Plan d'urgence hôpital public : “coup de pouce espéré” sur la reprise de la dette par le directeur du CHRU de Nancy

Le budget du CHRU de Nancy pour l'année 2019 est de 820 millions d'euros. / © France 3 Lorraine
Le budget du CHRU de Nancy pour l'année 2019 est de 820 millions d'euros. / © France 3 Lorraine

Interrogé par téléphone ce mercredi 20 novembre à l'issue des annonces du Premier ministre, Bernard Dupont espère que le CHRU de Nancy "qui a fait beaucoup d'effort et peut difficilement en faire plus" bénéficiera des aides du plan d'urgence du gouvernement.

Par Jean-Christophe Dupuis-Remond

Il attend bien sûr le détail des mesures annoncées par Edouard Philippe le Premier ministre et Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, ce mercredi 20 novembre 2019.
Mais Bernard Dupont se veut confiant.
Le directeur général du CHRU de Nancy, interrogé par téléphone en fin de matinée, explique qu'il espère que son établissement pourra bénéficier de la reprise d'une partie de sa dette.
Edouard Philippe a annoncé un plan de reprise de dettes pour les établissements hospitaliers publics par un plan de 10 milliards d'euros sur trois ans. Soit 3,3 milliards d'euros par an.
Le CHRU de Nancy affiche une dette d'environ 410 millions d'euros actuellement sur un budget de 820 millions d'euros.

Cette dette est en baisse constante, notamment en raison d'une baisse des investissements.
Bernard Dupont, directeur général du CHRU de Nancy

"Pouvoir bénéficier d'une réduction de la dette serait pour l'établissement une vraie bouffée d'air", précise le directeur général. "Depuis plusieurs années, et j'en veux également pour preuve l'attitude des pouvoirs publics à notre égard lors du dernier Copermo (Comité interministériel de performance et de la modernisation de l'offre de soins, NDLR), le CHRU de Nancy est repéré comme un établissement qu'il faut aider et qui a fait beaucoup d'effort."

"Des aides bienvenues"

Cette aide sur la dette pourrait-elle s'accompagner de nouvelles exigences de l'Etat?
"Le plan d'économie présenté le 16 juillet dernier propose la suppression dans les cinq ans à venir de 598 postes et de 174 lits. C'est le maximum de ce que nous pouvons faire pour répondre à l'exigence de réorganisation et de gain d'efficacité qui nous est faite. Nous sommes à l'os pour ces cinq années, je ne vois pas comment nous pouvons aller au-delà sur cette période. Après la rencontre des 32 directeurs d'établissements la semaine dernière avec la ministre, je suis plutôt optimiste. Cette aide à la reprise de la dette nous donnerait de la souplesse et permettrait d'aller plus vite dans la réalisation de l'amélioration économique du CHRU."

Une chose est certaine, il faut que l'outil de soin reste efficace.
- Bernard Dupont

"Notre CHRU est en permanence contrarié par la dette et le remboursement de ses intérêts", explique le Professeur Christian Rabaud, président de la commission médicale d'établissement (CME). "Cette annonce d'une reprise, même partielle de la dette, c'est une perspective positive si nous pouvons en bénéficier. Cela nous permettrait par exemple de retrouver plus rapidement un retour à l'équilibre pour relancer l'investissement, produire de l'innovation, faire de la recherche, c'est indispensable."

Un CHRU c'est un navire amiral, une tête de pont de la médecine de demain, dont le rôle est d'innover.
- Professeur Christian Rabaud, médecin au CHRU de Nancy

"Pour cela, il faut en avoir les moyens", précise le médecin. "Avec ce plan, le gouvernement nous montre que l'hôpital public est un sujet qu'il prend au sérieux et choisit de traiter."

Faire travailler de concert administratif et médical 

Edouard Philippe, en détaillant les mesures annoncées, a annoncé 150 millions d'euros sur 3 ans en soutien aux investissements courants, c'est un plus?

"Ces investissements courants, ce sont ces équipements de la vie de tous les jours qui, quand ils manquent, pourrissent la vie de tous. Des équipements médicaux bien sûr, fauteuils roulants, brancards, déambulateurs où encore endoscope pour lesquels nous avons mené récemment une campagne de mise à niveau avec le chef de service. Mais ce sont également les véhicules, devenus trop vieux, trop dangereux, dont il a fallu moderniser le parc."

Cette aide aux investissements courants est la bienvenue. J'attends de voir comment elle va se décliner.
Bernard Dupont, directeur général du CHRU de Nancy

Avec ce plan, Agnès Buzyn souhaite également renforcer la place des médecins dans la gouvernance et la prise de décision au sein des hôpitaux publics, C'est indispensable?
"Il est vrai que dans certains établissements la relation entre administrateurs et médecins n'est pas forcément très simple. Mais c'est souvent une question d'individus, plus que de réglementation. A Nancy depuis 2013, toutes les évolutions se sont faites en concertation avec les personnels et leurs représentants. Sans crise sociale majeure même s'il ne faut pas oublier le mouvement des brancardiers; Le CHRU s'est profondément transformé en 6 ans et la demande des médecins d'être présents dans les décisions a été entendue. J'estime aujourd'hui que le lien entre le corps médical, la direction et les représentants du personnel existe et qu'il fonctionne en bonne coopération."

Ma conception c'est qu'on ne peut avancer qu'en embarquant tous les acteurs, y compris d'ailleurs les usagers.
- Bernard Dupont

Sur ce point, le Professeur Christian Rabaud est sur la même longueur d'onde que le directeur général. Le médical et l'administratif jouent de concert la partition du développement raisonné du CHRU. C'est eux qui le disent. Mais le médecin se veut vigilant car ce qui est vrai aujourd'hui à Nancy ne le sera pas forcément demain avec d'autres acteurs et ne l’est pas forcément dans d'autres établissements.

Aujourd'hui, selon les textes, c'est l'administratif, le directeur, qui tranche. Le gouvernement souhaite que ce curseur bouge mais jusqu'à quel point?
Professeur Christian Rabaud, médecin au CHRU de Nancy

"Les propositions du ministres méritent d'être éclaircies," précise le médecin. "Ce qui est acté dans le discours de ce matin sera-t-il suivi d'effet? Quand et comment? Il faut que, comme dans le nôtre aujourd'hui, la décision médicale au sein des établissements soit mieux reconnue.

Contrôler les mercenaires?

Parmi les différentes annonces faites par la ministre de la Santé, il y a celle qui concerne ces médecins qui vivent volontairement d'intérim en raison de leur disponibilité et d'une pratique reconnue et peu commune. Ceux qu'elle a appelé les "mercenaires de l'intérim". Le Professeur Rabaud est là aussi sur la même longueur d'onde.
"C'est un vrai problème", dit-il. "Avec la loi du marché, ces praticiens se vendent au coup par coup à qui en a besoin, parfois fort cher. Or le public peut payer bien que le privé en raison des contraintes réglementaires qui sont les siennes. De sorte que ces médecins sont drainés par le privé."

Ces "mercenaires" font monter les prix de leur prestation comme ils le veulent et cela déstabilise les médecins qui, à temps plein, ont fait le choix de l'hôpital public.
- Professeur Christian Rabaud, président de la commission médicale d'établissement du CHRU de Nancy

Je partage l'indignation de la ministre mais je suis dubitatif sur la réponse annoncée à cette situation. Peut-on changer ce que permet la loi du marché, même avec des contrôles et de la répression?

Etude au cas par cas

Le gouvernement va préciser dans les prochaines semaines les conditions dans lesquelles vont être réparties les aides annoncées. La reprise de la dette va d'abord faire l'objet d'une étude établissement par établissement. L'annonce devrait intervenir au cours du premier semestre 2020. A ce moment-là, le CHRU de Nancy saura si son plan d'action présenté en juillet dernier est validé.
L'annonce devrait en être faite avant la fin 2019. C’est en tout cas l'espoir du Bernard Dupont.

 

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