TÉMOIGNAGE : commerçant face à la crise, Jean-Michel Wiecha, "prêt à rouvrir son magasin de vêtements ce week-end"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Rachida Bettioui .

A Reims, Jean-Michel Wiecha, 59 ans, possède deux boutiques de textiles haute-gamme et une boutique de retouche pour des particuliers et des professionnels. Les confinements successifs ont ruiné son année avec des mariages annulés et reportées.
 

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Jean-Michel Wiecha est lillois. Il vit à côté de Roubaix. Tous les mardis, jeudis et samedis, il se rend à Reims où il est à la tête de trois boutiques de textiles. Deux boutiques de prêt-à-porter haut de gamme : Mistral et Gérard Darel. La troisième boutique est dédiée à la retouche, Prestige retouches pour la nommer. " Je suis un 100 % ch'ti à Reims" clame-t-il fièrement.

" Cette année est, une année, noire, mais mon état d'esprit est de ne pas lâcher" enchaîne Jean-Michel Wiecha. Pour lui, le premier déconfinement a sonné la fin d'une saison qui s'annonçait plus que florissante. " Le 16 mars, mon épouse m'appelle et m'annonce que le confinement a été annoncé. Ce jour-là, on avait eu plus de 14 mariages" se souvient Jean-Michel. À partir de cette date, tout s'est effondré. 

Pourtant après le premier déconfinement, il espère que tout va repartir comme avant. " J'ai senti, au moment du déconfinement, comme un nouveau départ. Une volonté de la part de tous de retrouver la vie d'avant" se souvient-il. "Mais les mariages se sont annulés et les restrictions des invités a influencé les reports de nos événements" conclut-il.
 

Une quantité de vêtements stockés

Mistral se divise en deux parties. Une partie de 80 m2 est dédiée aux vêtements de cérémonie haut de gamme avec des marques comme Digel, Brighton, Pierre Cardin, Bugatti, Gabriel Angeli, Oakwood, Casa Moda, Pionier Jeans, Trapper, Kapraun ou encore Monte Carlo Casualwear. Aujourd'hui, j'ai plus de 80 costumes de cérémonie qui attendent les futurs invités qui ont préféré reporter les festivités. Et en même temps, j'ai continué à prendre de nouvelles commandes pour d'autres mariages prévus à l'origine pour 2021.

Ainsi, le patron se retrouve dans sa boutique avec une marchandise impressionnante en attente. Dans ce magasin, le personnel (ils sont trois avec Jean-Michel) travaille en moyenne pour habiller entre 300 et 400 convives par an. "J'ai commandé les vêtements, mais je n'ai aucune certitude sur la date de ces événements. Je me suis aussi engagé auprès de mes clients de 2020 que je retoucherai leurs commandes, car en un an il est fort probable qu'il y aura des retouches à faire comme nous faisons de sur mesure".

Dans cette partie de la boutique, dédiée uniquement aux hommes, du marié aux convives, le chiffre peut s'élever très vite. " En général, le marié vient avec sa famille, donc on se retrouve à habiller le témoin, le père, le beau-frère, le frère, les cousins, bref les hommes de la famille voire de la famille de la mariée aussi, du costume, aux chaussures en passant par la chemise et les accessoires". Une activité qui s'élève à 140.000 euros pour un mois de mariage, durant le printemps et l'été et 90.000 euros pour les mois d'octobre à décembre.

Des aides pas suffisantes

L'aide allouée par l'Etat représente à peine 25 % de son chiffre d'affaires annuel hors taxe. "Cela reste un emprunt que j'ai dû faire sous la contrainte, car je dois rembourser cette somme en 2022" précise le chef d'entreprise. Une autre perte importante a affecté l'autre activité de la boutique dédiée aux vêtements homme de grande taille.

Cette partie de la boutique est dédiée aux tailles " hors normes", c'est à dire pour un public qui ne trouve pas de vêtements dans les magasins avec des tailles standards. "Tous ces clients ont été privés d'habillement pendant le premier et le second confinement et le fait d'avoir reporté les soldes d'été à presque la mi-juillet nous a sacrément affecté aussi" rappelle Jean -Michel. "A Reims, c'était vide, les gens étaient partis en vacances et nous sommes encore restés avec une saison de vêtements sur les bras" ajoute-t-il. Ses magasins ne vendent que du haut de gamme, "alors si les clients sont confinés ou déconfinés, c'est difficile de retrouver une autre clientèle sur une durée si courte et entrecoupée d'annonces du gouvernement" explique Jean-Michel.

Son autre boutique "Gérard Darel" a pu être soutenue grâce au nom de l'enseigne et la possibilité de pouvoir commander en ligne sur leur site. Du coup, cela a inspiré les trois salariés de Mistral, qui ont crée une plateforme numérique pour cette boutique. "Carole, mon associée, pour la boutique Gérard Darel, se rend en boutique pour donner sa commande au client, mais rien ne vaut le contact pour moi. Je suis patron, mais mon premier métier et ma passion, c'est d'être un vendeur. J'adore accueillir un client, le conseiller et l'accompagner du début jusqu'à la fin de son choix vestimentaire" se confie Jean-Michel. Mes salariés pour la boutique Mistral gèrent, eux, le click&collect précise-t-il.

Jean-Michel est arrivé à Reims en 2013, mais il a commencé dans le métier en 1982. " Je suis rentré comme vendeur chez Michel Ruc à Lille, une institution dans le vieux Lille" se rappelle-t-il. Il ouvre ensuite cinq magasins de prêt-à-porter dans Lille pour ensuite acquérir les trois à Reims. Aujourd'hui, il n'a gardé que les trois enseignes rémoises et se réjouit de ne plus que faire 3 aller-retour par semaine, lui qui faisait de la route tous les jours pour se rendre dans toutes ces enseignes pendant 20 ans, il y a encore quelques années. " Un jour, je m'installerai définitivement à Reims ou plutôt autour, car j'aime beaucoup la campagne" confie le chef d'entreprise. Pour ces deux boutiques, Jean-Michel emploie 5 salariés : 3 chez Mistral et 2 chez Darel.

Sa troisième boutique, spécialisée dans la retouche, a subi un deuxième arrêt avec le second confinement. Elle compte cinq salariés. "Les salariés ont dû travailler vite pour satisfaire les commandes des particuliers avant la fermeture du 31 octobre" se souvient Jean-Michel, "mais les retouches pour les professionnels sont totalement arrêtés" se désole-t-il. Des retouches pour des grandes maisons comme les Galeries Layettes, les boutiques Caviar, Casting, et d'autres grands noms. 

Pour l'avenir, il fait des arrangements avec ses fournisseurs pour pouvoir payer ses factures. " Quand on travaille dans le prêt-à-porter, on travaille avec des plans de financenents ; par exemple comme sur l'hiver qui arrive, on commande en Janvier pour être livré en septembre et on paie nos fournisseurs à la livraison". Jean-Michel a obtenu un report d'un mois pour le règlement.


Prêt à rouvrir 

Pour l'heure, il se veut positif . " Pour moi, l'idéal serait qu'on ouvre dès vendredi pour pouvoir préparer nos commandes et participer aussi au black friday reporté le 04 décembre. On est prêt  martèle-t-il, et ce, quelles que soit les conditions de réouverture". Ce qui rassure et motive aussi Jean-Michel, ce sont les commentaires , qu'il lit sur leur site facebook de leur boutique, Mistral, et des messages d'encouragements de leurs clients.

Ses magasins sont spacieux notamment Mistral qui dispose de 300 m2 de surface. " J'ai rarement 30 personnes en boutique d'un coup, le plus qu'on est comme client en même temps n'excède pas les cinq ou six" précise-t-il. Les distanciations seront donc possible, même avec le nouveau protocole sanitaire qui se murmure partout et qui imposerait notamment une jauge d'une personne pour 8 m² de surface contre 4 m². Nous avons tous hâte de reprendre, car parmi mes salariés, il y en a qui vivent en appartement et le confinement commence à leur peser," rajoute Jean-Michel Wiecha.

Que souhaite ce chef d'entreprise pour la fin d'année et 2021 ?

"Que les personnes puissent venir en boutique pour trouver de belles tenues de fêtes ou un cadeau un peu prestigieux à offrir. Et que 2021 soit couronnéé de belles cérémonies et beaux mariages". C'est l'espoir sur lequel mise Jean-Michel comme celui de voir venir le vaccin qu'il fera sans aucune hésitation. " Il faut deux injections, j'ai tout lu sur le sujet, j'ai hâte qu'il soit mis à la disposition sur le territoire pour  que tout le monde puisse reconstruire une vie normale et retrouver la quiétude d'avant" confesse-t-il.
 
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