Le messin Raphaël Pitti, formateur à la médecine de guerre, dans l'enfer syrien

© AFP PHOTO / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
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De la Yougoslavie au Liban, il a pratiqué la médecine de guerre tout au long de sa carrière. Mais aucune expérience ne l'a plus marqué que la Syrie, où l'ex-médecin militaire français Raphaël Pitti forme depuis un an et demi des personnels soignants. Sa devise: "Va où l'humanité te porte"...

Par Jcdr avec AFP.

De la Yougoslavie au Liban, il a pratiqué la médecine de guerre tout au long de sa carrière. Mais aucune expérience ne l'a plus marqué que la Syrie, où l'ex-médecin militaire français Raphaël Pitti (sa page Facebook) forme depuis un an et demi des personnels soignants.

Raphaël Pitti exerce encore régulièrement dans une clinique de Nancy. Mais, depuis le début du conflit syrien, il ne cesse les allers-retours entre la Lorraine et la Syrie.

C'est "après avoir appris par une émission de radio" que des miliciens pro-régime de Damas "s'en prenaient aux médecins" qu'il a décidé de partir pour ce pays ravagé par la guerre civile avec l'Union des organisations syriennes de secours médicaux (UOSSM, son site internet), une ONG regroupant plusieurs associations locales.


Cet anesthésiste-réanimateur de 64 ans -mais qui en paraît 20 de moins, les cheveux encore bruns- avait déjà une impressionnante expérience dans la médecine de guerre.
Une photo d'une soeur catholique, en bonne place sur son bureau, lui rappelle sa première mission à Djibouti et ses premiers accouchements dans un dispensaire. La voix posée, presque timide, de cet homme grand, portant lunettes et une barbe de trois jours, tranche avec son physique athlétique.

Il peine à dater précisément son envie de devenir médecin. "Depuis l'adolescence, probablement", à Oran, où il est resté jusqu'à ses 19 ans, bien après l'Indépendance de l'Algérie. Fils d'un tailleur d'origine italienne, il garde de cette époque le souvenir à la fois d'une "surveillance par une armée omniprésente", mais d'une "période très heureuse".

Arrivé à Nice pour ses études de médecine, il présente finalement sa thèse à l'armée, où il s'engage dans les commandos marine.
Sa carrière de médecin militaire l'a conduit ensuite en Yougoslavie, au Tchad ou au Liban, jusqu'à 2004 quand il quitte la Grande muette avec le grade de général. Professeur agrégé du Val-de-Grâce, Raphaël Pitti a enseigné la médecine de guerre à Lyon, Paris et New York, et effectué diverses missions comme expert auprès de l'Otan, jusqu'à ce jour de septembre 2012 où il est arrivé pour la première fois en Syrie.

Dans le nord-ouest de la Syrie

"Sur place, il y avait urgence à former les personnels soignants. J'ai alors imaginé un centre de formation de médecine de guerre", explique celui qui donne régulièrement depuis des formations dans les hôpitaux syriens d'Alep à Bab al-Hawa, dans le nord-ouest du pays.

Logistique, protocole de soins, harmonisation des ravitaillements et hiérarchisation des patients: tout est passé au crible par ce "French doctor", qui rationalise les flux des malades dans des hôpitaux de fortune régulièrement bombardés, parfois transférés en urgence dans de simples villas, entre tirs de missiles et coupures d'électricité.

Il dit être parvenu à dispenser ses "cours" devant des auditoires de plus en plus fournis, certains médecins venant de Damas au prix d'un dangereux voyage de cinq jours.

"Il a apporté une stratégie claire, une organisation. La première chose qu'il a mise en place, c'est d'apprendre à trier les blessés." Dr Oubaida Al Moufti, un des responsables de l'UOSSM.


Au fil du temps, certains formés sont devenus formateurs, permettant à environ un millier de médecins et infirmiers de bénéficier de son protocole de soins, dispensé dans deux centres de formation, bientôt trois...

En France, Raphaël Pitti est toujours chef du service de réanimation d'une clinique de Nancy, mais il part quasiment tous les mois en Syrie, qu'il décrit comme "l'expérience la plus marquante" de sa longue carrière.

"La situation se dégrade", déplore le médecin, selon lequel "la clé de la solution est entre les mains des Russes". A chaque voyage, le passage sous les barbelés à la frontière turco-syrienne se fait plus difficile, raconte-t-il. Mais quoi qu'il puisse arriver, celui qui a été désigné comme messin de l'année 2013 aime à répéter sa devise: "Va où l'humanité te porte".

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