VIDEO. A la découverte d'un brass band de Moselle sacré vice-champion de France 2023

Le brass band Musicalis d’Algrange est devenu vice-champion de France de brass band dans sa catégorie dimanche 29 janvier 2023 à Saint-Etienne (Loire). Cet orchestre de cuivres de tradition britannique réalise un exploit : jamais une formation lorraine ne s’était aussi bien distinguée dans cette prestigieuse compétition.

Malin, le speaker avait choisi de donner les résultats à rebours. Dans la salle surchauffée de la Comète de Saint-Etienne, les organisateurs n’ont pas pu faire rentrer toutes les formations à l’heure de proclamer les vainqueurs, dimanche 29 janvier en fin d’après-midi. Claudine Schmitt, la secrétaire du brass band Musicalis d’Algrange, a dû négocier pied à pied pour faire rentrer toutes ses troupes. Sur scène, au côté de ses homologues en compétition, Sébastien Berettoni le chef mosellan tord ses doigts.

La compétition fait partie intégrante du brass depuis ses origines au 19è siècle

Paul Hodgson, cornet si bémol dans le brass band Musicalis

Sur leurs sièges rouges, les membres de la formation se réjouissent déjà de ne pas finir dernier. Lorsque les cinquième, quatrième et troisième tombent, la fierté se lit sur tous les visages : Algrange peut finir champion ! Même si c’est le brass de Lorient qui remporte le titre en troisième division, la trentaine de membres éclate de joie : "on est deuxième, avec une note de 90, c’est génial". Il y a quelques années les Mosellans avaient été sacrés en quatrième division.

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La joie des membres du brass band Musicalis après leur titre de vice-champion de France 2023 catégorie troisième division. ©Emmanuel Bouard/Olivier Bouillon/Matthieu Hennequin/France 3 Lorraine

Orchestre de cuivre populaire et ouvrier

Musicalis est né en 2012, sur les cendres de l’ancienne harmonie municipale, qui n’avait quasiment plus de membres, ni d’activité. Désireux de maintenir la musique en vie dans cet ancien bastion des mines de fer et de la sidérurgie de la vallée de la Fensch, une poignée de musiciens décide de poursuivre l’aventure, "mais sous la forme d’un orchestre de cuivres à l’anglaise, d’un brass band".

Le parallèle avec la tradition anglaise est facile à imaginer. Algrange présente les mêmes caractéristiques que les villes britanniques ouvrières et industrieuses où le brass band est la forme la plus populaire de musique : "chez nous, chaque village, et même chaque quartier possède son brass band. On apprend à jouer à l’école primaire, et on est très fier de représenter sa ville dans les compétitions qui sont organisées chaque année" explique Paul Hodgson, cornet si bémol dans Musicalis et originaire… du Yorkshire. Qu’il a quitté il y a vingt ans, pour venir travailler à l’usine à rails d’Hayange, dont il est devenu quelques années plus tard le directeur.

Formation locale et internationale

Dans ses rangs, la formation musicale compte quasi exclusivement des amateurs, de 13 à 70 ans. Ils sont étudiants, salariés, retraités. D’origine modeste, ou bien employés par de prestigieuses entreprises installées au Luxembourg comme Gustavo, économiste brésilien et tromboniste : "j’ai commencé à 40 ans ! J’ai entendu parler de Musicalis par un ami, qui m’a parlé d’un brass band qui se formait. Je l’ai rejoint, et j’ai progressé avec mes collègues de pupitre. Je suis très fier d’en faire partie".

Samedi 28 janvier, les Mosellans sont passés en cinquième position, la place que leur a accordé le tirage au sort. Après une vérification d’identité pour tous les membres, chef compris, ils ont gagné la salle de chauffe pour s’accorder et se préparer à la performance : "c’est très physique, on ne pourrait pas le reproduire plusieurs fois d’affilées" explique Sébastien Berettoni, chef du groupe depuis 2020 après y avoir exercé à plusieurs postes. Sur scène, une pièce imposée et une libre, devant un jury à l’aveugle, évidemment présidé par un Anglais, Roger Webster.

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Musicalis à Saint-Etienne ©Emmanuel Bouard/Olivier Bouillon/Matthieu Hennequin/France 3 Lorraine

Popularisé dans le monde entier par le film "Les virtuoses", le brass band de tradition britannique reste encore mal connu dans l’hexagone. Il se compose principalement de cuivres à perce conique, et aussi de trombones et de percussions. "Pas de trompettes chez nous, mais des cornets à piston" résume le président actuel de Musicalis. On trouve ainsi des instruments spécifiques, notamment les saxhorns, inventés par… Adolphe Sax.

Le brass band est codifié, en nombre d’instruments et dans sa composition. Le registre musical est vaste, composé d’œuvres spécifiques, mais aussi d’adaptations de pièces symphoniques ou même de fanfare. En France, le brass forme une communauté qui se réunit tous les ans autour du championnat de France, organisé par la Confédération musicale de France (CMF).

Les meilleurs sont parisiens et nordistes. Cette année, c’est le brass des Hauts de France qui remporte le titre en honneur, lui permettant de se qualifier pour les prochains championnats d’Europe. "La compétition fait partie intégrante du brass depuis ses origines au 19è siècle" précise Paul Hodgson, "chaque village veut prouver chez nous qu’il est meilleur que celui d’à côté, qu’il est capable de jouer des pièces plus difficiles. Moi quand j’étais au lycée, j’ai eu la chance de jouer à Wembley avec mon brass de l’époque ! On a joué à les hymnes d’un match de foot Angleterre-Suisse".

Participer au championnat de France représente un coût très important pour la modeste formation d’Algrange, qui ne compte que 6.000 habitants : "la moitié de notre subvention annuelle" selon Claudine Schmitt, et pas loin de 10.000 euros en comptant "le transport, l’hébergement, les repas du soir pour une trentaine de personnes pendant trois jours". Soutenu par la municipalité qui l’aide directement et lui prête également des locaux, le brass remplit de fait le rôle d’orchestre municipal, sollicité plusieurs fois par an pour jouer pendant les commémorations patriotiques et la Sainte Barbe, la fête des mineurs le 4 décembre.

Performance historique

La performance stéphanoise est remarquable à plus d’un titre. D’une part parce que les amateurs mosellans atteignent pour la première fois la note globale de 90 sur 100 et obtiennent la mention "très bien" du jury. Ensuite, parce qu’ils terminent la compétition devant des formations issues de conservatoires qui disposent d’un vivier de musiciens beaucoup plus important. A Algrange, il n’y a plus d’école de musique, ni de formation locale possible. Les membres de Musicalis viennent des environs, et certains font même une centaine de kilomètres pour venir répéter chaque jeudi soir, "il y a quelques professeurs d’écoles de musique parmi nous, mais nous sommes des amateurs en très grande majorité. On essaye d’attirer des jeunes".

L'année prochaine, en 2024, le championnat aura lieu à Valenciennes dans le Nord. Et les Mosellans espèrent que l'édition 2025 se tiendra à Metz, à l'Arsenal : "on travaille dur sur ce projet, c'est notre ambition, de jouer à domicile et de faire venir les meilleurs en Lorraine". Leur tenue de scène ne changera pas d'ici là. Costume noir, noeud papillon et chaussettes rouges : "on sait d'où on vient" rigole le chef.

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