Sécurité routière : le combat de Nadia Karmel, qui a perdu ses deux filles dans un accident

Nadia Karmel, 31 ans, auteure de "Elles s'aimaient très très fort", son livre témoignage après le décès de ses deux filles dans un accident de la route / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
Nadia Karmel, 31 ans, auteure de "Elles s'aimaient très très fort", son livre témoignage après le décès de ses deux filles dans un accident de la route / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

Nadia Karmel, 31 ans, a perdu ses deux filles dans un accident de la route à Festieux, entre Laon et Reims, le 4 avril 2018. Depuis, elle se bat pour faire entendre la voix des familles de victimes d'accidents de la route. Le procès du chauffard commence ce 19 septembre à Laon.

Par Florence Morel

"Les odeurs se mélangent. Le soufre, le brûlé, la route mouillée." Ce 3 avril 2018, il a plu et un terrible accident vient d'avoir lieu. Après l'orage, Nadia Karmel emprunte son trajet quotidien au volant de sa voiture familiale, avec ses deux fillettes et son fils sur la banquette arrière. Elle roule tranquillement sur la route départementale 1044, quand, au niveau de la commune de Festieux dans l'Aisne, entre Laon et Reims, une Maserati noire fauche sa voiture. Elle apprendra plus tard, lors du procès du chauffard, que la voiture de sport avait atteint 145 km/h au moment de l'impact, au lieu des 90km/h alors en vigueur. Le bilan est lourd : Lila, trois ans et demi meurt sur le coup, et Adélaïde, d'un an sa cadette, décède le lendemain. Elle et Isaac, son fils âgé de seulement un mois, sont grièvement blessés.
 

"La colère aurait été destructrice"

Ce mardi 17 septembre, Nadia Karmel vient enregistrer l'émission du matin dédiée à la sécurité routière à France 3 Champagne-Ardenne.  L'Axonnaise a publié un livre témoignage bouleversant début septembre, Elles s'aimaient très très fort, qui revient sur l'accident, sa reconstruction et son combat contre les chauffards. Après l'enregistrement, tous les invités s'avancent vers elle et saluent son courage. Elle, les yeux pétillants, s'enfonce dans un canapé de cuir noir et demande : "Je réponds simplement à vos questions ou dois-je les remettre dans ma voix?" Il faut dire qu'elle est rompue à l'exercice médiatique. TF1, M6, Konbini, Simone média… autant de médias et de vidéos tournées sous des formats très différents, "avant tout pour faire passer un message. Peu m'importe le format, il faut que le message passe."

Aucune haine ne traverse la jeune femme. Pas une once de rancoeur. "La colère pour moi aurait été destructrice alors que l'engagement est profitable pour Isaac, pour moi et tous nos proches". Aux chauffards, elle veut dire simplement :

Soyez prudent. Vous êtes un être cher de quelqu'un. De plusieurs personnes certainement. Et en face de vous, sur cette route que vous partagez avec d'autres automobilistes, il y a des êtres chers d'autres personnes. Respectez-les. Respectez-vous.
- Nadia Karmel, auteure de Elles s'aimaient très très fort. 


Aux victimes et leurs familles : "La vie vaut d'être vécue. Qu'elle vaut d'être vécue et qu'il faut tenir." Elle marque une pause. "Vraiment, il faut tenir." 
 
Témoignage de Nadia Karmel, dont les deux filles sont mortes dans un accident de la route.

 

Le conducteur déjà suspendu de permis à deux reprises

Dans son livre, Nadia Karmel décrit avec précision ses émotions, ses "petits chats", les petits-déjeuners qu'elle leur préparait. Elle raconte également son premier face à face avec le conducteur de la Maserati noire lorsqu'elle le voit, soigné dans le même hôpital qu'elle, un étage en dessous. Pas un mot d'excuse ni ce jour ni un autre."J'ai eu en face de moi une personne qui était en train de manger devant la télé. J'étais dans mon fauteuil roulant, défigurée, détruite." Si elle redoute le procès qui débutera ce jeudi 19 septembre ? Elle répond sans hésitation : "J'ai redouté l'annonce du décès de Lila. J'ai redouté l'annonce du décès d'Adélaïde, mais pas le procès. C'est dans la continuité des choses, ce doit être fait."
 

Nadia Karmel a fait de ce traumatisme le combat de sa vie. Elle utilise d'ailleurs son livre pour y publier une lettre au président de la République. L'objectif : qu'une politique antichauffards soit mise en oeuvre et que soient pris en cause les "violences routières". Un terme qu'elle assimile aux violences conjugales, et qui permettrait de sanctionner plus sévèrement les récidivistes. Car après un an et demi de procédure, la mère de famille apprend que l'homme à l'origine de l'accident mortel est loin d'en être à sa première condamnation. "Il a eu deux retrait de permis et pour le deuxième retrait, il a été sanctionné que d'une suspension de quatre mois au lieu des trois ans encourus. Si ce délais avait était respecté, cela nous aurait amenés au 3 mai 2018. Notre accident a eu lieu le 3 avril 2018. Nous ne l'aurions donc pas croisé sur notre route", raconte-t-elle.

Après un an et demi de procédure, j'ai appris que la personne à l'origine de l'accident n'en était pas à sa première condamnation. Vous vous rendez compte que si les peines avaient été appliquées de manière drastique, notre accident aurait été évitable.
- Nadia Karmel, auteure de Elles s'aimaient très très fort.

Aujourd'hui, elle vit toujours entre Laon et Reims. Isaac a désormais 18 mois et garde des séquelles de l'accident : des crises d'épilepsie et une possible différence de taille entre ses deux jambes. "Mais c'est tellement minime. Ce n'est qu'une histoire de semelles", sourit-elle, soulagée. Et d'ajouter, la voix remplie de fierté : "C'est un petit champion, vraiment."

J'ai envie qu'Isaac aujourd'hui puisse vivre dans un monde meilleur où les accidents prévisibles et évitables n'existent pas.
- Nadia Karmel, auteure de Elles s'aimaient très très fort.

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