Stockage de Bure: des tests avant l'arrivée des premiers déchets radioactifs en 2025

Au coeur du laboratoire souterrain de Bure (Meuse). / © AFP PHOTO / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Au coeur du laboratoire souterrain de Bure (Meuse). / © AFP PHOTO / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Face aux inquiétudes relayées lors du récent débat public, le promoteur du projet de stockage géologique de déchets radioactifs à Bure (Meuse) a promis mardi de retarder - un peu - l'arrivée de premiers "colis" radioactifs attendus initialement à partir de 2025 pour permettre davantage de tests.

Par Jean-Christophe Dupuis-Remond

Au lieu de la "mise en service industrielle" fixée jusqu'ici à 2025, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) évoque désormais pour cette date une "phase industrielle pilote" de "5 à 10 ans" du projet de stockage géologique de déchets radioactifs à Bure (Meuse).
Cette période d'essai démarrerait avec des colis factices, sans radioactivité, avant de tester le stockage d'un "petit nombre" de vrais colis de déchets, puis d'augmenter peu à peu le rythme jusqu'à 3.000 colis par an, a expliqué à la presse la directrice générale de l'Andra, Marie-Claude Dupuis.

Pour les opposants à ce projet baptisé Cigéo, cet aménagement n'est toutefois que de "la poudre aux yeux" dans la mesure où il ne remet pas en cause le principe même du stockage géologique profond.

Le projet de créer à Bure, à la limite de la Meuse et de la Haute-Marne, un "tombeau" pour les résidus radioactifs les plus dangereux est un sujet très sensible, car il s'agit de stocker à 500 mètres de profondeur, dans une roche argileuse imperméable, quelque 3% du volume total des déchets radioactifs produits en France, qui concentrent à eux seuls plus de 99% de la radioactivité.
Et ce pour des dizaines de milliers d'années.
En promettant une "phase pilote" et une  implication plus grande de la "société civile", l'Andra va dans le sens des recommandations de la commission nationale du débat public, favorable à "un nouveau jalonnement du projet, intégrant une étape de stockage pilote".

De nombreux experts et l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) "s'accordent pour considérer que le calendrier de déploiement du projet (...) est beaucoup trop tendu et que des preuves supplémentaires doivent être apportées sur la sécurité", a indiqué en février la commission, à l'issue du débat mené entre mi-2013 et début 2014.

"Des solutions alternatives" ?

Les déchets radioactifs qui doivent être stockés à Bure sont constitués de 10.000 m3 de déchets de "haute activité" (HA), principalement des résidus hautement radioactifs issus du traitement des combustibles usés, et 70.000 m3 de déchets de "moyenne activité à vie longue" (MA-VL).

Le calendrier du projet, fixé par une loi de 2006, prévoyait une demande d'autorisation en 2015 auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en vue d'un décret d'autorisation en 2018 et une mise en service industrielle en 2025.
Dans une délibération adoptée lundi 5 mai 2014 par son conseil d'administration, l'Andra prévoit désormais une demande d'autorisation en deux temps, en 2015 et 2017, et une autorisation "à l'horizon 2020", date à laquelle pourrait donc débuter la construction des installations de stockage à Bure.

Le collectif "Bure Stop" qui regroupe des associations et élus opposés au projet, a déploré que l'Andra fasse "semblant de ralentir le calendrier tout en ne changeant strictement rien au projet final".
Mirabel-Lorraine Nature Environnement, fédération d'associations en Lorraine, n'y voit aucun report du calendrier "dans la mesure où la date de 2025 est maintenue" pour un début de fonctionnement. Cette nouvelle phase pilote n'est rien d'autre qu'un "démarrage saucissonné de l'enfouissement", selon Bure Stop.
Elle ne répond pas non plus aux "problèmes de fond soulevés par le débat public", estime le porte-parole du collectif d'opposants Cedra, Michel Marie, regrettant l'absence de débats sur d'éventuelles "solutions alternatives".

L'Andra fait toutefois valoir que la "phase pilote" permettra de tester sa capacité à récupérer les colis radioactifs et permettra ainsi de laisser la possibilité aux prochaines générations, pendant au moins de 100 ans, de faire d'autres choix.
La "réversibilité", dont les conditions seront précisées dans une prochaine loi, est un volet impératif du projet.

A plus court terme, l'Andra doit remettre d'ici l'été au ministère de l'Energie un chiffrage actualisé du coût du projet, jusqu'ici évalué entre 13,5 et 36 milliards d'euros. Une autre question épineuse.
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