Sur Instagram, cette infirmière aux urgences poste des vidéos, en langue des signes, sur la santé

Sarah est infirmière aux urgences au Luxembourg. Elle est née de parents sourds. Sur son compte Instagram, elle publie des vidéos en langue des signes pour sensibiliser les personnes sourdes ou malentendantes aux problématiques de santé.

"La langue des signes est ma langue maternelle", nous indique Sarah. Elle vit en Moselle et travaille comme infirmière aux urgences dans un hôpital au Luxembourg. Ses deux parents sont sourds tout comme plusieurs membres de sa famille. Depuis quelque temps, elle publie sur son compte Instagram des vidéos en langues des signes pour sensibiliser aux problématiques de santé.

Elle nous explique : "je me suis rendu compte que les personnes sourdes n’avaient pas exactement le même niveau d’information que nous sur les problématiques de santé. Récemment, un membre de ma famille, sourd, a eu un problème de santé, qui aurait pu être dramatique et il a tardé à consulter."

Dans ces vidéos, Sarah expose les symptômes qui doivent pousser à consulter un médecin ou même à contacter les urgences. "Je fais mon métier d’infirmière en réalité. J’explique ce que sont les pathologies comme la colique néphrétique ou comment prévenir le cancer colorectal. Si la personne reconnaît les symptômes, je lui conseille d’aller consulter un médecin." Dans la vidéo qui concerne l’infarctus du myocarde, c’est-à-dire la crise cardiaque, elle détaille avec précision les signes. "Si vous présentez des signes de ce type, direction les urgences ou composez le 114."

Le 114 est un numéro d’appel d’urgence pour les sourds et malentendants. Il est national et gratuit, accessible par visiophonie, tchat, SMS ou fax, 24H/24, 7J/7.

Pour Sarah, l’objectif est de faire des courtes vidéos. "En une minute, je dois pouvoir expliquer." Elle sélectionne les thèmes en fonction de ce qu’elle rencontre le plus souvent aux urgences : accident vasculaire cérébral, colique néphrétique, les pathologies que l’on retrouve le plus aux urgences. Sarah est contactée par des personnes sourdes, qui apprécient cet accès aux informations. Parfois, elles ont d’autres questions. "Souvent, je les oriente vers leur médecin. Je n’ai pas forcément les réponses à leurs questions."

À l’hôpital, où elle travaille, elle est un des rares membres du personnel à maîtriser la langue des signes. Ses collègues font appel à elle régulièrement, y compris dans d’autres services. "J’ai eu l’occasion de rencontrer dans l’hôpital, où je travaille des sourds allemands ou encore portugais. J’ai pu communiquer avec eux et les aider à se faire comprendre même si la langue des signes n’est pas identique. Il y a beaucoup de similitudes alors que j’aurais été incapable de les aider en allemand ou en portugais."

Sarah essaie de poster deux vidéos par mois. Elle doit les préparer, les enregistrer, mais aussi les sous-titrées. Son travail, d’infirmière aux urgences, ne lui laisse que peu de temps. "Dès que j’ai du temps libre, je le consacre à cette activité." Sarah suscite quelques vocations dans son hôpital et au-delà. Des soignants expriment leur volonté d'apprendre la langue des signes et la contactent. Il y a peu d'hôpitaux où l'on forme du personnel. Mais Sarah se souvient qu'au CHRU de Nancy, il existe un groupe d'infirmières qui pratiquent la langue des signes pour accompagner les patients.

Avec ses parents, Sarah communique via Face Time depuis qu'elle s'est éloignée de la maison familiale. Elle n'est plus là pour prendre leur rendez-vous. Alors, comme d'autres personnes sourdes, ils utilisent une application RogerVoice qui permet de sous-titrer en direct les appels téléphoniques. Pour prévenir les secours, il existe aussi le 114 explique-t-elle, mais "souvent les personnes sourdes ne comprennent pas bien, qu'il faut vraiment développer les informations pour leur prise en charge". Ce sera l'objet d'une de ces prochaines vidéos.