Marne : la propriétaire d'un hôtel pour chats lance un SOS, avec le confinement, elle craint de tout perdre

"C’est catastrophique", raconte Ophélie Hermonville, propriétaire d'un hôtel pour chats à Loisy-sur-Marne. Elle estime que les responsables de pensions pour animaux sont oubliés du confinement. Sans tourisme, ni sorties, elle s'interroge sur la pérennité de son établissement. 
 

L'hôtel pour chat d'Ophélie vit une période compliquée pendant le confinement à Loisy-sur-Marne
L'hôtel pour chat d'Ophélie vit une période compliquée pendant le confinement à Loisy-sur-Marne © Ophélie Hermonville document remis
A quelques minutes de Vitry-le-François, dans la Marne, Ophélie Hermonville a ouvert, il y a huit ans à Loisy-sur-Marne, "La Terre d’Ulysse ", un hôtel pour chats. C’était plus qu’un projet qui se réalisait, c’était sa passion pour ces animaux qui prenait forme. Adolescente, déjà, elle avait effectué des stages dans des refuges. Au collège, c’est chez un vétérinaire, qu’elle avait suivi son stage découverte. Elle avait ensuite obtenu un diplôme d’assistante-vétérinaire, ainsi qu’un diplôme de comportementaliste animalier.

Après un CDD, comme assistante-vétérinaire, chez un professionnel de Chalons-en-Champagne, elle a décidé de se lancer et de faire de son rêve, une réalité. Sa pension est la somme de ses connaissances sur les félins, de son amour pour les bêtes, et de ses économies. Tout allait bien, elle agrandissait "La Terre d’Ulysse ". Mais cette année, avec le second confinement, la gérante y a renoncé. Plus grave encore, elle s’interroge sur l’avenir de son établissement. Elle a fait une demande à l’URSSAF. Elle attend le 20 novembre pour effectuer une demande d’aide du fonds d’action sociale. Aujourd’hui, elle lance un SOS pour que son projet ne coule pas.

" Sauvez-moi ! "

Habituellement, à cette date, c’est déjà complet pour les fêtes de fin d’année. Aujourd’hui, je n’ai que trois réservations pour les vacances de Noël

Ophélie Hermonville



Au début, quand j’ai ouvert mon hôtel, on m’a prise pour une extra-terrestre », raconte Ophélie Hermonville. « Ça attire les curieux. Je peux accueillir 25 chats, 10 à l’intérieur, en chambre, et 15 à l’extérieur, selon leurs habitudes de vie, été comme hiver. Tout est grillagé, sécurisé. Comme la maison est au bord de la route, les chats qui sont dehors regardent les voitures, les passants. Ceux-ci aiment bien venir voir nos pensionnaires. A l’extérieur, j’ai installé des tunnels, un château fort pour que les chats s’amusent".
 
Reportage dans cet hôtel pour chats à Loisy-sur-Marne

"C’est mon dernier investissement, car cette année, je n’en n'ai pas réalisé, à cause de tout ce qui se passe. J’ai tout investi dans mon projet. Actuellement, je remets tout en question. Je ne sais pas si le manque à gagner, dû au confinement sera rattrapé en 2021. Après le premier confinement, en mars, l’hôtel a rouvert. Cet été, ça a bien marché. J’ai refusé du monde. Seulement, j’ai été obligée de fermer, à nouveau le 30 octobre. Une cliente a dû écourter ses vacances, pour venir récupérer sa minette", lance-t-elle avec une pointe de déception dans la voix.

Lasse face à la situation, Ophélie commence à désespérer. "Comme mon activité n’est pas considérée comme essentielle, je n’ai pas de revenus. J’avais programmé un marché de Noël, une boutique où les propriétaires de chats auraient pu acheter des cadeaux pour leurs animaux. Jusqu’à au moins fin novembre, c’est fermé. J’essaye de livrer mes clients, de trouver des solutions. Je prépare des paniers personnalisés pour les chats, histoire de liquider les stocks que j’avais constitués pour Noël. Il y a un mois, j’ai même sorti un livre : dix petites recettes pour votre chat, et un autre pour chien. Habituellement, à cette date, c’est déjà complet pour les fêtes de fin d’année. Aujourd’hui, je n’ai que trois réservations pour les vacances de Noël. Les gens restent chez eux".».
 

Aux petits soins pour ses clients à poils

 Pour son service de garde, pendant des vacances, des séjours en famille, ou à l’hôpital, Ophélie Hermonville a aménagé toute une maison. L’hôtel comporte des chambres individuelles. Il y a des jouets, un mur d’escalade, un griffoir, le chauffage et la radio. "  Sept jours sur sept, je passe du temps avec les pensionnaires. Il faut s’adapter à leur âge, leur besoin de dormir, de jouer et trouver des activités pour les occuper. Les clients peuvent apporter les repas, si leur animal est fragile. Sinon, le séjour coûte douze euros par jour, croquettes et litières comprises. Pour les familles nombreuses, à partir du deuxième chat, je pratique un tarif dégressif, avec une réduction de dix pour cent".

La directrice de l’hôtel, jusqu’à présent, se félicitait de ses résultats. Son chiffre d’affaires augmentait tous les ans. Elle vivait bien de son activité. Après l’été, le temps fort de l’année, elle créait toujours deux à trois places d’accueil supplémentaires, mais cette fois, elle n’a pas lancé de travaux, pour le cas où, car l’avenir de son entreprise est incertain. Elle venait d’acheter une deuxième maison pour loger sa famille."J’ai désormais deux emprunts sur le dos pour 20 ans "confie-t-elle. Si Ophélie Hermonville ne baisse pas les bras, c’est parce que via sa page Facebook, elle reçoit des messages de clients fidèles.
 
A "La Terre d'Ulysse", les pensionnaires peuvent séjourner à l'intérieur, comme à l'extérieur.
A "La Terre d'Ulysse", les pensionnaires peuvent séjourner à l'intérieur, comme à l'extérieur. © Document remis


Des clients satisfaits

Quand les clients appellent, pour la première fois, pour confier leur chat, ils posent toujours beaucoup de questions. "Je les invite à venir visiter, seuls, la maison. Cela permet de se rencontrer, et de les rassurer ", explique la gérante de l’établissement. "Ils remplissent un questionnaire sur leur animal, et après signature du contrat de réservation, ils peuvent m’apporter leur chat pour un week-end, une semaine... L’été, certains restent jusqu’à un mois et demi. A leur arrivée, on, choisit la chambre. On installe l’animal et on reste une heure avec lui, pour qu’il s’habitue. Il faut généralement deux à trois jours d’adaptation, mais les chats sont curieux". 

La maison a plusieurs clients fidèles. Ainsi, Nino, depuis trois ans est un habitué des lieux. "Je le laisse volontiers chez Mme Hermonville ", raconte Marie-Isabelle Dejardin. " Ça s’est toujours bien passé. Ma famille n’est pas dans la région. J’ai essayé de le laisser tout seul, mais, ça n’allait pas. Ce serait un manque énorme, si elle arrêtait ". Nadine Liégeois, propriétaire d’Elfie, le confirme : "A la Terre d’Ulysse, on sait qu’ils sont en sécurité. C’est très propre, très beau. On y va presque depuis l’ouverture, quinze jours en août et un peu en octobre. Elfie y séjourne depuis qu’elle est toute petite. Je serais bien embêtée si ça fermait. C’est très important ".

Ophélie Hermonville possède deux chats, Ulysse et Calypso. Ils sont la mascotte de "La Terre d’Ulysse ". Elle en a adopté quatre autres et possède également deux chiens. Elle aime beaucoup les animaux, et, sur sa page Facebook, où elle est suivie par 750 personnes, elle donne des conseils pour aider les amis des chats à adopter un animal adulte. Auto-entrepreneur, la gérante de " La Terre d’Ulysse ", a investi toutes ses économies dans son affaire. Mère de trois enfants, de douze, huit et deux ans, elle se démène, aujourd’hui pour s’en sortir.

Face à cette crise sanitaire et économique qui dure, comme Ophélie Hermonville, ils sont des milliers, actuellement, à espérer des aides.
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