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Ce qu'il faut retenir de l'affaire Vincent Lambert après son décès à Reims

Vincent Lambert était hospitalisé depuis 2008 au CHU Sébastopol de Reims. / © Christophe Damiens D'Hebecourt - France 3 Champagne-Ardenne
Vincent Lambert était hospitalisé depuis 2008 au CHU Sébastopol de Reims. / © Christophe Damiens D'Hebecourt - France 3 Champagne-Ardenne

Vincent Lambert est décédé ce 11 juillet 2019, au CHU Sébastopol de Reims à 8 h 24, neuf jours après un nouvel arrêt des traitements engagé le mardi 2 juillet.

Par Florence Morel et Céline Lang

Hospitalisé à Reims depuis qu'un accident de la route l'avait plongé dans un état végétatif en septembre 2008, Vincent Lambert est décédé ce 11 juillet 2019, à 8h24 à l'âge de 42 ans. Quelques jours plus tôt, le mardi 2 juillet, le médecin du CHU Vincent Sanchez annonçait à la famille de cet ancien infirmier psychiatrique un nouvel arrêt des traitements, à la suite d'une décision de la Cour de cassation.
 


"Je souhaite que "l'affaire Vincent Lambert" s'arrête aujourd'hui" 

François Lambert s'est dit "soulagé après des années de souffrance pour tout le monde" avant d'ajouter : "nous étions préparés à le laisser partir." Le neveu de Vincent Lambert avait passé la nuit du 8 au 9 juillet au chevet de son oncle.

Dans quelques mots délivrés face aux journalistes place de la République à Paris, à 11 heures ce jeudi 11 juillet, François Lambert a aussi fait part de son souhait de voir les discussions et débats autour de Vincent Lambert s'arrêter. 

Nous allons entrer dans un moment fort et intime, je pense qu'il est important que l'affaire s'arrête aujourd'hui, avec la mort de Vincent. Tout au long de ces six ans, nous avons assisté à des coups de théâtre à répétition, qui n'ont pas servi à grand chose, à part mettre en lumière les dysfonctionnements de la loi. Maintenant, Vincent est parti, je pense que l'affaire doit s'arrêter là.
- François Lambert, neveu de Vincent Lambert.


Une enquête pour "recherche des causes de la mort"

L'heure est désormais à l'intimité et au recueillement pour l'ensemble des proches de Vincent Lambert. Mais le volet judiciaire de cette affaire est loin d'être terminé. Le vendredi 5 juillet dernier, en effet, les parents de Vincent Lambert ont porté plainte contre Vincent Sanchez, le dernier médecin de Vincent, pour tentaive d'homicide volontaire. 

Parallèlement, une enquête a été ouverte en "recherche des causes de la mort" par le procureur de la République Reims, Mathieu Bourette. Après la mort de Vincent, il a donc accompagné des enquêteurs de la police judiciaire à l'hôpital Sébastopol de Reims afin de procéder aux premières constatations et effectuer les premiers relevés d'enquête.


"L'affaire" Vincent Lambert en 5 dates-clés

Au-delà de la mort d'un homme, marié et père d'une fille âgée de dix ans, ce jeudi 11 juillet marque l'épilogue d'une polémique et d'une bataille judiciaire de plusieurs années. Voici les cinq dates qu'il faut retenir pour comprendre cette affaire hors du commun.
 
  • Septembre 2008, l'accident

L'infirmier en psychiatrie, alors âgé de 31 ans, est victime d'un accident de voiture près de Châlons-en-Champagne (Marne). Vincent Lambert s'était installé quelques temps auparavant avec Rachel Lambert, son épouse, dans le village de Vadenay au sud-est de Reims. Ils venaient d'avoir une petite fille.

Pendant trois ans, le Marnais d'adoption reste dans un état de conscience minimale. En juin 2011, en Belgique, le Coma Science Group, qui comprend les plus grands spécialistes, étudie son cas. Ils concluent que Vincent se trouve dans un état de conscience minimale, sans espoir d'amélioration.
 
 
  • En 2013, premier arrêt des traitements
Après plus de quatre années passées dans un état végétatif, le docteur Eric Kariger décide pour la première fois d'interrompre les traitements qui maintiennent en vie Vincent Lambert. Une décision qui fait suite à une longue série d'examens, menés par les plus grands experts européens, dont le diagnostic est sans appel. Vincent restera dans un état de conscience minimale sans espoir d'amélioration.

"On avait mis tous les moyens pour consolider cette décision. C'est le seul patient de l'unité pour cérébrolésé qu'on a envoyé au centre européen chez le professeur Lorenz", déclarait Eric Kariger à France 3 Champagne-Ardenne en février 2018, cinq ans après les faits. Seulement, le 11 mai 2013, le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne enjoint le docteur et son équipe à reprendre l'alimentation du patient (stoppée pendant 31 jours), au motif que ses parents n'ont pas été suffisament informés. 

Les pressions se font de plus en plus lourdes sur les épaules du médecin, qui décide finalement de se retirer du dossier fin 2014. "À un moment, il faut se protéger et savoir se retirer. Je suis allé jusqu'à défendre l'honneur d'une équipe. Mais le jour où le Conseil d'Etat est venu confirmer que la décision était conforme, on avait atteint l'objectif", racontait-il, encore ému. Malgré la décision de la plus haute juridiction administrative, les parents de Vincent Lambert n'en restent pas là.

Ce qui m'interpelle, c'est qu'à un moment donné, on puisse attaquer sans fin une décision de justice. On est sur une décision qui est hors norme.
- Eric Kariger, ancien médecin de Vincent Lambert, en février 2018.

 
 
  •  2015, la Cour européenne des droits de l'homme se prononce en faveur de l'arrêt des traitements

Le 5 juin 2015, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), saisie par les parents favorables au maintien en vie de leur fils, juge que l'arrêt des traitements ne violerait pas "le droit à la vie" de Vincent Lambert. L'arrêt de la CEDH tombe un an après que le Conseil d'Etat s'est lui aussi prononcé en faveur de l'arrêt des traitements.

Le CHU de Reims saisit le parquet pour définir un tuteur légal pour Vincent Lambert. Un an plus tard, c'est sa femme Rachel, favorable à l'arrêt des traitements, qui est choisie par le juge des tutelles.
 
 
  • Le 9 avril 2018, le CHU de Reims se prononce pour un arrêt des traitements
Après une quatrième décision collégiale, le CHU de Reims s'est prononcé en faveur d'un arrêt des traitements. Le docteur Sanchez, arrivé à Reims en 2017, conclut alors à une "obstination déraisonnable" envers le patient tétraplégique. Décrit comme "discret" par ses pairs et "très déterminé" selon François Lambert, le docteur Sanchez a cessé l'alimentation et l'hydratation artificielles de Vincent Lambert le 20 mai 2019, avant que la cour d'appel de Paris demande au CHU de reprendre les traitements le même jour.
 
 
  • Le 28 juin 2019, la Cour de cassation casse la décision de la cour d'appel de Paris
Un peu plus d'un mois après l'arrêt de la cour d'appel de Paris ordonnant la reprise des traitements de Vincent Lambert, c'est au tour de la Cour de cassation de se prononcer sur l'affaire. Les juges de la juridiction suprême n'ont que quelques jours pour rendre leur décision, le président prenant sa retraite le 30 juin.

Ils décident finalement de casser l'arrêt de la cour d'appel. Le CHU de Reims s'est alors retrouvé dans la même situation que le 19 mai dernier, pouvant relancer une procédure d'arrêt des traitements à tout moment ; ce qu'il a fait le mardi 2 juillet. Dans un dernier espoir, les parents de Vincent Lambert, toujours opposés à l'arrêt des traitements de leur fils, tentent de lancer une ultime procédure judiciaire, avant de se résigner. Après neuf jours sans hydratation, ni alimentation, Vincent Lambert est finalement décédé ce jeudi 11 juillet, après onze ans de conflits judiciaires et familiaux.
 

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