Insécurité : des commerçants se tournent vers l'autodéfense, "pour ne pas montrer qu’on a peur"

À Toul, dans la banlieue de Nancy (Meurthe-et-Moselle), les commerçants sont de plus en plus confrontés à l'insécurité. Braquage, trafic ou encore violence verbale, ils ont décidé de se tourner vers l'autodéfense.

Les commerçants de la petite ville de Toul, à l'ouest du département de Meurthe-et-Moselle, veulent se protéger, "on veut faire de la prévention". Un sentiment d’insécurité s'est lentement mais sûrement installé dans le centre-ville, "dans le Toulois, on a eu des braquages au début de l’année".

Lundi 22 avril, pour la première fois, ils vont prendre des cours d'autodéfense. "On veut apprendre la gestion de notre stress. Ne pas montrer qu’on a peur", dit Catherine Gournet.

Cette méthode je l’ai mise au point pour réagir rapidement en restant dans le cadre de la loi. Je vais à l’essentiel par rapport à une situation donnée.

Patrick Petitjean, spécialiste en self-défense

À Toul il y a des quartiers qui sont "quand même en insécurité" selon Catherine Gournet. Elle est coiffeuse dans cette ville depuis le début des années 2 000. Elle est la présidente de l'Association des commerçants du Toulois. "On a des retours de personnes qui se font agresser violemment verbalement". Les commerçants, qui sont avant tout des citoyens, se sont décidés à agir. Demain lundi pour le cours de self-défense ils seront une dizaine. "Pour apprendre à se sauver plus facilement". Il n'y aura que deux hommes.  

On a des retours de personnes qui se font agresser violemment verbalement. Dans le Toulois on a eu des braquages au début de l’année.

Catherine Gournet, association des commerçants du Toulois

Les sports de combat sont de plus en plus populaires. Avec un nombre de licenciés en très nette augmentation. La lutte, la boxe, le judo et désormais le krav maga. C’est une méthode d'autodéfense d'origine israélienne, qui est devenue l'une des plus populaires.

Ce climat d'insécurité qui règne dans la petite ville de Toul a encouragé les commerçants à se défendre. "C’est vrai que je me répète, mais quelquefois les gens sont très violents verbalement. On a peur", pointe Catherine Gournet. La pratique d’un sport permet de reprendre confiance en soi. 

Expérience en situation 

Le professeur, c'est Patrick Petitjean, 62 ans. Selon lui, il est nécessaire d'apprendre les gestes de premier secours. Et il est devenu primordial d'apprendre des gestes d’autodéfense. Il est le fondateur de la méthode "Prêt(e) à me Défendre". "La méthode, ce sont des mises en situations conflictuelles, des jeux de rôles. Cette méthode, je l’ai mise au point pour réagir rapidement en restant dans le cadre de la loi. Je vais à l’essentiel par rapport à une situation donnée. Je vais apprendre à un commerçant à désamorcer un conflit". La mairie de Vandoeuvre-lès-Nancy a fait appel à ses compétences pour diriger le service de médiation et sécurité de la ville. Il entraîne également deux fois par mois la police municipale.  

Il est accompagné de Xavier Erbland, un ancien policier. "J’ai 40 ans de gestion de conflit derrière moi". Il a créé sa société, Conaex. "Moi pendant une heure, je donne des codes de communication verbale pour désamorcer un conflit. Pour avoir un ton adapté, une attitude et les bons gestes pour limiter le stress." Et c’est un franc succès.

Les cours s'adressent à tous les publics. Ainsi, Patrick travaille régulièrement avec des médecins urgentistes, des éducateurs, des kinésithérapeutes. En France, pour réagir aux violences subies, depuis quelques années, les cours d'autodéfense ont le vent en poupe.

Violence du quotidien

Ce sentiment d'une insécurité croissante est corroboré par des éléments délivrés par les services de la police judiciaire de Nancy. "Dans la périphérie du vieux Toul, il y a des points de deal, pas mal de petits consommateurs. L’été dernier, dans l’hypercentre, il y avait un petit trafic et les commerçants ont fait remonter ça. On a fait venir des patrouilles de Nancy", raconte le policier Régis Peiffer du syndicat UNITE 54. "Le centre est petit et donc dès que quelqu'un a un comportement déviant ça fait vite peur". 

En 2023, en Meurthe-et-Moselle, plus de 27 000 faits de délinquance ont été recensés. Une hausse de 9,5 % par rapport à 2022. Un chiffre nettement supérieur à la variation nationale, qui est en hausse de 3,9 %.