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Journée internationale des droits des femmes. On a parlé féminisme, YouTube et sciences avec la Marnaise Florence Porcel

Florence Porcel, en 2014 / © Martin Bureau / AFP
Florence Porcel, en 2014 / © Martin Bureau / AFP

Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé de Florence Porcel et du cyberharcèlement de la "Ligue du lol", dont elle a été victime. On lui a demandé de nous raconter comment elle avait finalement acquis sa notoriété en tant que femme qui parle de sciences sur YouTube.

Par Florence Morel

Vulgariser les sciences, c'est sa passion. Florence Porcel, née à Vitry-le-François, explique au plus grand nombre les dernières avancées scientifiques et autres découvertes sur les planètes. Ces derniers temps, on l'a plus entendue sur le thème du cyberharcèlement orchestré par la tristement célèbre "Ligue du lol", dont elle a été victime. Retour sur ces six dernières années faites de sciences et de vidéos.
 

France 3 Champagne-Ardenne : Vous disiez sur notre antenne l'an dernier que se lancer sur YouTube en se disant "chouette je vais gagner plein d'argent, c'est totalement faux". Pouvez-vous nous raconter comment ont été reçues vos premières vidéos ?

Florence Porcel : Il faut remettre tout cela dans le contexte. J'ai créé ma chaîne en 2012. YouTube, c'était un autre monde. Les téléphones n'avaient pas les forfaits capables de lire une vidéo en ligne, le mot YouTubeur n'existait pas. YouTube, c'était une plateforme avec des vidéos de chats. Créer une chaîne n'avait aucun sens.

A aucun moment je me suis dit que ça pouvait devenir un métier, car ça n'existait pas. J'ai créé ma chaîne avec un podcast vidéo, car YouTube était pour moi une sorte de disque dur. Il cartonnait sur iTunes, mais pas sur YouTube. Ça n'avait absolument rien avoir avec le YouTube d'aujourd'hui.
 

A quel moment la plateforme de vidéos est-elle devenue autre chose ?

Ce n'est pas mon métier. Je fais de la vulgarisation. YouTube est un support parmi d'autres, je ne suis pas vidéaste professionnelle. YouTube ne me reverse pas un seul centime.

Comment avez-vous construit votre notoriété ?

J'ai l'impression que les scientifiques me font confiance parce que cela fait de nombreuses années que je travaille avec eux. Ils voient que je suis quelqu'un de sérieux. Cela se construit au fur et à mesure du temps.

On se fait un carnet d'adresse, on avance dans sa carrière on fait son travail correctement, le plus sérieusement possible et avec la plus grande rigueur qui soit. Ce qui n'empêche pas de faire des erreurs, ou d'être maladroite, comme tout le monde.

Je travaille beaucoup avec les scientifiques. En vulgarisation, c'est toujours bien de travailler en lien avec eux, surtout quand on ne l'est pas soi-même.
 

On dit souvent que le milieu scientifique est macho. Comment avez-vous été accueillie?

J'ai eu la chance de commencer à faire de la vulgarisation scientifique à France Inter, dans l'émission la "Tête au carré", diffusée depuis dix ans maintenant, qui a pignon sur rue et qui est très appréciée des scientifiques. Du coup, quand on appelle les gens en disant : "Bonjour, Florence Porcel, la Tête au carré France Inter", les gens vous écoutent, même s'ils ne connaissent pas votre nom.

J'y suis restée un an et demi, j'ai beaucoup appris et c'est là que j'ai commencé mon carnet d'adresse. J'ai de suite bénéficié de cette caution de sérieux. Je commence seulement, depuis un an, de ne plus avoir besoin de le dire. Je le mettais jusque-là dans la conversation pour me présenter ou dans ma biographie.
 

Est-ce que certains internautes remettent en question vos compétences, au titre que vous êtes une femme ?

C'est assez rare, les gars ne vont pas jusque-là. Comme je suis une femme, forcément, je suis une "pute". Ça ne va pas plus loin. Je ne suis pas sûre qu'ils regardent mes vidéos, qu'ils aient un avis sur ce que je raconte. Le simple fait de voir que je suis une femme leur suffit.
 

Qu'est-ce qui les motive selon vous ?

J'ai du mal à répondre à cette question car pour moi, ça n'a aucun sens. Je pense qu'il y a un gros problème d'éducation, d'empathie, et puis un sentiment de totale impunité. Cela fait partie du système patriarcal dans lequel on vit, dans lequel le corps des femmes doit être entièrement disponible aux hommes.

Qu'on soit au travail, sur le web, dans la rue, on doit être constamment soumises aux hommes. Ils partent du principe qu'ils peuvent et doivent nous juger. Alors que globalement, on n'a aucun compte à leur rendre.

Beaucoup minimisent les effets du cyberharcèlement et craignent plus ses répercutions "dans la vraie vie". Qu'en pensez-vous ?

Il n'y a pas de différence dans la vraie vie et sur internet. Ce n'est pas un problème de support, mais de mots qui tuent. Un mot sur internet fait autant de mal que dans la vraie vie.

Dans cette vidéo, Florence Porcel ne parle pas sciences, mais de Lettres à l'ado que j'ai été (éditions Flammarion), à propos de harcèlement scolaire :

Quand on se fait harceler à l'école et que pendant un an on te dit tous les jours "t'es moche tu pue, suicide-toi"… il n'y a pas d'atteinte à l'intégrité physique. Mais ce sont les mêmes mots que sur internet et le problème il est là.

Les mots tuent. Cyber-harcèlement ou harcèlement, c'est la même chose. C'est un problème de violence verbale. Ce sont les mots le problème et pas le lieu. C'est la même démarche, la même volonté de détruire.

Quels conseils pourriez-vous donner à une jeune youtubeuse qui aimerait se lancer dans l'aventure aujourd'hui ?

Je lui dirais de faire ce qu'elle a à faire. Il faut qu'elle fonce.

Maintenant, si c'est sur Internet, il faut qu'elle sache que, potentiellement, ça peut être violent. Qu'elle se prépare à ça.

Qu'elle sache que le problème ne vient pas d'elle, que ce ne sont pas ses compétences ni sa personnalité qui sont en cause. Que c'est juste Internet. Que ce sont les trolls et les harceleurs le problème.

Florence Porcel en 4 chiffres

2012 : c'est la date de création de sa chaîne YouTube.
85 114 abonnés à sa chaîne en février 2019.
5 037 211 vues qu'elle a cumulé sur sa chaîne.
40 300 abonnés sur son compte Twitter.
 

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