Reims : du cirque au cœur des quartiers pour redonner un sens à la place publique

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Écrit par Céline Lang

Chaque semaine depuis la mi-juillet, l’association TRAC déploie, au cœur de tous les quartiers de Reims, des ateliers et spectacles autour des arts du cirque et des arts urbains. Bilan de cette opération sociale et culturelle avant un épilogue cette semaine dans le quartier Walbaum - Orgeval.

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S’initier aux bases de la gymnastique acrobatique, tenter de tenir en équilibre sur une boule ou sur un fil, rattraper des objets en vol en s’essayant au jonglage : toutes ces aventures ont été à portée de main -et de pied- des habitants des quartiers de Reims pendant cinq semaines cet été. Croix-Rouge, Solférino, Jean Jaurès, Europe, mais aussi les quartiers Epinette, Jean Moulin, Maryse Bastié ou Maison blanche, tous ont vu s’installer dans leur parcs et jardins les artistes et compagnies réunies par l’association TRAC pour ce projet d’envergure.

"A travers ces pratiques, on essaie de faire passer quelques valeurs humaines et sociales, raconte Philippe Hiraux, comédien et directeur artistique de l’association TRAC. On essaie, sur ces ateliers, de faire se croiser tous les publics, de toutes les classes d’âges, les mamans avec les poussettes, un peu moins les papas, c’est dommage, mais aussi les ados qui passent à proximité. L’idée, c’est que tous se retrouvent sur la même place, se parlent et vivent ensemble. Quand la place publique fait cela, elle redevient une vraie place publique".

La place publique, c’est toujours le cœur de quelque chose. Le cœur d’une ville, le cœur d’un quartier, le cœur d’un noyau d’immeubles où les gens se croisent, se parlent, se regardent et se considèrent. C’est l’essence même de ce que l’on fait.

Philippe Hiraux, comédien et directeur artistique de l’association TRAC

 

Une bouffée d’oxygène au cœur de l’été

Depuis presque 20 ans en effet, cette structure, spécialisée dans les arts du cirque, s’invite au sein des quartiers pour mieux aller à la rencontre des habitants. Nom de code du projet depuis 3 ans : Homo Hacktiviste, comme une invitation à bousculer les choses dans des étés qui peuvent parfois paraître longs au milieu des immeubles.

Mais en 2021, l’association a souhaité aller encore plus loin en ouvrant sa programmation à d’autres artistes et compagnies, comme le Mitch ImproInsomni’Arts, Marie-Thérèse, l’école de musique CapriciozoLa Belle Apocalypse, La Spatoulla cie ou encore La rhétorique du pigeon. C’est ainsi notamment, que les arts urbains ont pu s’inviter au programme de cet été, avec des ateliers d’initiation au graffiti, à la danse hip hop ou à l’art de mixer des morceaux de musique, le djaying.

"Chaque compagnie ou artiste a proposé un spectacle et un atelier en rapport avec ses spécificités, poursuit Philippe Hiraux. Cela a créé une grande richesse, une grande émulation chez nous, en interne, et cela s’est vraiment senti aussi dans le rapport que l’on a eu avec le public. On a peut-être retrouvé une fraicheur que l’on avait peut-être un peu perdue, nous qui faisons cela depuis 20 ans".

 

La pandémie comme une obligation de retour aux sources

Ce renouvellement s’est aussi un peu fait bon gré mal gré à cause des conditions sanitaires. Alors que l’association TRAC avait pour habitude de transporter son chapiteau de quartier en quartier tout au long de l’été, la pandémie l’a obligée à revoir sa façon d’accueillir le public. Les artistes se sont donc retrouvés à arpenter les rues, les pieds d’immeuble et les jardins, un retour aux sources pour le directeur artistique. "La pratique du cirque dans la rue, c’est vraiment ce qui constitue nos racines, explique-t-il. Nous avons dû organiser des itinérances beaucoup plus au pied des tours. On a donc été plus souples, plus volants, plus proche du public, qui parfois ne faisait pas les 150 mètres qui les séparaient du chapiteau".

Et si l’année dernière, les membres de TRAC ont senti une réticence, due aux conditions sanitaires, ou une certaine pesanteur chez ce même public, cette année, le désir de partager des choses est bel et bien revenu. "Il se passe toujours des choses merveilleuses dans les quartiers, s’enthousiasme Philippe Hiraux, fort de ces 20 ans d’expérience. Il y a des rencontres, des savoir-faire, des connaissances, des cultures. Et lorsqu’elles ont l’occasion de se parler, de se rencontrer, cela donne des choses extrêmement riches".

On dit souvent que ce sont des gens éloignés de la culture, mais ce n’est pas vrai, c’est juste que l’on ne met pas les mêmes choses derrière le même mot. C’est une question de point de vue.

Philippe Hiraux, comédien et directeur artistique de l’association TRAC

 

Encore une semaine In situ avant un retour sous chapiteau

C’est le quartier Walbaum – Orgeval qui clôturera, en cette semaine du 23 août, ces presque deux mois d’itinérance à travers la ville de Reims.  Les Interventions Circassiennes Inter-quartiers, comme les ont nommées les artistes de TRAC, trouveront donc leur épilogue de lundi à jeudi avec des ateliers de 14h à 18h et des spectacles le soir.

Lundi 23, c’est Dimitri Hiraux qui défiera les lois de la gravité avec des acrobaties tout en équilibre dans son spectacle « Chute libre » au pied des tours Walbaum. Mardi 24, place de Fermat et mercredi 25, au pied des tours Walbaum également, « le Roman de Renart », un conte musical de Philippe Hiraux et Julien Hurlupé, montrera du doigt quelques travers de la société à travers ces animaux qui symbolisent des personnages de la société, dans la plus pure tradition orale du moyen-âge. Enfin, jeudi 26 août, Marie-Thérèse enregistrera son émission de radio dans les conditions du direct avec des interventions des habitants des quartiers glanées au fil de ces semaines d’itinérance.

    Quelques dernières interventions dans l’espace public, donc, avant que tous les artistes ne rejoignent leur chapiteau, celui du Temps des cerises, pour une semaine de clôture riche en propositions, "un feu d’artifice de de spectacles et de vie ", selon les termes même de l’association.

     

    • VIDEO. Teaser du spectacle chute libre de Dimitri Hiraux :