancy, Epinal et Metz. A Reims, on n’a pas d’antenne physique, explique Magalie Masure, mais on est en train de construire des actions. Il y a des incohérences. Les musées sont fermés, alors que les galeries d’art sont ouvertes. Les lieux de culte, qui sont ouverts, sont-ils moins dangereux que les salles de spectacle ? Les droits sont bafoués en ce moment. On s’inquiète des choix du gouvernement. On en appelle au retour du débat démocratique. On veut impliquer le public, qu’il prenne part au débat. Nous avons la volonté de nous battre, pour les lieux de culture, mais plus généralement pour tous les lieux de convivialité, comme les bars et les restaurants, dont nous sommes privés".

Première action : une marche fleurie

Le Collectif du 23 janvier qui demande la réouverture des lieux de culture, se prépare, à Reims à un happening, une marche fleurie. Ce sera le dimanche après-midi 14 mars, à partir de 15 heures. L’objectif de l’évènement, en gestation, est d’aller fleurir tous les lieux de culture, actuellement fermés pour cause de Covid-19. "La volonté des organisateurs est d’investir l’espace public. Le parcours se dessine, précise Magalie Masure. Notre logo est prêt. C’est un point levé avec un bouquet de fleurs à la main. C'est Jade Collet, une artiste troyenne qui l'a créé. Le 14 mars donc, nous déambulerons de lieux en lieux fermés, tels des monuments aux morts, où nous déposerons  des fleurs. On appelle toute la population, à qui ces lieux manquent, à nous rejoindre. On veut que ce soit un moment festif. A Epinal, où une marche s’est déroulée, c’était conviviale. La maréchaussée avait même des fleurs à la boutonnière. C’était bon enfant".

 Pour une relance de la culture

Julien Royer est metteur en scène du Collectif Plastics Parasites, et, plasticien à Reims. Il a suivi le lancement du Collectif du 23 janvier depuis le début. Il se satisfait de constater que des comités du Collectif du 23 janvier ont ouvert un peu partout, dans le Grand Est. Mais ce qui se passe actuellement, fait remonter des questions bien antérieures à la crise sanitaire. "Dans cette région, il y a des disparités entre les territoires, dit-il. Dans la Marne, nous manquons de visibilité et de diffusion. Cette situation a plongé les intermittents, mais aussi les directeurs de lieux, de festivals, les administratifs dans un profond désarroi. Notre secteur est ravagé. La seule question sanitaire n’est pas possible. Il faut une vraie relance de la culture, car l’impact, sur les contrats par exemple, est énorme, et on doit se mutualiser pour les questions administratives. On devait jouer un spectacle, au Cellier. Il est reporté à 2022".

Il y a des incohérences. Les musées sont fermés, alors que les galeries d'art sont ouvertes. Les lieux de culte, qui sont ouverts, sont-ils moins dangereux que les salles de spectacle?

Magalie Masure, chargée de production et de diffusion pour plusieurs compagnies

Julien Royer a joué un peu, l’été dernier, mais globalement, son activité est à l’arrêt depuis mars 2020. Il dénonce le "stop and go", qui ne permet pas de faire de projection. "Il faut une refonte de nos financements, sur une longue durée, car un artiste a besoin de rechercher avant de produire. D’autant que la crise du financement public existait déjà avant la Covid-19".

Des protocoles sanitaires au point

Les intermittents du spectacle ne comprennent pas que tous leurs espaces d’intervention soient fermés. "Nous n’avons pas envie de mettre qui que ce soit en danger, insiste Magalie Masure. Les protocoles sanitaires sont prêts pour que tout ouvre à nouveau." Les acteurs du monde la culture espèrent que cette action collective, mise en place sur tout le Grand Est, fera bouger les lignes. Magalie Masure, depuis cinq ans, est chargée de produire et de diffuser les créations de plusieurs compagnies rémoises. Pour "Les Escargots Ailés", une compagnie de cirque, "Le Corpus Urbain", spécialisé dans le théâtre contemporain, ou "La Rivière qui Marche" qui présente des chorégraphies et des performances, elle monte les budgets qui permettront de produire les spectacles.

Actuellement, elle reconnaît passer son temps à faire et défaire. Les tournées se préparant deux à trois ans à l’avance, il faut se tenir prêt, sans savoir si les projets aboutiront. Deux des compagnies pour lesquelles travaille Magalie Masure n’ont pas joué en 2020. "Les Escargots Ailés" ont donné leur dernier spectacle, en décembre 2020, pour des enfants. Pour tous les professionnels du monde de la culture, le temps paraît bien long. Ils veulent voir le bout du tunnel, et retrouver le public.

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