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Regroupement des collèges et des primaires : pourquoi les professeurs manifestent contre la fin des directeurs d’école

Ils étaient environ 70 professeurs réunis devant le rectorat de Reims ce 4 avril / © Céline Lang / France 3 Champagne-Ardenne
Ils étaient environ 70 professeurs réunis devant le rectorat de Reims ce 4 avril / © Céline Lang / France 3 Champagne-Ardenne

Introduit par un amendement d’une députée de La République en Marche, les établissements publics des savoirs fondamentaux concentrent les critiques des enseignants. Ils craignent notamment que le projet soit synonyme de disparition des directeurs d’école.

Par Johanna Albrecht

C’est la disposition qui cristallise la colère des enseignants, celle qui revient sur toutes les lèvres dans les cortèges de manifestations : la disparition des directeurs d’écoles, conséquence selon les grévistes de la création des établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF).

Tous les jours, à 8h30, à 9h30, il y a des parents qui viennent dans l’école pour savoir comment va leur enfant, dire qu’il a oublié son sac, déchiré son pantalon. S’il n’y a plus de directeur, ils vont aller où les parents ? Ils vont aller au collège qui est à 3 km ?
- Irène Dejardin, professeure des écoles et  co-secrétaire SNUipp-FSU Marne -


La loi de l’école de la confiance, telle qu’elle a été adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale, instaure en effet ce nouveau type d’établissement : le regroupement "d’un collège et d’une ou de plusieurs écoles primaires de son secteur de recrutement".
 

Une grande réforme entrée par la petite porte


Selon le Café pédagogique (un site d'information spécialisé et tenu par des enseignants), ces regroupements signifieraient la disparition de l’entité administrative des écoles primaires, entièrement absorbée par celle du collège, devenu EPSF. Le chef d’établissement serait le principal (ou proviseur) de collège.

Dans les écoles qui pourraient être concernées, c’est donc une petite révolution. Et pourtant, cette réforme n’a pas fait l’objet de discussions entre le gouvernement et les professionnels de l’enseignants.
 
L'une des pancartes brandie par un manifestant le 5 avril 2019 / © Teddy Carruel / France 3 Champagne-Ardenne
L'une des pancartes brandie par un manifestant le 5 avril 2019 / © Teddy Carruel / France 3 Champagne-Ardenne


Car c’est par une petite porte que les établissements publics des savoirs fondamentaux ont fait leur entrée dans la loi Blanquer : par un amendement, déposé le 25 janvier par la députée LREM Cécile Rilhac.

Un texte, devenu l’article 6 quater de la loi de l’école de la confiance, ajouté à la suite de l’article 6 du projet de loi, qui créée des "Etablissements publics locaux d’enseignement international".

Au contraire des projets de loi, soumis par le gouvernement au Parlement, les textes arrivés par cette voie dans une loi, ne sont pas soumis à un avis du Conseil d’Etat. Et l’étude d’impact, menée pour mesurer les conséquences de la loi de l’école de la confiance, n’a donc pas évalué cette mesure.
 

Un texte de loi flou


Or, si l’on croit souvent que les textes de loi sont longs, il faut savoir qu’ils ne rentrent pas toujours dans des détails "techniques" des réformes. Ceux-ci sont instaurés par les décrets d’applications des textes de loi. Et en l’occurrence, l’article 6 quater de la loi Blanquer ne donne pas beaucoup de détails sur les futurs EPSF.

A titre de comparaison, l’article 6 qui crée les Etablissements publics locaux d’enseignement international, et qui était, lui, déjà présent dans le projet de loi originel, est cinq fois plus long.  

Dans ces conditions, les personnels pourtant concernés par ces nouveaux EPSF ont du mal à obtenir des informations sur les contours exacts de la réforme.

Par exemple, qui décidera de la fusion d’un collège et d’une ou plusieurs primaires ? Selon le texte adopté par l’assemblée nationale, les représentants de l’Etat (vraisemblablement la préfecture) et les collectivités territoriales, après "après avis de l’autorité de l’État compétente en matière d’éducation".
 
Une pancarte "Non à la réforme Blanquer !" / © Teddy Carruel / France 3 Champagne-Ardenne
Une pancarte "Non à la réforme Blanquer !" / © Teddy Carruel / France 3 Champagne-Ardenne

Une expression qui peut paraître floue. S’agit-il de l’académie ? Du ministère de l’Education ? D’un processus de décision qui inclurait l’avis des conseils pédagogiques des écoles primaires concernées ?

Il faut aller dans les archives de l’Assemblée Nationale pour découvrir que des versions précédentes de l‘article 6 quater mentionnaient "l’avis du recteur", avant que cette formulation ne soit abandonnée.

Poussés à lire entre les lignes du texte, les organisations syndicales ont été accusées par le ministre de l’Education de caricaturer ou de mal interpréter le texte. Des propos qu’elles réfutent.
 

On nous dit qu’on ne comprend pas les informations, voire qu’on en divulgue de fausses, alors on est tous là pour dire qu’on sait lire un texte, on sait lire ce qui a été voté en première lecture au sénat. Il y a volonté de regrouper collèges et écoles quand il y a volonté
Laurence Corpel – Secrétaire département de la CGT Educ’action Aube

 

Les directeurs vont-ils disparaître ?


Des organisations qui doivent jouer au même jeu de déduction concernant l’une des principales interrogations soulevées par la création des EPSF : les directeurs d’école vont-ils disparaître ?

Un élève qui est bien dans sa classe c’est un élève dont les parents peuvent communiquer avec l’enseignant, avec le directeur. Il risque de ne plus avoir d’interlocuteur, en tout cas de directeur, ou de directrice d’école pour assurer la communication au quotidien, et je ne vous parle pas des tâches lié au quotidien de la direction des écoles.
- Eric Thominot, enseignant et co-secrétaire départemental SNUIPP-FSU Marne -


Car si Jean-Michel Blanquer affirme que les anciens-directeurs feront place à des "principa[ux] adjoints", dont les moyens administratifs seraient étendus, les enseignants craignent la disparition pure et simple de cette fonction.

Le texte de loi adopté par l’Assemblée nationale ne mentionne pas le sort des directeurs, en revanche, il créée un statut de "principal adjoint", dont au moins un doit être en charge des écoles primaires de l’EPSF.
 
Interview d'un enseignant marnais, Mathieu Motte, SUD-éducation

Il prévoit également que les adjoints en charge du premier degré devront en être issus (et donc avoir été à minima professeur des écoles). Mais les enseignants craignent que ces fusions amènent à réduire un certain nombre de postes. Il y a aujourd’hui environ 45.000 écoles en France, et donc autant de directeurs, pour 3.500 collèges.

Le 6 février, une député UDI Béatrice Descamps a voulu inscrire dans la loi l’obligation d’avoir au sein de chaque EFPS un principal adjoint par école primaire absorbée, mais la proposition a été rejetée. La profession en a donc déduite que des réductions d'effectifs s'annonçaient. 

On va faire des économies de personnels, on a bien compris que l’idée c’était de mutualiser pour faire des économies.
- Eric Thominot, enseignant et co-secrétaire départemental SNUipp-FSU Marne -


Par ailleurs, l'article 6 quater prévoit pour l'instant que les écoles primaires ne seront pas représentées en tant que telles au conseil pédagogiques, mais qu'au moins un enseignant par niveau devra être présent. 


 

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