ENTRETIEN. Trois questions à l'avocate française du Hamas : "presque tout ce qui se dit sur le Hamas est faux"

Liliane Glock est avocate depuis 1980 à Nancy en Meurthe-et-Moselle. Elle est aussi l'avocate du Hamas. Après l'attaque du 7 octobre 2023, nous lui avons posé trois questions.

Liliane Glock est avocate depuis 1980. Elle est connue pour avoir défendu des accusés, dans des procès médiatiques, comme Simone Weber, Francis Heaulme ou encore Jacques Maire. Elle a aussi été l’avocate de l’ex-compagne de Jamal Dati, frère de Rachida Dati, condamné pour violences conjugales.

Si la complexité des affaires n’effraie pas cette avocate, parfois, ce sont les hasards et les circonstances, qui la font se retrouver en première ligne de dossiers internationaux. C’est ainsi qu’elle est devenue l’avocate du Hamas. Nous l’avons contactée pour lui poser trois questions au titre d’avocate du Hamas.

Comment êtes-vous devenue l’avocate du Hamas ?

Mon premier client palestinien avait un problème de titre de séjour. Il était sur Nancy. Il avait créé une petite association humanitaire. D’autres Palestiniens de la ville se sont tournés vers moi. En 2009, en voyage au Liban, à Beyrouth, j’ai rencontré, dans un camp, les représentants de beaucoup des mouvances politiques du secteur, dont un représentant du Hamas. J’ai été sidérée de leur rapidité de décision. Ils ne me connaissaient pas. J’ai eu une demi-heure pour leur expliquer, avec l’aide d’un interprète, l’intérêt d’une procédure devant la Cour de Justice européenne au Luxembourg. Ils ont pris la décision le lendemain matin. Et ils m'ont contactée pour me le dire et me demander de les représenter.

Sur quel point le Hamas vous a-t-il demandé de le défendre ?

Il voulait obtenir le retrait de la liste des organisations terroristes. En 2014, j’obtiens gain de cause auprès de la Cour de justice de l'Union européenne, mais ce ne sera que momentané. La liste est revue tous les six mois. Par exemple, les moudjahidines du peuple d’Iran ont été retiré de la liste. C’est une jurisprudence que j’ai utilisée.

D’ailleurs, il y a deux listes, une liste spéciale pour Daech et une liste pour les autres, celle sur laquelle se trouve le Hamas. Il est absurde d’assimiler le Hamas et Daech. Le Hamas lutte contre Daech de manière énergique. Ils sont ennemis à couteaux tirés. Daech veut détruire le Hamas. Ils les prennent pour des mécréants.

Terroriste ou pas terroriste ?

Au regard du droit français et européen, ils sont terroristes pour des raisons juridiques. Un terroriste, c’est quelqu’un qui est inscrit sur la liste. Au regard du droit international, la Cour pénale internationale, la Cour internationale de justice, l’ONU, ils ne sont pas terroristes. La colonisation est un crime en droit international. La résistance à l’oppression et au crime est parfaitement légitime.

Au regard du droit international, l’État d’Israël est un État d’occupation et de colonisation. La colonisation est un crime en droit international. Le Hamas est terroriste ou résistant suivant qu’on se réfère au droit européen et français ou au droit international. Dans les deux cas, ce sont des conventions et des engagements signés par la France. Danièle Obono, porte-parole de La France insoumise, a peut-être tort en droit français, mais en droit international, elle a raison.

Moi, je suis leur avocate, mais je peux dire que presque tout ce qui se dit sur le Hamas est faux. La presse anglo-saxonne est bien plus libre. Là-bas, on peut écrire "résistance". Les journalistes aux États-Unis et en Israël le font aussi.

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