Marne : un ralentisseur empêche une famille de dormir à Outrepont, elle réclame sa destruction

Une famille vivant à Outrepont (Marne) est réveillée aux aurores depuis la construction d'un ralentisseur devant chez elle, en 2016. Ces nuisances sonores sont relayées dans une vidéo publiée le 11 janvier. Le maire se voit exiger de le démolir, et promet d'étudier la question en conseil municipal.

Le ralentisseur incriminé par Anaïs Huin, qu'elle accuse "de ne pas être aux normes".
Le ralentisseur incriminé par Anaïs Huin, qu'elle accuse "de ne pas être aux normes". © Anaïs Huin

Quand on pense village, on s'attend à entendre des bruits de poules et coqs, de cloches... mais pas jusqu'à 120 poids-lourds par jour. C'est pourtant ce qu'expérimente la famille Huin depuis la construction d'un ralentisseur trapézoïdal en 2016. Juste devant chez elle. Deux chicanes ont aussi été construites aux entrées de la commune.

La demeure familiale se trouve à Outrepont (Marne), village de 83 âmes. Le ralentisseur a été construit Grande rue, entre la mairie et cette maison (voir sur la carte ci-dessous). Ce village essentiellement paysan est régulièrement traversé par des engins agricoles, bruyants en passant sur le ralentisseur. Après une pétition et une première tentative en 2017, la famille a essayé de médiatiser l'affaire le lundi 11 janvier 2021.
 


Anaïs, la fille du couple Huin, est fort marrie de cette situation. Elle va reprendre les choses en main après quatre ans d'atermoiements entre sa famille et l'ancien maire (parti en juin). Avec son frère Guillaume, elle est rentrée au bercail à l'occasion des confinements. Et il s'avère que télétravailler ou dormir est "plus facile à Paris qu'ici, c'est dire". Elle se confie à France 3 Champagne-Ardenne. "J'ai été réveillée à 6 heures ce matin : c'est pas mal..."

"En général, les vibrations et les claquements, dus à des passages brusques et violents, c'est dès 5 heures. C'est encore plus tôt en été. On entend même côté jardin, ça stresse, on dort mal... Il n'y a eu ni consultation ni étude d'impact, on nous a imposé ce ralentisseur. On l'a signalé, mais le précédent maire, Rémy Quantinet, ne voulait sans doute pas déconstruire par orgueil." Après beaucoup de "déception et d'émotion", elle a reçu l'appui de l'association "Pour une mobilité sereine et durable" (PUMSD), qui relaie une vidéo desdites nuisances sonores (voir ci-dessous) sur sa page Facebook
 


On doit à l'association, présidée par Thierry Modolo, une véritable croisade contre ces ralentisseurs. Son combat, qui s'appuie sur les normes de construction de ces ouvrages, a fait condamner plusieurs maires. Pour aider les automobilistes et autres propriétaires, comme la famille d'Anaïs Huin, un kit juridique a même été mis en ligne. Il tranche auprès de France 3 Champagne-Ardenne. "Sa construction n'est pas conforme à la loi." 

"Il ne peut pas être construit s'il cause des nuisances pour les usagers. Or, ça fait un bruit infernal, ça créé plus de pollution, et ça déprécie la valeur de la maison. D'après le décret 94-447 et la norme NF98-300, il est quatre fois plus long qu'il ne devrait l'être. Il fait quinze mètres de longueur alors qu'il doit en faire quatre, et treize centimètres de haut au lieu de dix... Et c'est interdit là où des bus ou poids-lourds passent, alors que c'est bien le cas ici. On rend service à ce maire, c'est dans son intérêt de le détruire. Car ça peut lui coûter très cher en cas de plainte, surtout au pénal."

 

La demeure familiale des Huin.
La demeure familiale des Huin. © Anaïs Huin


Faute d'un arrangement à l'amiable, la famille Huin compte mettre le maire en demeure, afin qu'il intervienne dans un délai de deux mois. Faute de quoi, elle porterait l'affaire devant le tribunal administratif, voire au pénal pour "mise en danger de la vie d'autrui".
 

C'est une affaire de temps. La porte n'est pas fermée.

Philippe Remiet, nouveau maire d'Outrepont

La mairie ne fait pas la sourde oreille

Le maire, Philippe Remiet, n'est pas à l'origine de cette situation puisqu'il vient d'être élu. Mais voilà qu'il doit s'en charger. "Interpellé" par le fait qu'on pense qu'il ne s'en occupe pas, il s'est expliqué auprès de France 3 Champagne-Ardenne. "On en a parlé en conseil municipal. Et on doit en reparler en réunion de conseil, la semaine prochaine, avant le conseil municipal suivant. C'est une affaire de temps."

"Il faut comprendre que c'est financièrement compliqué, qu'on est une petite commune avec un budget très modeste. Et contrairement à certaines idées reçues, il est aux normes, ce ralentisseur. J'ai été en contact physique avec les personnes compétentes du département. La pente fait 7%, ce qui correspond à la norme qui exige entre 7 et 10% de pente." 

Le maire l'assure, sa porte n'est pas fermée. La suite au prochain conseil municipal, donc.
 

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