Mireille, la chirurgienne des jouets

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Écrit par Sabine Pfeiffer .

"Docteur de poupées" (Bubbedokter), c'est le métier de Mireille Goetschy, de Village-Neuf (68). Elle soigne les jouets qu'on lui confie et, d'une certaine manière,  les personnes qui les lui apportent. 

Ici, un vieil ours unijambiste retrouve sa jambe, et une poupée aveugle, ses yeux. Même des poupées en porcelaine, au visage en petits morceaux, vont récupérer leur teint clair et leurs joues galbées. Dans le minuscule atelier de Mireille, aménagé au rez-de-chaussée de son domicile, les miracles sont quotidiens. Car Mireille sait tout faire.  



Pourtant, il n'existe pas de véritable formation pour cette drôle de médecine. Mireille a fait ses premières armes dans une clinique de jouets, en Suisse. Puis elle est revenue s'installer en France, et a appris le reste par elle-même. Dès qu'elle a l'objet entre les mains, elle identifie sa période de fabrication, et le matériau dont il est constitué : bois, chiffons, porcelaine, celluloïd, matériau composite, laine... A partir de là, elle détecte ses secrets de fabrication, et sait les gestes nécessaires pour le soigner. Ensuite, il faut du doigté et de la patience, afin que le jouet que ses propriétaires lui ont confié retrouve l'aspect qu'ils attendent, sans pouvoir toujours l'exprimer.  



Le plus souvent, Mireille guérit des jouets profondément aimés. Un collectionneur, lui, veut simplement une poupée parfaite, quitte, si nécessaire, à remplacer sa tête. Mais la plupart des poupées ou des nounours qui arrivent dans son atelier ont reçu d'innombrables câlins et de bisous depuis plusieurs générations. Donc pas question de changer entièrement une tête abîmée, ni de supprimer toutes les cicatrices, qui témoignent de sa longue vie. Car ce jouet est pour ainsi dire un membre de la famille, et doit conserver sa personnalité.



Par-delà les mots, Mireille ressent ce genre d'attentes de ses clients. Dès le moment où elle réceptionne un jouet, elle sent si son propriétaire a eu une enfance heureuse, ou on. Et souvent, son atelier devient le lieu d'un échange profondément humain, presque un cabinet de psychologue. Car ce jouet en attente de guérison fait remonter des souvenirs enfouis, tristes ou gais. "Il m'est arrivé de pleurer en réceptionnant un jouet, tant son histoire était triste, raconte Mireille. Mais on rit aussi beaucoup…"



 
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