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Les cinq choses qu'il faut savoir sur Viviane et Pierre Lambert, opposés à l'arrêt des traitements de leur fils

Viviane et Pierre Lambert, le 20 mai 2019 devant le CHU Sébastopol à Reims / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne
Viviane et Pierre Lambert, le 20 mai 2019 devant le CHU Sébastopol à Reims / © Florence Morel / France 3 Champagne-Ardenne

"Une grande victoire" ou encore "remontada". Les propos des avocats des parents de Vincent Lambert, favorables à la poursuite des traitements de leur fils, ont choqué l'opinion publique ce lundi 20 mai. Retour sur les cinq éléments qu'il faut connaître pour comprendre leurs motivations.

Par Florence Morel

Lunettes rouge et noir à écaille, Viviane Lambert soigne ses apparitions médiatiques. Face à la masse de journalistes attroupée devant l'entrée de service du CHU Sébastopol à Reims, elle baisse la vitre de sa voiture, prétendant ne pas vouloir être filmée. "Ce sont des monstres, ce sont des nazis", lance-t-elle en pleurs en décrivant les médecins et le personnel hospitalier. Elle marque une pause pour être sûre d'avoir été entendue. Le soir de ce lundi 20 mai, elle revenait accompagnée de deux moines, s'assurant de nombreuses questions de la part des médias, auxquelles elle répondra sans donner plus de détails : "Ce sont des amis de la famille qui connaissent Vincent et les enfants depuis tout petits."

Les moines à l'entrée de l'hôpital Sébastopol à Reims, n'ont répondu à aucune question.
 

1- L'influence de groupes intégristes religieux

Viviane et Pierre Lambert, ancien gynécologue farouchement opposé à la loi Veil, ne sont pas seulement des catholiques pratiquants. Elle et son époux fréquentent l'Eglise Notre-Dame de France à Reims, même si Viviane Lambert affirme que ses croyances religieuses n'interfèrent pas dans le combat qu'elle mène pour son fils. La paroisse appartient à la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, excommuniée de l'Eglise en 1975 (le pape Benoît XVI lèvera les excommunications qui pesaient sur quatre évêques de la Fraternité en 2009). "Madame Lambert doit venir déjeuner chez moi dimanche prochain. C'est une femme très forte, très entourée et soutenue heureusement, qui puise sa force dans la grâce et le sacrement", nous expliquait Elisabeth, 28 ans, une amie venue au rassemblement devant l'hôpital Sébastopol le 19 mai dernier.

"Il y a de l'idéologie très forte et sous la forme d'un groupuscule qui s'approche plus de la politique, nous assurait la demi-sœur de Vincent, Marie-Geneviève Lambert, en février 2018. Ce groupuscule est actif financièrement." Son fils, François Lambert, dénonçait au même moment : "C'est un catholicisme dévoyé des parents de Vincent, qui n'est plus reconnu par le Vatican."

L'avocat de Pierre et Viviane, Jean Paillot, assure quant à lui que "l'Eglise n'est pas le moteur" de ses clients. Son demi-frère, David Philippon, qui soutient que Vincent Lambert n'est pas en fin de vie, nous disait en février 2018 :

Ce n'est pas un combat idéologique. Ce n'est pas un combat de la vie à tout prix. C'est là toute la nuance. Je ne demande pas aux médecins de guérir Vincent, on ne le retrouvera pas comme on l'a connu. Mais c'est un être humain qui doit être écouté jusqu'au bout.
- David Philippon, demi-frère de Vincent Lambert, contre l'arrêt des traitements.

 

Pour Gérard Chemla, l'avocat de François Lambert, le neveu de Vincent, cette proximité des mouvements religieux n'est pas illégale, mais permet de rallier du monde à la cause du camp adverse : "On est dans un pays qui respecte la liberté de penser, de culte et même d'appartenir à une secte. La technique utilisée par les parents est une technique qui a déjà été utilisée lors de la lutte contre l'avortement. C'est un mouvement activiste qui au nom de Dieu et de la vie, dit qu'on peut se permettre d'aller au-delà de la décence, de ce qu'on devrait faire car on se bat pour une idée supérieure. Ils sont en légitime défense. Qu'il y ait des sectes derrière, cela leur permet d'avoir de l'argent et du monde."
 

2- Des soutiens financiers colossaux

Outre cette appartenance, la proximité des époux Lambert avec les milieux religieux leur apporte un soutien financier colossal. Selon un communiqué diffusé à l'AFP, la fondation Jérôme-Lejeune aide les parents de Vincent Lambert à hauteur de 100.000 euros pour les frais de justice. La fondation, qui est ouvertement anti avortement et contre l'euthanasie, avait été visée par une tribune signée par 146 scientifiques dans le Le Monde le 30 mars 2017. Ils y dénonçaient alors les procédures judiciaires lancées contre des autorisations de recherche sur l'embryon.

A noter que le camp adverse ne bénéficie pas d'un tel soutien financier. Interrogé, l'avocat de François Lambert, Gérard Chemla, affirme qu'il "n'a pas eu un euro" pour cette affaire. C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'un proche de Rachel Lambert, Vincent Caruel, a lancé une cagnotte participative qui a ramené un millier de participations. 
 

3- Deux avocats proches des mouvances intégristes et d'extrême-droite

"Remontada" ou encore "une très grande victoire". Les mots de Jean Paillot et Jérôme Triomphe lundi 20 mai ont choqué l'opinion, le soir où la cour d'appel de Paris a demandé au CHU de Reims de reprendre les traitements de Vincent Lambert. Les deux avocats n'ont pas été sélectionnés au hasard. Sur son site internet, on peut voir que Jean Paillot participe à la master-class bioéthique de la Fondation Jérôme-Lejeune et qu'il est proche des associations catholiques alsaciennes.

Jérôme Triomphe s'est quant à lui fait remarquer en défendant des manifestants appartenant à la Manif pour Tous. Il est également connu pour sa proximité avec le mouvement intégriste Civitas et la rédaction d'articles sur les sites de mouvance intégriste Riposte laïque et Salon beige ou encore Boulevard Voltaire. Il a également plaidé le 1er juillet 2014 contre le dessinateur Plantu, pour une affaire de dessin représentant le Pape en train de sodomiser un enfant. Le 30 juillet 2019, il participera à une table ronde intitulée "Les juges et les médecins de la culture de mort" aux universités catholiques d'été organisées par l'Agrif (l'alliance générale française contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne).
 

4- Une stratégie de communication et d'intimidation bien rodée

La famille Lambert ne se prive pas d'utiliser les images de leur fils pour défendre sa cause. Outre la vidéo publiée lundi 20 mai par Valeurs actuelles, dans laquelle on voit Vincent Lambert pleurer et sa mère tentant de le rassurer, elle en a déjà publié à de nombreuses reprises dans le passé. Un usage qui choque Marie-Geniève Lambert, qui nous affirmait ne pas comprendre "qu'on puisse mentir". Elle pointait alors la vidéo tournée en 2015 où l'on voit une cuillère tendue à la bouche de Vincent, dont il semble boire le contenu. Un mensonge selon elle :

Quand on dit qu'il a récupéré son réflexe de déglutition, j'ai vérifié auprès du personnel soignant et c'est faux. J'ai demandé s'ils lui donnaient à manger, parce que c'est dangereux. Et non, ils ne le font pas. Il y a eu un test en septembre dernier, il ne peut pas déglutir. Les soignants sont chargés à chaque visite des parents de vérifier sa bouche et de voir si on a essayé de le nourrir. Il fait déjà des fausses routes avec sa propre salive. Le but est de dire que s'il peut manger par la bouche, il est hors loi Leonetti.
- Marie-Geneviève Lambert, demi-soeur de Vincent, favorable à l'arrêt des traitements.


Selon elle, Vincent Lambert est sous haute surveillance du personnel médical de Sébastopol, à cause des différentes menaces qu'ont reçu les membres du personnel médical"Vincent est quand même très instable. Il est plus surveillé que n'importe qui dans son cas. A la moindre infection, tout le personnel est mobilisé parce que sinon il va y avoir des accusations de la part des personnes qui sont contre l'arrêt des traitements qui accusent l'hôpital de vouloir l'assassiner. Dans d'autres cas équivalents, on lutterait moins."
 

5- Le placement des enfants au sein de la Fraternité Saint Pie X

Tous les enfants Lambert ont reçu eux aussi une éducation dans différents établissements privés hors contrat dirigés par la Fraternité Saint Pie X, un peu partout en France. Vincent est envoyé dans le sud de la France, dans un pensionnat de Saint-Joseph-des-Carmes, près de Carcassonne. Il y a étudié seul, ses frères et soeurs étant éparpillés à Roubaix ou ailleurs. "Sympa la famille", décrivait sa demi-soeur, en précisant : "Parfois il a vécu des choses heureuses dans ce milieu, il a découvert la musique, le cheval", avant d'ajouter :

On a une famille très compliquée. Cela vient des contradictions entre les convictions religieuses et les actions qui ne sont pas claires. Je pense que Vincent a vécu des choses difficiles, c'est quelqu'un de tourmenté. Il est l'aîné d'une deuxième fratrie qui au départ n'a pas été reconnue par mon père mais par le premier mari de ma belle-mère. Il a nommé deux hommes 'papa' jusqu'à l'âge de six ans. Il est allé vivre avec mon père à six ans, mais sans qu'il y ait d'affection très grande manifestée de la part de mon père, et il en a beaucoup souffert. Je pense que pour papa, c'est une sorte de rattrapage de quelque chose. Qui peut être faux et sincère.
- Marie-Geneviève Lambert, demi-soeur de Vincent, favorable à l'arrêt des traitements.


Son fils François, qui n'a pas fréquenté les mêmes établissements, dénonce : "Il a été éduqué dans les pensionnats de la fraternité Saint Pie X. Une fois adulte il n'a plus fréquenté personne de la fraternité. Il n'y a plus mis un pied. Il s'en était fait chasser. Viviane dit que parce qu'il en avait pleuré, c'est qu'il l'aimait. Mais non, c'est qu'il s'était attaché aux personnes." 

Une appartenance familiale qui n'a pas épargné François Lambert de menaces venant de sa propre famille. "Ce n'est pas effrayant pour moi. Je sais que ça peut l'être pour les gens de l'extérieur, mais j'ai grandi avec eux, je connais l'aveuglement dont ils peuvent faire preuve." Et d'ajouter : "Il y a de la condescendance qui se transformerait en ultra-violence si l'affaire venait à se débloquer. Ces gens-là sont extrêmement violents. Ils incitent, quand ils disent 'On veut tuer un être humain'. Ils incitent à défendre la vie d'une personne, mais ils ne prendront pas la responsabilité de le faire. Ils espèreront plutôt qu'un cinglé le fasse ou espéreront qu'en face, les personnes aient peur qu'un cinglé le fasse."
 

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