Nancy : le casse-tête de la librairie "Plus belles les bulles", obligée à fermer alors qu’elle est essentielle

Son tort : être située dans un centre commercial de plus de 20.000 mètres carrés, fermé depuis fin janvier. La boutique BD "Plus belles les bulles", installée à l'étage du centre Saint-Sébastien à Nancy, doit garder son rideau baissé. Les librairies sont pourtant considérées essentielles.

Essentiel mais fermé.
Essentiel mais fermé. © Bruno Courtaux/Francetv

"Nous sommes toujours là, coincés dans notre grotte, avec des barrières qui interdisent de venir jusqu'à nous", explique-t-il à ses clients sur les réseaux sociaux.

Le 30 janvier 2021, les centres commerciaux de plus de 20.000 mètres carrés sont contraints de fermer leurs portes pour éviter les brassages de population. Victime collatérale de la situation, la librairie "Plus belles les bulles", spécialisée dans les BD, mangas et comics. Elle est considérée comme commerce essentiel mais doit rester fermée car elle occupe une boutique au premier étage de la galerie commerciale Saint-Sébastien (38.000 mètres carrés au cœur de Nancy). Le cordonnier du centre est dans le même cas.
Une situation d’autant plus ubuesque que quelques commerces alimentaires restent accessibles au rez-de-chaussée (le supermarché Monoprix, un caviste, un torréfacteur et un magasin de bonbons qui a choisi de n'ouvrir que le samedi faute d'affluence).

 

"Je deale des livres sur le trottoir", explique Pascal.
"Je deale des livres sur le trottoir", explique Pascal. © Bruno Courtaux/Francetv

 

Pascal Manteau, le fondateur, essaie de survivre en livrant les clients restés fidèles à l’extérieur. "Je deale des livres sur le trottoir", explique-t-il avec humour. Pas possible d’obtenir le maintien du click-and-collect au motif qu’il faudrait organiser un "cordon sanitaire" pour arriver jusqu’à lui à l’étage. Il ajoute avoir demandé à la mairie de pouvoir installer un stand au marché central, sans succès car il n’est pas un commerce alimentaire.

"J’ai calculé que je faisais en moyenne 25.000 pas par jour. Avec en plus les deux ou trois clients que je vais livrer chez eux chaque soir." Le libraire est désormais plus résigné qu’en colère. "On est dans une situation où on a plus à réfléchir, on subit. Qui n’a pas eu un décès du Covid dans la famille ou un enfant malade. Ça, je le comprends. On essaie juste d’avancer et de tenir avec ça."

Ses cinq collaborateurs reviennent aider en cas de besoin. "On ne voit que le côté immergé de l’iceberg mais il faut recevoir les livraisons tous les matins, continuer à mettre en place les produits dérivés, faire la paperasse, conserver les rendez-vous avec les commerciaux. On travaille deux fois plus pour 80 % de perte de chiffre d’affaire."

 

Il faut tout de même continuer à remplir les rayons.
Il faut tout de même continuer à remplir les rayons. © Bruno Courtaux/francetv

 

Soutien des clients

Dans son malheur, le libraire compte sur le noyau dur de ses fidèles clients. "On a des clients exceptionnels. On arrive à faire 20% de notre chiffre d’affaire avec seulement 10 à 15% des clients qui ne nous ont pas laissés tomber. On est dépendants d’eux et ils ne nous le rendent bien. C’est de l’assistance à commerce en danger".

 

 

Sur les réseaux sociaux, les messages de soutien se multiplient : "On est de tout cœur avec vous. Ça nous manque aussi de ne pas pouvoir venir à la boutique. Tenez bon, les Belles Bulles sont un moment de bonheur", "Kyllian veut des mangas, alors je lui dis de vous faire une commande mais il me dit : non je préfère attendre qu'on puisse aller à la boutique, regarder dans les rayons, voir du monde... donc il patiente."

Avant on recevait les clients, on échangeait avec eux, on savait que le petit dernier avait choppé la grippe, on leur offrait des cadeaux de naissance. C'est pour ça que j'ai fait ce métier

Pascal Manteau, libraire


Lui qui a changé de vie pour le contact avec les gens se vante même d’être à l'origine de deux mariages en ayant présenté des habitués célibataires.

Pascal Manteau n’a pas de date pour voir le bout du tunnel. Il espère seulement que, quand il pourra rouvrir, le gros de la clientèle, les 80% de collégiens et lycéens qui flânent dans le centre commercial, n’aura pas oublié ses habitudes et reviendra.

 

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