Procès du jeune rémois torturé : le projet était "de le tuer"

Au deuxième jour du procès des agresseurs de Christopher C., 5 des 6 accusés ont été entendus. Ils comparaissent pour avoir frappé, torturé et violé un jeune rémois. Le procès, aux Assises de la Marne, dure du lundi 16 au vendredi 20 octobre.

Deux des accusés, Rémy B. et Johnny C. comparaissent détenus et sont placés dans ce box pendant l'audience.
Deux des accusés, Rémy B. et Johnny C. comparaissent détenus et sont placés dans ce box pendant l'audience. © MT - France 3 Champagne-Ardenne
Qui a commis quoi ? C'est ce que le jury des Assises de la Marne doit déterminer dans l'affaire de l'agression de Christopher C. par 6 personnes (une mineure a déjà été jugée et condamnée en septembre dernier) dont 4 de sa famille. Tous ont reconnu leur participation aux faits mais se donnent un rôle différent.

"Il pouvait partir quand il voulait", commence par affirmer Rémy B., un jeune homme athlétique au crâne rasé et désigné par les autres accusés comme l'un des deux meneurs. Pourtant, il reconnaît la séquestration et la plupart des faits.

Oui, Christopher C. a été frappé avec des "coups de poings et de pieds". Oui, il a été humilié en lui mettant la tête dans l'urine de tous répète Rémy B. Oui il a été violé avec un balai et une banane. Oui, de l'essence lui a été versé sur la tête et son visage s'est enflammé.

Quel mobile motive cet acharnement ?


Tout semble être parti d'un portable disparu. Yann B., grand-frère de Rémy B. et cousin de Christopher C. l'affirme : "Le seul truc qui m'a énervé, c'était le téléphone qui avait disparu. C'était moi qui avait offert le téléphone à Sabrina, comme cadeau de Noël."

L'avocat général et la cour s'interrogent : pourquoi violer Christopher C. pour un portable disparu ? Le frère de Yann B., Rémy, avance des explications : "Il était entre 4 et 5 heures du matin et ma mère (François B., co-accusée, NDLR) m'a dit : Christopher il me touche. Cela m'a énervé. J'avais la haine, la rage quand ma mère m'a dit qu'il l'avait touché." Cette dernière dira à l'audience que ces accusations étaient fausses.

Autre accusation, celle de Stéphanie* qui avait clamé que Christopher lui avait touché la poitrine. Lors des événements, elle avait 14 ans et était la petite amie de Johnny C. et déjà jugée et condamnée. Elle aussi, réinterrogée par la cour d'assise de la Marne l'a redit : elle avait menti, elle n'a jamais été touchée.

La question du mobile de l'acharnement est aussi posée à Sabrina D. cousine et petite-amie de Rémy B. Elle n'arrive pas à répondre. La jeune fille pâle aux cheveux cendres répète plusieurs fois : "Je ne sais pas" avant d'être prise d'une crise d'asthme interrompant l'audience.

Affaire de famille


Autre question : comment expliquer ce déchaînement de violence sur un membre de la famille tente de savoir la cour. Car, relève-t-elle, il existe des liens familiaux entre Christopher C. et 4 des accusés.

Françoise B. mère de Yann et Rémy B. est aussi la tante de Christopher C. Elle n'arrive d'ailleurs pas à l'exprimer comme tel, puisqu'interrogée dans la matinée du mardi 17 octobre, elle le désigne comme son "cousin" alors qu'il est son neveux.

Yann B. est lui aussi interrogé à ce sujet par l'avocat général : "Vous aviez dit auparavant : "cela me semble impensable de voler la famille" (en parlant du portable disparu, NDLR). Cela ne vous semble-t-il pas insupportable de frapper votre cousin ?"

A cela, le présumé agresseur répond : "Au jour d'aujourd'hui si, cela me bouffe." Et donc d'insinuer qu'il ne le considérait pas comme un membre à part entière de sa famille. Cela, sûrement parce que la rencontre entre Christopher C. et le reste du groupe était très récente au moment des faits.

Sabrina D. est elle aussi cousine de la victime. Elle était alors mariée à un homme et entretenait en parallèle une relation avec son cousin, Rémy B., qu'elle désigne plusieurs fois comme étant l'un des meneurs du groupe : "Oui, je l'ai aimé." Elle non plus, ne s'explique pas cette violence. Le président lui demande si cela pouvait avoir un rapport avec cette relation cachée entre elle et Rémy B. Elle répond que non, sans donner plus d'explications.

Notions de gravité


Les présumés agresseurs ont déjà été interrogés plusieurs fois : en garde à vue, par un juge d'instruction et désormais, par la cour. Leurs versions changent, sont parfois contradictoires. Si tous les participants sont d'accord pour désigner Rémy B. comme le seul auteur du viol avec une banane, certains semblent se dédouaner pour celui du balai.

Le président de l'audience demande à Sabrina D. : "Vous avez reconnu auparavant avoir enfoncé sans pouvoir l'expliqué un balai dans l'anus, avec Rémy B. Ce n'est pas vrai ?"

- "Je n'ai pas rentré le balais. Je n'ai pas enfoncé la banane", répond-elle en sanglotant.

- "Vous avez fait quoi alors ?", insiste le magistrat sans obtenir de réponse.

Pourtant, Sabrina D. reconnaît sa participation à la torture. Elle dit ne pas avoir versé de l'essence sur le visage de Christopher C. mais bien approché un briquet sous le menton de la victime : "Je ne l'ai pas fait exprès. Quand j'ai approché le briquet, je ne sais pas pourquoi, j'ai appuyé. La flamme était grande. Son visage s'est enflammé. Je ne voulais pas le cramer." Et de reconnaître aussi de lui avoir ensuite versé de l'eau bouillante sur le visage.

Le magistrat lui montre une photo de Christopher C. prise à l'hôpital. Elle détourne le regard. Il demande : "Une partie de ce qu'il a eu, c'est vous ?" Et de murmurer : "Oui".

Le jour précédent, le président de l'audience interrogeait Stéphanie* sur le projet final réservé à Christopher C., elle répond : "C'était de le tuer".

*Le prénom a été modifié afin de protéger cette personne mineure

La violence sexuelle au coeur du procès
A plusieurs reprises, la cour s'est intéressé au mobile des viols (2 fois avec un manche de balais et une fois avec une banane qu'il a du manger ensuite). Ils ont ainsi interrogé sur leur contexte familial.

Françoise B. affirme ainsi que le père de Yann et Rémy B. a été condamné pour viol sur ses deux enfants (Rémy B. le réfutera).

Sabrina C. répond, sans donner de précisions, qu'elle a été victime d'agressions sexuelles étant petite.

Appelée à témoigner, la tutrice de Johnny B. raconte : "Sa mère a été condamnée quand il avait 5 ans pour inceste sur deux de ses enfants." Elle ajoute qu'elle n'a jamais su pourquoi elle avait dû l'accueillir.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société faits divers