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Religieux, personnalités : l'affaire Vincent Lambert continue de faire débat

Le 19 mai dernier, un nouveau rassemblement avait lieu devant le CHU Sébastopol de Reims contre l'arrêt des traitements de Vincent Lambert. / © FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
Le 19 mai dernier, un nouveau rassemblement avait lieu devant le CHU Sébastopol de Reims contre l'arrêt des traitements de Vincent Lambert. / © FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Les premières réactions ne se sont pas faites attendre dans les médias et sur les réseaux sociaux, à la suite de l’annonce de la mort de Vincent Lambert, ce jeudi 11 juillet 2019 à 8 h 24. Religieux, écrivains, twittos... autant de personnalités qui expriment des avis divergents sur l'affaire.

Par Aurore Trespeux

Ce jeudi 11 juillet 2019, après neuf jours sans alimentation ni hydratation artificielles, Vincent Lambert est décédé au CHU Sébastopol de Reims. Un décès largement commenté dans les médias et sur les réseaux sociaux. Alors que son neveu François Lambert affirmait vouloir que l'affaire Vincent Lambert s'arrête aujourd'hui, elle semble se poursuivre sur la toile.

Les deux camps qui s’opposent depuis onze ans, continuent de le faire avec virulence depuis l’annonce du décès. Trois types de réactions se dégagent notamment sur les réseaux sociaux. Une première mêlant souvent soulagement et tristesse, une deuxième impliquant avant tout de la colère, et la troisième, beaucoup plus rare, n’implique aucune position "pour" ou "contre" l’arrêt des traitements, mais simplement un hommage à Vincent Lambert. Comme dans ce tweet d'Elilaw, qui souligne : "Qu'importe notre position dans cette affaire, n'oublions pas l'homme derrière ainsi que la famille et les proches."
 
 


Dieu au cœur des débats


Qu’ils soient anonymes ou qu’ils aient des fonctions religieuses, beaucoup de twittos ont réagi négativement à l’annonce de la mort de Vincent Lambert. Ils considérent que dans la plupart des cas, la décision de vie ou de mort "est une décision de Dieu" et prenent souvent à partie l’Etat. Le Pape François lui-même a réagi sur Twitter. "Que Dieu le Père accueille dans ses bras Vincent Lambert. Ne construisons pas une civilisation qui élimine les personnes dont nous considérons que la vie n'est plus digne d'être vécue : chaque vie a de la valeur, toujours."
 

Un point de vue partagé par Thierry Magnin, porte-parole des évêques de France

L'heure a d'abord été au recueillement. Ensuite, c'est un sentiment de tristesse qui m'a envahi face à cette famille déchirée et au drame qui s'est produit. Je pense que la situation de Vincent Lambert a été assez instrumentalisée et qu'il y a eu beaucoup de confusion autour de son état de santé. On ne pouvait pas parler de fin de vie le concernant. Il ne s'agissait donc pas d'acharnement thérapeutique. Est-ce que le fait d'avoir une sonde pour se nourrir constitue un acharnement thérapeutique ? Non, certainement pas. Avoir une sonde pour se nourrir est commun à beaucoup de personnes actuellement, Vincent n'était pas le seul. Je pense que le débat n'a pas eu lieu dans de bonnes conditions et que les bonnes questions n'ont pas été posées.
- Thierry Magnin, porte-parole des évêques de France.


Dans un courrier, les responsables religieux de Reims ont également réagi. Le rabbin Amar, l'imam de la Grande Mosquée Aomar Bendaoud, les pasteurs Xavier Langlois et Pascal Geoffroy, de l’Eglise Protestante Unie de France, l'archevêque Eric de Moulins-Beaufort, et l'évêque auxiliaire Bruno Feillet ont apporté leur soutien à la famille de Vincent Lambert, avant de souligner la singularité de la situation du défunt : "Les décisions prises à son sujet ne peuvent donc être transposées telles quelles à des cas apparemment analogues."

Dans cette lettre, les religieux tirent malgré la "singularité" évoquée plus haut, des conclusions générales de l'histoire médicale de Vincent Lambert, et certaines de ces conclusions sont parfois ambiguës. Par exemple, les traitements médicamenteux jugés inutiles "peuvent être suspendus" à condition que : "ça ne mette pas la vie en danger". Comme d'autres religieux, ils rappellent qu'être dépendant ne signifie pas perdre sa dignité et d'après eux, il appartient à chacun d'aider quelqu'un qui deviendrait dépendant, et qu'ils ne souhaitent pas voir de nouvelle personnes dépendantes "exiger que la société provoque leur mort."

Dans ce courrier, les religieux souhaitent toutefois mettre un terme aux débats les opposant au CHU de Reims régulièrement sur les réseaux sociaux. Et saluent donc le travail d'accompagnement dont a bénéficié Vincent Lambert tout le long de son hospitalisation, et ce, jusqu'à la fin. Avant d'exprimer leur confiance au corps médical.


L'écrivain Michel Houellebecq indigné


Beaucoup de religieux s’expriment, mais également certaines personnalités publiques. Dans une tribune signée chez nos confrères du Monde, Michel Houellebecq exprime son désaccord avec l’arrêt des traitements. L’écrivain se montre très virulent à l’égard de l’Etat dont il dit avoir espéré la neutralité et également à l’égard des médias : "Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole ; qu’il s’agissait, pour la ministre de la Santé et des Solidarités, de faire un exemple."

Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive. 
-Michel Houellebecq, écrivain.

L’écrivain remet en cause l’arrêt des traitements et met en parallèle ses expériences personnelles avec le corps médical, la douleur qu’il a pu ressentir au cours de sa vie. "Moi aussi, dans certaines circonstances (heureusement peu nombreuses) de ma vie, j’ai été prêt à tout, à supplier qu’on m’achève, qu’on me pique, tout plutôt que de continuer à supporter ça", avant de vanter les mérites de traitements antidouleurs forts comme la morphine. 
 

Et de conclure sur une réflexion sur la dignité : "La dignité (le respect qu’on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l’être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors c’est qu’il y a eu, effectivement, une « évolution des mentalités ». Je ne pense pas qu’il y ait lieu de s’en réjouir."

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