Le confinement vu par l'écrivain et réalisateur Philippe Claudel : "nous sommes dans une attente permanente”

"Nous sommes dans une journée qui se répète à l'infini". / © Philippe Claudel pour France Télévisions (ne pas reproduire)
"Nous sommes dans une journée qui se répète à l'infini". / © Philippe Claudel pour France Télévisions (ne pas reproduire)

Toute la semaine nous vous proposons "réflexions de confinés", avec des écrivains, des dessinateurs, des artistes. Philippe Claudel est écrivain et réalisateur. Il est installé à Dombasle, près de Nancy. Il nous raconte son confinement lié à l'épidémie du Covid-19. 

Par Yves Quemener

Philippe Claudel est né à Dombasle en Meurthe-et-Moselle. Il vit à quelques kilomètres de Nancy.
Et pendant cette période de confinement il est bien sûr resté en Lorraine. Il a reçu le prix Renaudot en 2003 pour son livre "Les âmes grises". Un roman ancré dans les années de la Grande Guerre. Son premier film, Il y a longtemps que je t'aime, avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, a obtenu le César du meilleur premier film en 2009. Il est membre de l'académie Goncourt.

Relocaliser le savoir-faire

Philippe Claudel, ce jeudi 26 mars 2020 souligne que la pandémie de Covid-19, et son confinement met en lumière "les fragilité de nos sociétés. Les différentes pénuries, masques, gels, nous montrent comment en quelques semaines nous sommes paralysés, dépendant de la Chine".

Au nom d'une soif d'argent on a délocalisé tous nos savoirs. Il est peut-être, encore temps de faire marche arrière.
- Philippe Claudel

Depuis le début de la crise, au mois de janvier, les économistes le disent, tout notre système financier est à l’arrêt. Face à la propagation très, ou trop, rapide du coronavirus, Philippe Claudel constate que "notre société mondialisée se découvre profondément fragile. Le changement après la crise, "je pense que c'est quelques chose qui n'est pas négociable. Il faudra un changement de nos modes de vie. J’espère qu'à l'avenir on aura une réflexion pour faire revenir notre savoir-faire en France et par exemple en Lorraine. Je pense au textile dans les Vosges, fleuron de l'industrie locale des années 70".

Les limites de la relation virtuelle

Selon les psychiatres et psychologues interrogés depuis le début de la pandémie, ce confinement nous oblige à reconnaître que nous sommes dépendants les uns des autres. Philippe Claudel ajoute, "il est intéressant de regarder notre rapport à autrui. Par manque de relations réelles, c'est aujourd'hui un "face time", un "Skype" qui remplace une relation normale. Et donc une vraie relation. Quelque part nous sommes en train de faire l'expérience de la limite de tous nos outils de communication".

Une journée qui se répète à l'infini.
- Philippe Claudel

Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.
- Blaise Pascal, Pensées

"Nous sommes dans une attente permanente", dit Philippe Claudel. "C'est le printemps et chaque jour il fait le même temps. Beau. On reste toujours dans la même temporalité". Et ce temps d'attente Philippe Claudel ne le remplit pas comme d'habitude. "Je n'écris pas de scénarios, pas de livres".

Tirer les leçons de la crise sanitaire

Covid-19 est devenu une réalité médicale en France comme en Europe. Les hôpitaux, publics et privés, voient arriver de plus en plus de patients touchés par la maladie. Et ils ont bien du mal à y faire face. 
"L'émergence de l'épidémie de Covid-19 doit nous permettre d'avoir une réflexion autour des médecins, des infirmières et de la fragilité de notre santé. Personne, même les médecins eux-mêmes, n'a prévu cette pandémie. Je trouve que l'une des vertus du moment c'est que les gens sont un peu plus disciplinés. Il ne compose plus le 15 pour rien".

L'Archipel du chien est une fable de Philippe Claudel sur la noirceur de la nature humaine. Cette crise sanitaire pourrait peut-être "nous permettre de revenir chez nous". 

Philippe Claudel a également été professeur en prison. Il a écrit en 2001 le Bruit des trousseaux. Éditions le Livre de Poche. (Extrait publié avec l'autorisation de l'auteur). 
"Sur le trottoir, la première fois où je suis sorti de la prison, je n’ai pas pu marcher immédiatement. Je suis resté là quelques minutes, immobile. Je me disais que, si je le voulais, je pouvais aller à gauche, ou bien à droite, ou encore tout droit et que personne ne trouvera rien à redire.
La mythologie de l’évasion: on la rencontre dans les romans ou bien au cinéma. En prison elle n’occupait que rarement les esprits".


Les conseils "culture" de Philippe Claudel pour mieux vivre le confinement :
Un livre: Lisière de Kapka Kassabova
Un film: Casino réalisé par Martin Scorsese
Un disque: Martha Argerich, Lugano Festival
Un réseau social: aucun

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