Le confinement vu par l'écrivain et journaliste Denis Robert, "regarder le cauchemar droit dans les yeux"

Toute la semaine nous vous proposons "réflexions de confinés", avec des écrivains, des dessinateurs, des artistes. Denis Robert est écrivain. A Châtel-Saint-Germain près de Metz il raconte son confinement lié à l'épidémie du Covid-19 dans un carnet de bord.

Denis Robert confiné chez lui à Châtel-Saint-Germain près de Metz.
Denis Robert confiné chez lui à Châtel-Saint-Germain près de Metz. © Denis Robert pour France Télévisions
Denis Robert est né à Moyeuvre-Grande en Moselle. Il vit à Châtel-Saint-Germain à quelques kilomètres de Metz. C'est un écrivain, journaliste, réalisateur de documentaires. Il a révélé avec l'affaire Clearstream, les mécanismes insidieux de l'évasion fiscale. Il est l'auteur de nombreux livres. Ses premiers reportages, au début des années 80, l’amènent dans les Vosges, où il va suivre au quotidien l’affaire Grégory pour le journal Libération.

Le confinement c'est être assigné à résistance: regarder le cauchemar droit dans les yeux.
Denis Robert, journaliste

Un écrivain est habitué à la solitude. Replié sur lui-même. Denis Robert est donc chez lui, dans la banlieue de Metz avec sa femme et son fils. "On entame ici le dixième jour de confinement. Et j'aime bien cette expression "assigné à résistance". Il n'y a pas trop de différence dans ma vie quotidienne", dit Denis Robert. "Il m’arrive de passer des jours sans sortir de chez moi. Et quand je suis en pleine écriture d’un roman je m’enferme pendant des heures d’affilée dans mon bureau". 

Je ne fais pas de distinction entre solitude et confinement.
- Denis Robert

En revanche, on retrouve rapidement le trublion-journaliste d'investigation. "Je perçois entre les lignes le message de ceux qui nous gouvernent." Et là il est difficile d'arrêter ses paroles. 
"La douleur je l'ai quand j'écoute le gouvernement, les politiques, les menteurs. Je sais que je vais briser l'union sacrée, mais il y a trop d'erreurs manifestement". 


"Je vais briser l'union sacrée"

L'année dernière Denis Robert a remplacé Aude Lancelin à la tête de la rédaction de la webtélé Le Média. "Depuis, j'ai à nouveau endossé mon costume de journaliste. Alors évidement je suis la situation de très près. Je reçois beaucoup d’infos, beaucoup de vidéos. Et dans ce rythme, ma colère est immense. On est face à un délabrement de l'hôpital public. Plus de masques, pas de tests ! Mais de qui se moque t-on ? J'aimerai tellement avoir confiance. Mais ce n’est pas possible. Bien sûr qu'il y aura un avant et un après. Sinon cela voudra dire que l'on a rien compris", dit-il avec véhémence. Et l'après? "Si on repart comme cela, il y aura une insurrection". 

Le fils de Denis est en seconde, dans un lycée public de Metz. Il n'a pas cours en ce moment, enfin par visioconférence. Mais visiblement la plateforme ne fonctionne pas très bien. "Cela m'énerve un peu mais ça va obliger les jeunes à réfléchir. Ils devront être acteur de leur vie. Tous les codes sont brisés". 

Extrait du carnet de bord de Denis Robert dans le Média, (publié avec l'autorisation de l'auteur). 

"Un article du correspondant du Monde Thomas Wieder peut nous mettre en colère. En France, nous sommes capables de dépenser des fortunes en armes et balles de défense pour  juguler les manifestations. Mais nous ne sommes toujours pas capables de fournir des masques aux soignants pour nous sauver la vie. Ni de fabriquer des kits de test. C’est parce que nous en sommes incapables et que nous n’avons rien prévu que les politiques en charge de cette crise essaient de nous faire croire que les tests ne sont pas une bonne idée", écrit-il dans Le Média

"Hier, un ami m’a envoyé ce SMS" : "Nous sommes dans cette époque extraordinaire où c’est maintenant que se pose dans les grands médias la question de savoir comment être confiné alors qu’on est un SDF ? Comment disparaître quand on est déjà plus rien, autrement dit. Mais toujours encore de trop pour rester sur place. Vertige de l’Humanité égarée dans les méandres de la logique formelle. C’est l’heure de la fin d’un monde, il ne faut plus en douter. Il ne peut en surgir que du neuf et du mieux, la chose est assurée… "
SMS, d'après Godart, ça veut dire "Save my soul".
SMS, d'après Godart, ça veut dire "Save my soul". © Denis Robert pour France Télévisions (ne pas reproduire)
Les conseils "culture" de Denis Robert pour mieux vivre le confinement :
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