Nancy : des fusillades à répétition et un climat de "Far West" dénoncé par un syndicat policier

Entre fusillades et coups de feu à répétition en l'espace quelques jours, la ville de Nancy sombre doucement mais surement dans un climat d'insécurité. Pas de victimes mais le syndicat FO et le maire de Nancy interpellent le ministre de l'intérieur : il faut d'urgence des renforts d'effectifs.

La police a bouclé la place Carrière, jeudi 15 octobre 2020, en début d'après-midi.
La police a bouclé la place Carrière, jeudi 15 octobre 2020, en début d'après-midi. © Louis Duménil. France Télévisions
"On s’insurge contre le climat de "Far West" qui est en train de s’installer sur la circonscription de Nancy avec cette troisième fusillade survenant en l’espace de trois jours". Dans un communiqué de presse publié ce samedi 17 octobre, le syndicat Unité SGP Police FO de Meurthe-et-Moselle monte une nouvelle au créneau. En cause, un différend entre automobiliste ce vendredi 16 octobre 2020, vers 18h, rue Gustave Simon à Nancy, en plein centre-ville. Un différend de plus ? Pas vraiment. "L’un des protagonistes n’a pas hésité à exhiber une arme à feu et en faire usage en tirant un coup de feu en l’air pour intimider son vis-à-vis" explique Abdel Nahass, secrétaire départemental d'Unité-SGP-Police FO en Meurthe-et-Moselle, "aucune victime n’est fort heureusement à déplorer."

Le mis en cause a tiré en l’air avec un pistolet d’alarme

François Pérain, procureur de la République de Nancy

Après avoir tiré en l'air, l’auteur du coup de feu, prend la fuite à bord de son véhicule. Activement recherché par les équipages de Police, l’auteur des faits s’est finalement rendu à l’Hôtel de Police vers 19h20. "Le mis en cause a tiré en l’air avec un pistolet d’alarme qu’il détient à la suite d’une agression dont il a été victime" précise François Pérain, le procureur de la République de Nancy, "ce jeune conducteur âgé de 19 ans, inconnu de la Justice, s’est présenté spontanément à la police hier soir. Placé en garde à vue, il sera présenté ce jour au parquet en vue de son placement sous contrôle judiciaire dans l‘attente de l’audience de jugement."

"A une époque, les différents se réglaient verbalement ou au pire en sortant une batte de baseball mais aujourd'hui, un palier a été franchi" commente ce commerçant du quartier qui tient à garder l'anonymat, "et là, sortir une arme pour un différend entre automobilistes, c'est n'importe quoi ! On va où là ! Il faut faire quelque chose."

Il faut dire que l'évènement est loin d'être un incident isolé. La veille, jeudi 15 octobre 2020, un homme, au volant d'une voiture, a tiré à plusieurs reprises pour viser un autre véhicule avec trois personnes à bord. En plein après-midi, place de la Carrière, à proximité de la rue Gustave Simon. Là non plus, pas de victimes et pas de relations entre ces deux faits divers. Mais il n'en faut pas plus pour installer un climat d'insécurité dans l'esprit des Nancéiens.

Je ne veux pas pas que cela augure d'un nouveau climat à Nancy

Mathieu Klein, maire de Nancy

A la mairie, on suit bien évidemment la situation de très près mais ces événements à répétions plombent le début de mandat de Mathieu Klein. Durant sa campagne, le candidat de gauche avait fait de la prévention son cheval de bataille et il avait vivement critiqué le bilan de son prédécesseur, Laurent Hénart sur le plan de la sécurité à Nancy. "Je comprends et je partage cette émotion liée à ces événements successifs" explique Mathieu Klein, "la ville n'est pas habituée à ce type de faits divers. Et je souhaite que nous ne nous y habituions pas. Je ne veux pas pas que cela augure d'un nouveau climat à Nancy. Il faut agir avec plus d'efficacité car il y a une attente forte. Je conçois très bien que la période actuelle est source de tensions. L'angoisse du lendemain est importante pour beaucoup mais la tension et la violence ne règlent rien du tout. Mais il faut bien distinguer les deux événements. Place de la Carrière, c'est du banditisme."

Gérald Darmanin doublement interpelé

Dans un communiqué, au regard des récents événements à Nancy, le syndicat Unité SGP Police FO 54 interpelle directement le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin "en réitérant une demande de renforts d’effectifs en urgence afin de renforcer la présence policière et faire cesser les agissements de ces individus dangereux." Le syndicat précise par ailleurs attendre "une réaction rapide du Ministre et prendra ses responsabilités en tant que syndicat majoritaire dans le cas contraire."

Il faut renforcer les effectifs de police et je souhaite que tout soit mis en oeuvre dans les meilleurs délais

Mathieu Klein, maire de Nancy

De son côté, Mathieu Klein, a aussi saisi Gérald Darmanin. "J'ai écrit ce matin au ministre de l'intérieur" précise le le maire de Nancy, "je lui ai rappelé qu'il manque des effectifs dans la circonscription de Nancy. Ce n'est pas nouveau. Il faut renforcer les effectifs de police et je souhaite que tout soit mis en oeuvre dans les meilleurs délais. Il faut qu'on reste une ville et une métropole sereine. La question se résoudra par une présence plus importante de la police sur le terrain et d'un renforcement de ses moyens. De son côté, la mairie a décidé d'accroître les effectifs de la police municipale. Dès novembre, il y aura des brigades d'îlotiers par quartier. Je veux que nous retrouvions cette logique de police de proximité. Nous sommes conscients des problèmes de sécurité et nous n'avons pas attendu ces faits divers pour enclencher une nouvelle politique."

Concernant les événements de la place de la Carrière, "l’enquête diligentée par le SRPJ de Nancy avance" poursuit François Pérain, le procureur de la République de Nancy "mais je ne peux en aucune manière communiquer sur cette enquête afin de préserver ses chances d’aboutir à l’interpellation de l’auteur des tirs."
 
Trois événements en quelques jours
Jeudi 15 octobre 2020 : fusillade place de la Carrière vers 14h15. Un individu conduisant un véhicule a tiré à plusieurs reprises avec une arme à feu en direction d’un autre véhicule à bord duquel se trouvaient trois autres personnes.

Jeudi 15 octobre 2020 : coups de feu dans la nuit de mercredi à jeudi dans un quartier de Laxou.

Vendredi 16 octobre : coup de feu rue Gustave Simon à la suite d'un différend entre deux automobilistes.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
faits divers police société sécurité