Procès des attentats du 13-Novembre : "les victimes nous ont tous fait grandir", selon Gérard Chemla avocat de 140 parties civiles

Publié le Mis à jour le

Pendant 129 jours, l'avocat Gérard Chemla, du barreau de Reims a assisté au procès des attentats du 13 novembre à Paris pour défendre 140 victimes. Au lendemain du verdict, il revient sur cette année de procès, une expérience unique dans le monde judiciaire.

Il vit à 100 à l'heure, voire plus. Gérard Chemla, avocat de 140 parties civiles au procès des attentats du 13 novembre à Paris, est installé à Reims. Mais depuis septembre et l'ouverture de ce procès hors norme par sa durée et ses dimensions, l'avocat pénaliste ne dort presque plus. Il a embauché des collaborateurs spécifiques pour ce procès, mais c'est bien lui qui dirige ses troupes. Au lendemain, du verdict au cours duquel Salah Abdeslam a été condamné à la plus haute peine possible, l'avocat revient sur cette expérience.


Le procès s'est terminé, qu'est-ce que vous pensez des peines prononcées ? 

Elles sont adaptées à la fois à la gravité des faits et à la nécessité pour la justice de faire la part des choses. On aurait mis le maximum à tout le monde, ça n'aurait pas eu de sens, il faut bien se rendre compte d'une chose. On est dans une réponse judiciaire. C'est à dire qu'on a voulu opposer à la barbarie la justice. La justice ça écoute, ça réfléchit. Ça juge le fait à la fois de prendre ses peines extrêmes pour les plus impliqués et des peines modérées pour ceux qui étaient véritablement satellites a convenu en tous les cas à l'ensemble des victimes que je représente.


Comment ont réagi les victimes ?

C'est pas tellement le soulagement des peines, c'est le soulagement de la fin, d'un tunnel interminable, rendez-vous compte, on a commencé début septembre et on a vécu dans ce procès depuis début septembre. Donc déjà le fait qu'il y a un verdict. Voilà, on passe à autre chose. En ce qui concerne les peines, la crainte des victimes, c'était que la Cour se fasse un peu promener, quand les accusés commencent à parler, on se dit mais est-ce qu'ils vont les écouter est-ce qu'ils vont tomber dans les panneaux et les juges nous ont montré d'abord par la motivation extrêmement claire que ils considéraient tous les accusés coupables ce qui était très important et ensuite, ils ont prononcé des peines qui étaient à chaque fois des peines adaptées. Donc les victimes ont eu se soulagement de se dire. Bon voilà justice est faite, on a bien répondu par le droit à l'horreur.


Est-ce que aujourd'hui elles vont pouvoir tourner la page ?

si vous voulez c'est une fiction la notion de tourner à la page. La vérité, c'est que ces gens là étaient en attente du procès et en attendant le procès, on y pense tout le temps. Ça ne veut pas dire que c'est pas dans le passé, c'est simplement dire que on sait qu'il va se passer quelque chose. Là le procès se termine. On espère qu'il n'y aura pas d'appel et qu'on pourra clore cet épisode judiciaire. Après les victimes, elle restent avec leur mort avec leur traumatisme et avec leur passé, ça reste des rescapés, ça reste des parents d'enfants morts donc des choses épouvantables. Maintenant, on sait aussi que la vie continue et il va falloir faire avec, en se disant que ces états-là sont terminées. J'espère qu'elles vont réussir à reconstruire pour la plupart des choses dans des conditions qui soient les meilleurs possibles.


C'était un procès hors norme, comment est-ce que vous vous l'avez vécu ? 

Avant de dire un procès en norme c'est déjà une histoire qui n'a pas de comparaison, c'est à dire qu'on est dans des faits qui nous ont tapés au bas-ventre frontalement, on a tous été victime de ces attentes à là parce que ces victimes c'est tous un peu nous. Quand l'avocat se met au côté des victimes et pendant un an mais sa vie personnelle et professionnelle entre parenthèses, on devient nous aussi des victimes, c'est à dire que on porte avec eux tous les traumas, on partage tout, on rentre dans les histoires et il est évident que on se retrouve à y penser en permanence, à vivre le procès tout le temps. 


C'est une longue apnée quelque chose qui est harassant physiquement parce qu'il y a un épuisement nerveux physique après de ce procès vous savez il y a une chose qu'il faut retenir c'est la hauteur des victimes ces gens-là nous ont fait grandir. Vous avez des centaines de personnes qui sont venues à la barre et qui ont raconté leur histoire qui est leur petite histoire mais le drame de leur vie et chaque petite histoire était racontée sans apitoiement avec beaucoup de hauteurs de vue. Une victime a dit aux avocats des accusés, défendez-les, défendez les biens, on veut pas la vengeance, on veut la justice donc ces gens là sont venus et ils ont ils ont dessiné un tableau chacun par son petit point qui était souvent rouge malheureusement et ce tableau quand on le regarde, c'est l'humanité qui souffre et cette hauteur de vue cette puissance collective, c'est ce qui aura marqué à mon avis l'histoire mon histoire celle de ses victimes et ce procès qui est un procès essentiel.

Et vous journalistes, expliquez aux citoyens qui pensent qu'une balle dans la tête aurait été meilleure qu'un procès dire que nous avions nous la France, les victimes, la collectivité, nous avions besoin d'un vrai procès, ce procès n'a pas été inutile, ça ne mettra pas un terme au terrorisme, ça aura grandi tout le monde.