Notre-Dame de Paris : un modèle de la toiture conservé en Lorraine

Julien le Bras près de la maquette réalisée par les couvreurs de l'entreprise Le Bras Frères en septembre 2019. Elle présente un moulage neuf basé sur une crête de toiture originale restaurée en 1856 par Viollet-le-Duc. / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine
Julien le Bras près de la maquette réalisée par les couvreurs de l'entreprise Le Bras Frères en septembre 2019. Elle présente un moulage neuf basé sur une crête de toiture originale restaurée en 1856 par Viollet-le-Duc. / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine

L’entreprise Le Bras Frères de Jarny (Meurthe et Moselle) conserve depuis 2009 un modèle et un moule des ornements de faîtage de la toiture de Notre-Dame. Les couvreurs viennent de réaliser une maquette taille réelle présentant le modèle de couverture de Viollet-le-Duc.
 

Par Lodoïs Gravel

C’est comme un morceau retrouvé de la toiture de Notre-Dame. Dans l’atelier de plomberie zinguerie de l’entreprise de Jarny (Meurthe-et-Moselle), Julien le Bras, le PDG de la société, nous présente cette reconstitution taille réelle.

« La maquette correspond exactement à la conception type Viollet-le-duc. Sur le format des tables, sur les cabochons de faîtage et sur l’ornement sommital »
 
La maquette est parfaitement fidèle à ce qu'était la toiture de Notre-Dame / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine
La maquette est parfaitement fidèle à ce qu'était la toiture de Notre-Dame / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine


Les plaques en plomb proviennent d’une coulée sur table de sable fin, ce qui confère à la matière des propriétés intéressantes en matière de résistance et offre une dilatation limitée. L’ornement sommital tout neuf vient d’être remoulé à partir d’un modèle de crête de la toiture conservé par l’entreprise depuis 2009.

Une intervention sur la toiture en 2009-2010

L’entreprise de charpente-couverture lorraine était intervenue à Notre-Dame il y a dix ans pour des travaux sur les ornements de la toiture.

« En 2009 2010 on avait été mandaté par la DRAC Île-de-France pour rénover les crêtes de faîtage de la cathédrale Notre-Dame. Le chantier consistait à réparer ou remplacer les crêtes qui étaient trop endommagées sur la nef et sur le transept Nord. À cette occasion on a remoulé des pièces neuves sur la base des modèles anciens, on a restauré certaines pièces qui pouvaient être restaurées et on a conservé un élément qui a été remoulé sur la base des modèles de Viollet le Duc ».
 

Une base pour une reconstruction à l’identique

Cette maquette démontre qu’il est possible de reconstruire à l’identique, si tant est que le gouvernement prenne cette option.

« On a le gabarit, on a le moule, on a le modèle, on a les hommes, on a le savoir-faire… On est beaucoup d’entreprises à pouvoir répondre et mutualiser un peu nos moyens pour relever le chalenge fixé par le président ; on attend les ordres » explique Julien le Bras.
 

Une entreprise réputée, malmenée après l’incendie

Fondée en 1954 par le grand-père de l’actuel dirigeant, l’entreprise Le Bras Frères s’est forgé une solide réputation notamment en matière de restauration de monuments historiques. L’entreprise emploie 220 salariés.

Après l’incendie tous les regards se sont portés sur l’entreprise de charpente couverture et sur sa filiale Europe Échafaudages. Pointée du doigt comme étant responsable du départ du feu. Accusée sans preuve la société a failli y passer, et ses salariés avec rappelle Julien le Bras.

« L’entreprise a rencontré de graves difficultés, parce que quand on vous pointe du doigt ça met un doute important pour les clients pour les partenaires quels qu’ils soient, que ce soit les partenaires financiers ou autres. Donc il a fallu faire preuve de sérieux et de transparence. Et c’est ce qui a permis de rassurer tout le monde, de montrer qu’on n’était pas l’entreprise négligente qui avait pu être décrite mais au contraire l’entreprise sérieuse qui avait quelques heures après l’incendie mobilisé toutes ses troupes pour en 24 heures mettre en place 40 m³ de bois pour sécuriser le pignon nord qui menaçait de s’effondrer ».
 

« On revient de loin »

Lors de notre rencontre de ce jeudi 19 septembre, le chef d'entreprise nous a confié ses impressions face au déchaînement médiatique avant l'été.

« On revient de loin ça a été une épreuve difficile. Je pense que les médias oublient souvent que quand ils attaquent une entreprise, que quand ils la pointent du doigt sans aucun élément, ils oublient des fois les centaines de personnes qui se cachent derrière cette entreprise. Parce qu’il y a des salariés, il y a des noms, il y a des familles qui vivent pour l’entreprise, qui vivent par l’entreprise et chez nous particulièrement c’est des gens qui sont passionnés, qui aiment leur métier, qui aiment leur entreprise, et forcément quand on la pointe du doigt on les pointe du doigt, et on leur fait du mal à eux également. Donc c’est vrai que c’est des moments difficiles, mais je tiens à féliciter parce qu’ils ont tous su faire face et à garder le moral, garder le cap et être dignes dans cette épreuve compliquée et avoir une attitude remarquable et d’une efficacité redoutable dans la sécurisation de la cathédrale »
 
Jarny, le 19 septembre 2019 - Julien le Bras nous raconte comment il a dû faire face aux accusations des médias et de l'opinion publique / © Frédéric Madiaï - France 3 Lorraine
Jarny, le 19 septembre 2019 - Julien le Bras nous raconte comment il a dû faire face aux accusations des médias et de l'opinion publique / © Frédéric Madiaï - France 3 Lorraine


L’entreprise a reçu mardi 10 septembre 2019 un trophée d’honneur lors d’une cérémonie récompensant les entreprises engagées dans la sauvegarde de la Cathédrale.
 

Un nouveau défi dans les prochains mois

Après la fabrication de 28 cintres en bois durant l’été pour soutenir les arcs-boutants, la société va s’atteler à démonter l’ancien échafaudage qui était destiné à la rénovation de la flèche de Viollet le Duc. Pour cela un nouvel échafaudage sera mis en place pour permettre le démontage du premier dans les mois qui viennent. Il y aura aussi la mise en place de planchers au-dessus de la voûte et la construction d’un parapluie au-dessus de la nef et du chœur.
 

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