REPLAY. "Raphaël Pitti, au nom de l'humanité" : trois raisons de (re)voir le documentaire de Sylvie Cozzolino

Raphaël Pitti est médecin urgentiste. Humaniste convaincu, il est engagé dans l'humanitaire. En France, où il vient en aide aux migrants et aux sans-abris, et en Syrie où il aide les soignants et la population locale. Voici trois raisons de voir le documentaire "Raphaël Pitti, au nom de l'humanité".

L’homme dont nous allons parler ici n’est pas ordinaire et c’est tout le sujet du documentaire Raphaël Pitti, au nom de l’humanité. La réalisatrice Sylvie Cozzolino dresse le portrait d’un homme hors norme. Raphaël Pitti est médecin (notamment militaire, anesthésiste-réanimateur et spécialiste de l’urgence), mais pas que. L’homme s’engage sur les plans humanitaires et politiques aussi bien dans notre pays que dans des zones de guerre. Son credo: l’humanisme couplé à l’action pour venir en aide aux personnes dans le besoin. Raphaël Pitti est un homme aux valeurs fortes et nobles qui ne laisse pas indifférent. Tout au long du documentaire, nous le suivons dans ses différents engagements, y compris en Syrie auprès des soignants pris pour cible dans un contexte de guerre civile.

Voici trois raisons de visionner le documentaire Raphaël Pitti, au nom de l'humanité de Sylvie Cozzolino sur France 3 Grand Est en replay.

1- Parce que Raphaël Pitti est un humaniste (et que ça devient rare)

Raphaël Pitti est un humaniste comme il le revendique lui-même : "Tout ce qui touche à l’humain, tout ce qui touche à la dignité humaine m’interpelle." L’homme est engagé dans de multiples causes : il lutte contre l’exclusion dans sa ville de Metz auprès des sans-abris et des migrants, il s’investit dans des causes humanitaires en Syrie notamment, il sort de sa retraite pour lutter contre le Covid au service de réanimation de l’hôpital de Saint-Avold… Son besoin d’aider les personnes en difficulté est une composante fondamentale de sa personnalité, qu’il aborde avec modestie : "Je ne suis pas là pour sauver le monde […] explique-t-il, j’ai reçu des talents, au sens de compétences, et ces compétences que j’ai doivent être tournées vers les autres. A quoi serviraient-elles si je les garde pour moi ?" Raphaël Pitti est de ceux qui pensent d’abord à ce qu’ils peuvent donner aux autres.

Tout le documentaire tourne autour de la question de se mettre au service des autres pour rendre le monde meilleur. Chez Raphaël Pitti, c’est une évidence. Malgré tout, cela s’est fait par des prises de conscience successives. Son engagement pour la Syrie commence un matin de 2012 alors qu’il entend le témoignage d’Ahmed Bananeh à la radio. Avec un confrère, ce médecin franco-syrien a fondé l’UOSSM (Union des organisations de secours et soins médicaux). Cette ONG, créée en 2012 au début de la guerre civile syrienne, veut alerter l’opinion publique et faire parvenir de l’aide aux soignants pris pour cible. Lors de son passage sur France Inter, le récit d’Ahmed Bananeh, qui raconte le sort des médecins sur place qui meurent pour le simple fait d’exercer leur métier, émeut Raphaël Pitti qui s’engage immédiatement au sein de l’UOSSM.

Quand Raphaël Pitti se rend en Syrie, quelques semaines après, c’est avec l’idée d’aider ses confrères soignants dans un premier temps, et non pas les populations: "Il était pour moi évident que ma place était en Syrie. Ce n’était pas du tout pour sauver la population. L’idée était de dire que ces médecins, ces infirmiers, l’ensemble de ces soignants étaient dans le danger. Quand je suis parti c’était vraiment pour aider mes collègues soignants. L’ensemble de ces soignants sont dans le danger. C’est ça qui m’a interpellé. C’est le fait que des hommes qui sont dans l’éthique et de soigner les autres, ceux-là sont menacés parce qu’ils soignent les autres." C’est plus tard que son regard se tourne vers les populations, et notamment vers les enfants. Touché par leur situation, le médecin veut comprendre le traumatisme des enfants de la guerre pour mieux leur tendre la main : "Il y a des enfants qui ont dix ans maintenant qui n’auront jamais connu la paix et certains sont nés et ont vécu dans des camps de réfugiés. Ils se sont déplacés en permanence. Rien n’aura été épargné à ce pays." Un travail de reconstruction particulièrement difficile dans ce pays dévasté par les conflits. 8,5 millions d’enfants syriens ont besoin d’aide humanitaire et 12.000 enfants ont été blessés ou tués en dix ans de guerre.

2- Parce qu'il est aussi un homme d'action engagé

Raphaël Pitti est un homme d'action, en témoignent ses 28 ans d'expérience de médecin dans les commandos, sur les terrains de guerre (Irak, Balkans, Tchad...). Ce goût de l'action il l’a gardé pour le mettre au service des autres. Il n’hésite jamais à se rendre sur le terrain, à la rencontre des personnes dans le besoin. A travers le documentaire nous le suivons alors qu'il reprend du service dans un service de réanimation de malades du Covid, alors qu'il vient en aide aux nécessiteux de Metz et quand il se rend en Syrie pour y aider des soignants. Dans les forces armées comme dans le civil, Raphaël Pitti est sur tous les fronts. Et rien ne peux le faire reculer. Cette pulsion le conduisant à agir trouve sa source dans sa profonde humanité: "C’est quelque chose que j’ai souvent ressenti, raconte-t-il, c’est l’indignation. Et l’indignation créé la colère. Et la colère m’engage immédiatement dans l’action."

Mais parfois la colère et le tumulte se font trop grands pour cet homme qui affronte des situations difficiles. Il trouve alors refuge dans sa foi chrétienne. Une foi qui lui permet de tenir, de ne pas se perdre et de trouver du sens à son action. Raphaël Pitti est un homme porté par des valeurs fortes en partie issues de sa croyance religieuse qui oppose le bien au mal. Des valeurs qui le poussent encore une fois à agir : "Je crois très profondément à cette phrase qui dit que si le mal progresse, dit-il, c’est parce que les gens de bien ne se lèvent pas pour l’empêcher."

Dans un premier temps, l’ex-médecin militaire met en place des solutions concrètes en France, et en particulier à Metz, où il vit. Raphaël Pitti s’inquiétant de la situation d’un sans-abri dans les rues de Metz est la première image que Sylvie Cozzolino nous livre de l’homme au sein de sa ville de résidence. Sa guerre contre l’exclusion commence dans les rues, auprès de ceux que l’on ne veut pas voir mais dont lui se préoccupe. A ce sans-abri, Raphaël Pitti dira "Je suis peiné de vous voir comme ça, donnez-moi votre numéro." Une première rencontre qui en dit long sur le personnage et son désir d’aider et d’agir concrètement pour les autres.

Raphaël Pitti agit pour les sans-abris, mais également pour les réfugiés de la ville. Metz est engagée dans l’accueil digne des migrants et fait partie du réseau Anvita (Association nationale des villes et territoires accueillants). Le médecin humanitaire en est en quelques sortes l’ambassadeur auprès des maires successifs de la ville avec qui il travaille, quel que soit leur bord politique. Si le pragmatisme de Raphaël Pitti a pu faire débat puisqu’il se situe lui-même à gauche sur l’échiquier politique, ce qui compte pour lui c’est l’action, peu importe l’orientation politique. Et ça, François Grosdidier, maire LR de Metz l'a bien compris: "Il n’y a pas d’idéologie, pas de droite et de gauche, il n’y a pas de religion, simplement on considère que des êtres humains doivent être traités comme des êtres humains."

Au-delà de l’action politique, Raphaël Pitti est un homme qui se rend sur le terrain, à la rencontre des personnes dans le besoin pour tenter de leur apporter des solutions concrètes. Ainsi, il travaille en étroite collaboration avec Sandrine Worms, travailleuse sociale avec qui il a œuvré pour trouver un toit aux Roms du camp du Petit Bois ou pour tenter d’améliorer la situation des migrants du camp de Blida, le plus important camp de migrants jamais installé à Metz. Raphaël Pitti n’hésite pas à se battre pour défendre ses valeurs, même si cela l’oblige à affronter un préfet en 2017, alors qu’il est conseiller municipal de ma majorité socialiste, chargé de l’urgence sociale.

A cette époque, le préfet refuse d’accorder des conditions d’hygiène plus digne que réclame Raphaël Pitti pour les réfugiés du camp de Blida. Le médecin humanitaire n’hésite pas à se montrer ferme : il n’accepte pas et ne cautionne pas l’accueil des migrants dans ces conditions. Son engagement chevillé au corps, Raphaël Pitti refuse de baisser les bras face à ce préfet avec qui les tensions sont fortes: "Je ne me fais pas complice. Je préfère rester seul s’il le faut, me battre seul contre tous, parce que je pense que ces valeurs sont importantes à défendre." Le camp de Blida sera finalement démantelé la même année. Certains demandeurs d'asile retrouveront des solutions de relogement, d'autres seront renvoyés dans leur pays.

Raphaël Pitti est sur le terrain à Metz, mais à travers le documentaire, nous le suivons aussi alors qu’il effectue son trentième voyage en Syrie, un pays dévasté par la guerre civile depuis 2011. Le médecin humanitaire n’hésite pas à se rendre clandestinement sur place avec l’UOSSM, accompagné de Zouhair Lahna, un obstétricien bénévole pour l’ONG. A l’hôpital de Dêrik se trouve un centre de formation pour personnel médical. Pour ce trentième séjour, Raphaël Pitti y forme une douzaine de sages-femmes. Le but: les aider à revoir leurs techniques d’urgence. Lors de la formation, les situations les plus dramatiques sont mises en scène sous les yeux de Raphaël Pitti, pour aider les sages-femmes à sauver des vies. A cause de la guerre, la situation des soignants et des patients du pays est critique: "Avant la Révolution, la guerre, on avait tout: des hôpitaux, des médecins, des médicaments, explique Haifa’a ali Al’Bouty, une des sages-femmes en formation. Avec la guerre et le manque de personnel médical, on a vu travailler dans les maternités des personnes qui ne sont pas des sages-femmes. A cause de cela, il y a eu beaucoup de morts lors des accouchements." Former les soignants à la médecine d'urgence est donc vital, car "Former c'est sauver des vies" comme le rappelle Zouhair Lahna. Le centre de formation de Dêrik n’est pas le seul que Raphaël Pitti a mis en place en Syrie en tant que responsable formation à l'UOSSM. Grâce à lui, près de 26.000 syriens ont pu être formés à la médecine d’urgence.

Toujours avec son ONG, Raphaël Pitti a fait créer une banque de sang à Raqqa. C’était en 2017, en plein combat et alors que les victimes affluaient et que le sang manquait. A ce moment-là, pour avoir du sang frais, il fallait faire appel à des donneurs volontaires à l'instant T. Depuis, la banque du sang a perduré, et les médecins syriens l’ont même développée au point qu’elle alimente non seulement l’hôpital de Raqqa mais aussi les structures sanitaires environnantes. En plus de la banque de sang, trois respirateurs ont été fournis à l’hôpital de Raqqa qui en était dépourvu. Le développement de dispositifs sanitaires aide non seulement les soignants syriens mais cela stabilise également les populations locales qui ne fuient plus la région. En aidant le monde médical, l’aura de Raphaël Pitti s’étend à la population syrienne. Il contribue à améliorer la vie de tout un peuple en souffrance. Et ses projets sont encore nombreux au sein de l’UOSSM, il déplace des montagnes au sein de l’ONG pour aider la Syrie.

Finalement, être sur le terrain, être dans l’action, en particulier en Syrie, est une véritable seconde nature pour ce médecin humanitaire hors norme qui ne ménage pas ses efforts. Son investissement est si naturel qu’il en devient impressionnant: "Je suis véritablement dans mon élément. A la fois c’est un pays arabe et j’ai vécu très longtemps dans les pays arabes, je me retrouve en situation de guerre, de conflit. C’est ce que j’ai connu durant toute ma carrière de médecin militaire. Et troisièmement, c’est dans un pays musulman, d’apporter le témoignage de ma foi. De servir de pont entre l’islam et le christianisme qui me porte."

3- Parce qu'on ne peut pas rester insensible à ce qu'il raconte

A l’instar de l’UOSSM, Raphaël Pitti veut sensibiliser l’opinion publique et qui de mieux que lui pour le faire ? "Il faut réveiller les gens. Lorsque Raphaël parle, il réveille les gens, explique Ziad Alissa, président et co-fondateur de l'UOSSM. Et ça Raphaël il sait bien le faire, lui lorsqu’il va sur place, il voit avec ses propres yeux." En tant que témoin des événements, Raphaël Pitti a une place privilégiée pour s’exprimer et pour être entendu. L’homme sait raconter aux médias ce qu’il a pu observer en Syrie, il le fait avec le cœur comme ce jour de décembre 2019 où il est invité de France Inter: "Il faut que les gens sachent que le pays est dans une situation de catastrophe humanitaire d’une ampleur jamais inégalée depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’était déjà le cas en 2013 et c’était la Commission européenne qui le disait. Aujourd’hui la situation n’a fait que s’aggraver de plus en plus, donc c'est un cri d’alarme que je lance."

Hormis les médias, Raphaël Pitti sollicite les institutions, leur raconte ce que vivent les populations syriennes. Il n’hésite pas à se rendre aux Nations unies, à Bruxelles, à la présidence de la République, dans les ministères… Rien ne l’arrête. Partout on écoute ce témoin qui parle vrai et qui bouscule dans l’espoir d’une intervention diplomatique: "C’est vrai, je rapportais fidèlement une situation humaine qui était de la souffrance des individus. Alors qu’ils sont au niveau des affaires étrangères dans une problématique de l’ordre géostratégique ou géopolitique. Ils entrevoient la situation d’une manière très haute et au-dessus. Mais c’est le fait de dire aux politiques c’est à vous de trouver des solutions politiques, et ne remplacez par votre incapacité à trouver des solutions politiques par une action purement humanitaire. Elle ne vous dédouane pas cette action humanitaire. Vous avez le devoir de trouver des réponses politiques à cette situation." Raphaël Pitti alerte non seulement sur une situation critique mais il met également les décideurs face à leurs responsabilités. Il devient alors moins facile de détourner le regard. C’est grâce à son intervention que le quai d’Orsay est intervenu pour aider le peuple à survivre lors de la fuite d’Alep en 2016.

Avec sa voix posée et sa force de persuasion, Raphaël Pitti interpelle et ne laisse pas indifférent. Au point de réussir à se faire entendre par la communauté internationale. En août 2013, le médecin humanitaire reçoit une vidéo montrant les ravages humains résultant du gazage de milliers de Syriens par Bachar El Assad. Malgré la tragédie humaine, le président de la République arabe syrienne n’est pas sanctionné par les pays occidentaux qui semblent tout juste découvrir la réalité de ces gazages. En tant que lanceur d’alerte, Raphaël Pitti avait pourtant déjà apporté la preuve de ces attaques chimiques au gaz sarin au ministère des Affaires étrangères françaises.

Quatre ans après, en 2017, de nouvelles images prouvant le gazage de la population arrivent. Encore une fois, Raphaël Pitti alerte les autorités françaises qui relaient son message auprès de la communauté internationale: "Grâce à sa présence sur le terrain, Raphaël Pitti a pu nous apporter des éléments très concrets c’est-à-dire des personnes victimes, blessées ou mortes du fait de l’usage de ces gaz, se rappelle Jean Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères entre février 2016 et mai 2017. Et la France, avec ses services de renseignements, a pu apporter la preuve. Et j’ai décidé de déclassifier un certain nombre d’informations, de les rendre publiques, pour mobiliser l’opinion publique et la communauté internationale pour dire 'ça continue malheureusement l’usage des armes chimiques' et Raphaël nous a permis non seulement de témoigner mais d’apporter des preuves."

Le message véhiculé par Raphaël Pitti résonne à travers le monde. Son investissement, son engagement, sa détermination à aider son prochain suscitent l'admiration. Le médecin humanitaire se bat, il veut et sait faire bouger les lignes pour aller vers un monde meilleur. Avec les belles valeurs qu'il porte, il est un exemple pour tous. Le documentaire Raphaël Pitti, au nom de l'humanité est une véritable leçon de vie, portée par un personnage particulièrement impressionnant.

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