Lorraine: privées de public, les salles de musiques actuelles se réinventent pour maintenir leur activité

Les musiques actuelles s’écoutent debout, elles ont difficilement leur place dans le contexte sanitaire imposé actuellement par le Covid. Mais les salles de spectacles de la région ne restent pas vides, au contraire. Elles accueillent notamment depuis plusieurs mois des artistes en résidence.

"Pour toute l’équipe, il était impensable que notre lieu reste vide pendant des mois": Emmanuelle Cuttitta, directrice et programmatrice du Gueulard + à Nilvange, n’a pas hésité longtemps. De reports de spectacles en annulations, sa salle de spectacle de 360 places, labellisée Salle de Musiques Actuelles (SMAC), tanguait dans la tempête du Covid. Un comble pour cet équipement construit sur une ancienne piscine !

C’est simple, j’ai mis mon budget diffusion dans l’accueil d’artistes en résidence.

- Emmanuelle Cuttitta, directrice du Gueulard +

En ce début d’année 2021, le travail de la fondatrice du lieu est particulièrement compliqué: faut-il reporter encore une fois des spectacles déjà annulés plusieurs fois ? L’équipe du Gueulard + préfère miser sur l’accueil d’artistes qui tapent à la porte pour travailleur ses prochains spectacles.

En janvier, Gilles Sornette et Emmanuel Bemer ont bénéficié chacun d’une semaine de résidence.
"Grâce à ça, on a pu maintenir l’activité de notre lieu" explique Laura Rochette, la chargée de communication "et ça fait du bien d’avoir un peu de bruit dans la salle !"

Programmation

Au sortir du premier confinement, les salles de la région avaient redoublé d’ingéniosité pour reprendre leur activité principale: la diffusion de musiques amplifiées. A l’Autre Canal Nancy, l’été s’est prolongé jusque fin septembre avec une programmation en extérieur qui a permis d’accueillir près de 9.000 personnes. "Avec un respect maximum des règles sanitaires en vigueur" précise Antony Gaborit, responsable de la communication du lieu.

Le second confinement est venu doucher les espoirs des professionnels du secteur de reprendre rapidement une activité normale. Sur l’agenda, la programmation est généralement maintenue à partir de mars, même si les salles se font très peu d’illusions sur leur capacité à la tenir.

En ligne

C’est l’activité secondaire et un peu cachée des salles de musique actuelles: les programmes d’aides à la création, et la mise à disposition de locaux pour les artistes locaux et régionaux.
A Nancy, l’Autre Canal accompagne sept groupes. L’un d’entre eux, Taxi Kebab, a pu bénéficier de deux semaines de travail de répétition fin 2020 dans ses locaux, "ce qui aurait été impossible en temps normal, mais là les locaux étaient disponibles donc ils en ont profité, c’est logique" explique Antony Gaborit.

Le soutien à ces groupes s’affiche même dans l’agenda de la salle, qui communique désormais sur les résidences, et accompagne chacun d’entre elles de contenus à destination du public: du son, de la vidéo, des interviews. La salle prête ses équipements pour le tournage de clips: les locaux de Baleine en ont tourné trois entre novembre et décembre.
Tout comme le groupe Bobine de Cuivre, qui également pu bénéficier du lieu libéré :

Maintenir l’emploi

La mise en place de résidences d’artistes et de captation a permis de faire revenir dans les locaux les salariés qui étaient privés d’activité. Au Gueulard +, la régisseuse a pu retrouver son plateau, et les techniciens intermittents également : "on leur assure leurs cachets prévus jusqu’à la fin de l’année", précise Laura Rochette.

L’Autre Canal, qui compte vingt salariés permanents, a vu lui aussi le retour d’une partie de son équipe: "je viens pour m’occuper des artistes sur place, au moins une fois par semaine, et certains de mes collègues également" explique Anthony Gaborit. "Mais la règle reste le travail à distance, on ne se déplace que si notre présence est indispensable".

Résidences

A Metz, Patrick Perrin s’occupe de la programmation de la Boite à Musique, une salle de 1.100 places, ainsi que de celle des Trinitaires, deux équipements municipaux : "l’été dernier, on a pu programmer quelques concerts dans la cour des Trinitaires, mais sinon, on a passé beaucoup de temps à s’arracher les cheveux sur les reports et annulations".
La semaine prochaine, les Messins de 2Panheads viendront répéter leur set sur scène, avant de tenter leur chance  pour la sélection des Inouïs (ex-Printemps de Bourges) le 16 février prochain. La salle accueille aussi Chapelier Fou sur une résidence longue. Elle se prépare également à un travail commun du Grand Blanc avec l’Orchestre National de Lorraine.
Les projets fusent, en attendant de reprendre une vie normale: "notre salle a la chance de disposer de gradins, donc on peut parfaitement accueillir du public assis".

Protocole expérimental

Oui mais quand ? "Notre programmation de mars est faite, puisqu’on travaille en trimestre, mais personne dans la profession ne se risque plus à prévoir quoi que ce soit" résume Patrick Perrin.

Deux concerts vont avoir lieu en France en mars et en avril, selon un protocole expérimental piloté par l’INSERM, afin d’examiner les conditions de réouverture possible des salles de musiques amplifiées. Le protocole impose un test PCR au public, trié sur le volet, ce qui ne réjouit guère Patrick Perrin : "en France la profession n’est pas favorable aux tests : nous voulons des lieux ouverts à tous… Nous voulons évidemment respecter les consignes sanitaires, mais l’obligation du test ne va pas dans le sens que nous souhaitons".

Son de cloche différent à Nancy pour Anthony Gaborit : "personnellement je suis curieux et intéressé par les expérimentations de diffusion comme à Marseille ou au Luxembourg. On sait très bien qu’on ne va pas reprendre tout de suite une programmation debout et sans masques".

 

Amateurs

La plupart des professionnels qui gèrent ces établissements se réjouissent de voir des artistes travailler dans leurs locaux. Un pari pour l’avenir, quand la diffusion sera de nouveau possible. Seul bémol : ces équipements ne peuvent plus recevoir les musiciens amateurs. Ceux qui disposent également de locaux de répétition, ne peuvent plus les mettre à disposition. "Les deux studios de répétition chez nous c’est plus de 90% d’amateurs, et on ne peut plus les accueillir" se désole Emmanuelle Cuttitta, "même s’ils ne sont pas professionnels, l’envie de jouer est forte, et donc beaucoup ont repris le chemin des caves et des lieux improvisés pour répéter ! Ils seraient plus en sécurité chez nous, avec des locaux ventilés et désinfectés régulièrement".

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