• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

À Reims, des bénévoles commenteront les matchs du Mondial féminin de foot aux aveugles et malvoyants

Charles, 14 ans et fan du stade de Reims, se fait raconter tous les matchs par son grand-père / © Christian LANTENOIS / MaxPPP
Charles, 14 ans et fan du stade de Reims, se fait raconter tous les matchs par son grand-père / © Christian LANTENOIS / MaxPPP

Un vocabulaire étoffé, des descriptions détaillées et une bonne analyse footballistique. Autant de conseils que sont venus chercher les futurs bénévoles qui commenteront les matchs du Mondial féminin pour les malvoyants et les aveugles à Reims.

Par Florence Morel

Quentin Pithois a 19 ans et il est sur le point de vivre un rêve d'enfant : commenter un Mondial de football. À l'occasion de la Coupe du monde féminine de football, dont une partie de la compétition se déroulera à Reims en juin prochain, le jeune Sparnacien s'est présenté ce 21 mai au stade Delaune pour devenir audio-descripteur. S'il est sélectionné par le comité d'organisation, Quentin Pithois deviendra l'un des commentateurs pour les supporters aveugles et malvoyants.

Depuis l'Euro 2016, des casques audio sont mis à disposition de tous les supporters. Dans la cabine de presse, à côté des journalistes de radio, deux audio-descripteurs commentent en direct le match spécialement pour les déficients visuels. Chaque binôme est recruté en fonction sa symbiose, puisque chaque commentateur a un rôle spécifique : "Il faut une voix qui envoie et l'autre qui va tempérer, être plus dans la description", explique Charly Simo, manager général de l'association Asa (all service access), qui participe au recrutement.
 
 

Enrichir son vocabulaire et étoffer ses descriptions

Contrairement à un commentaire de radio, les matchs ne sont pas entrecoupés de publicités et sont agrémentés de description. Au début de chaque rencontre, le binôme met en place une technique de zones avec un métrage précis en cartographiant le terrain car, pour un supporter déficient visuel, il est capital de se situer dans le terrain. "Il faut sans cesse qu'il sache où se trouve le ballon", insiste le formateur, devant les huit bénévoles assis face à lui.

C'est important de ne pas avoir peur du handicap. Il ne faut pas se dire qu'on s'adresse à des personnes non-voyantes mais à des supporters qui vont au stade pour passer un bon moment. Il faut garder ce naturel de commenter de manière fluide et spontanée. Apporter une touche descriptive, mais en conserver cette spontanéité.
Yvan Wouandji, membre de l'équipe de France de cécifoot.


Il précise : "Il faut aussi rappeler la minute à laquelle on est dans le match, pour se situer dans le temps. Décrire les tenues, la couleur des maillots des joueurs. Pour le grand public c'est flagrant, ça peut paraître de l'ordre du détail mais nous, on n'y a pas accès."
 
Quentin Pithois, originaire d'Epernay, s'est présenté comme bénévole pour commenter les matchs du mondial féminin en audio-description / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
Quentin Pithois, originaire d'Epernay, s'est présenté comme bénévole pour commenter les matchs du mondial féminin en audio-description / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

Mais comment décrire une couleur à une personne qui n'en a jamais vue ? "En expliquant une idée ou des images, ou en l'associant à un objet. Le jaune, c'est comme le soleil que tu ressens, qui te tape dessus, indique Yvan Wouandji. Pour moi qui ai perdu la vue à l'âge de 10 ans (j'en ai 26), si c'est une couleur pas trop complexe, ça me parle de suite. Mais pour une personne qui est née non-voyante, pour un maillot blanc, on va lui dire que c'est la couleur des draps lorsqu'il se couche dans son lit."

Un travail qui passe par des descriptions plus étoffées, un vocabulaire plus précis et des redondances à éviter. C'est d'ailleurs ce qui a motivé Quentin Thinois, qui ajoute : "Il faut aussi que ce soit plaisant à écouter au niveau de la voix, de l'expression, de la fluidité et de la diction. Si je suis bon, j'aimerais le refaire à l'avenir."

À Reims, contrairement à d'autres villes où des étudiants en journalisme ont été sollicités, le comité d'organisation a travaillé avec la ville qui a recruté les bénévoles avec le souci de poursuivre le service après le Mondial féminin. "Ce sont des personnes qui vont apporter dans la ville, argumente Charly Simo, car elles sont locales et pourront pérenniser ce service."

Lors de l'Euro 2016, environ 800 personnes (dont 150 étrangers) avaient bénéficié des matchs en audio-descriptions. Cette année, l'organisation estime qu'elles seront 400 et 500 personnes déficientes visuelles à en profiter.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

EDR - le mouvement anti-spéciste

Les + Lus