C'est en Lorraine que renaît en partie Notre Dame de Paris. Plus précisément dans les ateliers de l'entreprise Le Bras Frères. Dernier épisode : la réalisation de la croix sommitale de la flèche de Notre-Dame de Paris.

Dans les ateliers de l’entreprise Le Bras Frères à Jarny en Lorraine (Meurthe-et-Moselle), la croix sommitale de la flèche de Notre-Dame est terminée. Début décembre, elle a pris la direction de Paris pour trôner à 90 mètres de hauteur face au vent.

"C'est la partie sommitale de la flèche" explique Benoit, couvreur, qui a participé aux travaux, "au-dessus de l'aiguille, vous avez la croix et c'est ce qui viendra habiller cette croix à sa base pour faire la jonction avec l’aiguille. Tout au bout, il y aura le coq".

L'ensemble pèse 1.500 kilos et pour lui débute une nouvelle vie. "Tout est refait à neuf" explique Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques, en charge depuis 2013 de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

"On a constaté que la conception originale de 1937 comportait des problèmes d'oxydation, de gonflement et d'éclatement. L'eau s'infiltrait et touchait les bois. On a donc remédié à tout ça en soudant totalement les pièces dans la partie supérieure. Résultat : on a un élément parfaitement étanche. On peut dire que c'est une amélioration du dispositif d’origine", précise aussi Philippe Villeneuve.

Des roses pour 150 ans

Même approche pour les roses dorées à l'or fin qui orne la croix.

"Tout a été fait de manière beaucoup plus solide" poursuit l'architecte, "un peu à l'image de tous les crochets, c'est coulé et renforcé structurellement. On a quelque chose qui ne va jamais se déformer et qui va jamais se déchirer".

Aujourd'hui, on fait bien plus qu'une restauration. C'est davantage une reconstruction qui tient compte de tous les défauts, de toutes les pathologies qu'on avait observés sur la flèche avant l'incendie

Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques

Sous son ossature en cuivre, "le plomb a été battu à la main pour donner la courbe" explique Sylvain, un des superviseurs des travaux. Un véritable travail d'orfèvre. "Cette couronne de rose, c'est le symbole de la Vierge", confie Philippe Villeneuve.

"Il faut savoir que tous ces éléments-là ont été complètement détruits. Avec l'incendie, la plupart des éléments ont fondu, il y avait quelques roses qui restaient encastrées dans une partie de la voûte de la nef. On a repris complètement les éléments à neuf. On a changé un peu le mode de fixation pour éviter la pénétration d'eau dans les structures. Tout est soudé. Il n'y a rien de l'ancienne flèche ici", dit encore l'architecte en chef des monuments historiques.

"On a trois retours d'expérience : une restauration en 1880, une autre vers 1900 et ensuite la grande restauration de 1937. Depuis 1937 jusqu'à l'incendie, il n'y avait pas eu de restauration mais c'était nécessaire. Aujourd'hui, on fait bien plus qu'une restauration. C'est davantage une reconstruction qui tient compte de tous les défauts, de toutes les pathologies qu'on avait observées sur la flèche avant l'incendie. On espère que ça va durer 150 ans", indique Philippe Villeneuve.