Robert Hossein : à Reims, il avait trouvé un théâtre à sa démesure

Robert Hossein est décédé à l'âge de 93 ans. Comédien, réalisateur mais surtout metteur en scène de spectacles démesurés, il a passé plusieurs années à Reims de 1971 à 1978. Une page de sa vie qui a laissé une empreinte artisitique profonde dans la suite de sa carrière. 

Robert Hossein est mort à l'âge de 93 ans
Robert Hossein est mort à l'âge de 93 ans © Herve KIELWASSER

"Rendez-vous compte, ce n'était pas rien d'avoir une telle star de cinéma à Reims ! C'était incroyable. Ce n'était pas arrivé depuis... le sacre des Rois de France !" Le réalisateur rémois Francis Gillery s'en souvient comme si c'était hier. Il a 16 ans lorsque Robert Hossein vient s'installer à Reims. L'acteur est alors au sommet de sa gloire.

Robert Hossein est devenu célèbre grâce à son rôle dans la série "Angélique, Marquise des anges"
Robert Hossein est devenu célèbre grâce à son rôle dans la série "Angélique, Marquise des anges" © MaxPPP

Dans les années 1960, Robert Hossein rencontre le succès grâce à son rôle de Joffrey de Peyrac, beau ténébreux balafré, dans la série "Angélique, marquise des anges". Mais le comédien rêve d'autre chose. De planches, de rideaux et surtout, de liberté. "Robert Hossein, c'est un comédien de théâtre qui s'est retrouvé happé par le cinéma. Peu de gens le savent mais il a commencé sa carrière au théâtre du Grand Guignol, à Paris", détaille Francis Gillery, qui prépare aujourd'hui un documentaire sur les années rémoises du comédien. 

La concrétisation d'un double rêve

Cette soif de création, c'est donc à Reims que Robert Hossein vient l'assouvir en 1971. Le maire de l'époque, Jean Taittinger cherche alors à développer la ville. Parmi ses projets, la Maison de la culture André Malraux, qui deviendra plus tard l'actuelle Comédie.

L'édile propose à Robert Hossein de devenir responsable de la création théâtrale du lieu. L'assurance pour l'élu de mettre un coup de projecteur sur cet espace tout neuf de création culturelle. Et pour l'acteur parisien, une toile blanche à remplir comme il l'entend.

"Reims, c'est pour Robert Hossein la concrétisation d'un double rêve : la possibilité, grâce au Théâtre populaire, d'avoir sa propre scène et également d'ouvrir une école de jeunes comédiens", analyse le réalisateur rémois Francis Gillery. 

À l'époque, Jacqueline Thomas est administratrice de la Maison de la culture. Jusqu'en 1978, elle va travailler main dans la main avec Robert Hossein pour faire de cet espace un incontournable de la vie culturelle rémoise. Elle se souvient d'un homme passionné : "Il s'investissait à fond dans chacune de ses créations. Il déployait même des cars dans la région pour aller chercher des spectateurs dans toute la région, c'était énorme ! "

Jacqueline Thomas a travaillé avec Robert Hossein dans les années 1970 à la Maison de la culture de Reims
Jacqueline Thomas a travaillé avec Robert Hossein dans les années 1970 à la Maison de la culture de Reims © Bintou Sidibé / FTV

Dans la Cité des Sacres, Robert Hossein trouve ce qu'il est venu chercher. Un nouveau souffle dans sa carrière grâce à ces retrouvailles avec son premier amour, le théâtre. Entre le metteur en scène et son art, c'est le début d'une nouvelle relation. Il ose, crée, s'émancipe des codes en vigueur. "Il avait une vision complètement différente de ce qui se faisait à l'époque, il voyait grand, très grand", raconte Jacqueline Thomas, l'ex-administratrice de la Maison de la culture.  

 

"Du théâtre comme au cinéma"

Le metteur en scène veut sortir le théâtre de son cadre intimiste et élitiste. "C'était une époque dingue de liberté et de création théâtrale. Il investissait des moyens techniques considérables et inédits", explique le réalisateur rémois Francis Gillery. Robert Hossein croit en la force du spectaculaire.

Il monte à Reims ses premières superproductions théâtrales. Pour son casting, il attire de jeunes recrues comme en 1973, où Isabelle Adjani, alors autorisée par ses parents à venir à Reims, joue dans La Maison de Bernarda, de Lorca. Il peut aussi compter sur les comédiens formés dans son école, comme Anémone ou Bernard-Pierre Donnadieu. 

Robert Hossein en 2006, dans son bureau du théâtre Marigny, à Paris.
Robert Hossein en 2006, dans son bureau du théâtre Marigny, à Paris. © Grand Angle

"Sa devise, c'était faire du théâtre comme au cinéma", se remémore Jacques Baudou, 74 ans, et ancien animateur cinéma à la Maison de la culture. Cette démesure coûte cher. En 1978, faute d'argent et lâché par les pouvoirs publics, Robert Hossein quitte Reims.

Mais il emporte avec lui à Paris le style qu'il a développé pendant ses sept années champenoises. "Jusqu'à la fin de sa vie, il a gardé de son passage à Reims le souvenir d'une époque d'exaltation artisitique inédite, confie le réalisteur Francis Gillery. Cette ville a été le terreau de tous ses futurs grands spectacles."

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
théâtre culture art