Pavillon bleu : pourquoi les plages labellisées du Grand Est ont disparu de la carte 2020

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On a beau regarder de près, aucune plage du Grand Est n'est labellisée Pavillon bleu pour la saison 2020. L'an dernier pourtant, il y en avait cinq. Pourquoi le petit pictogramme du parasol qui attire les touristes a-t-il disparu des plages d'Alsace, de Champagne-Ardenne et de Lorraine ?

La livraison du label officiel "Pavillon bleu 2020" est arrivée ce 9 juin sans crier gare. En plein déconfinement, alors que les professionnels du tourisme espèrent attirer des Français près de chez eux, voilà que la carte ne recense aucune plage labellisée dans la région Grand Est. Rien, nada, pas la peine de sortir la loupe, il n'y a aucune plage digne de ce label convoité par les communes cette année. En revanche le palmarès Pavillon bleu compte 401 plages labellisées ailleurs en France et 106 ports de plaisance labellisés en France, dont 14 dans le Grand Est. Le slogan "pour les vacances, choisissez une destination pavilon bleu" ne résonnera pas dans le Grand Est pour vanter les plages. Mais peut-être pour les ports. C'est mieux que rien. 

Responsable du port de plaisance de Saverne (Alsace), Xavier Schramm, explique que "c'est la troisième année consécutive qu’on a le label, mais avant, on faisait déjà un certain nombre d’actions. Ce label permet d’accélérer des choses qu’on aurait mises de côté. C’est quand même une reconnaissance nationale, voire internationale qui permet de nous situer à un niveau puisqu’il y a une référence au niveau international pour les plaisanciers du port. Cela nous inscrit dans une démarche qui nous permet de ne pas nous ramollir et de voir ce qui se fait ailleurs. On attend toujours les résultats avec impatience, c’est une auto-exigence et la satisfaction qui va avec".

Gage de qualité et d'attractivité

Le professionnel n'hésite pas à se remettre en question. Pour lui, la crise sanitaire permet de rebondir aussi et de se projeter dans l’avenir, de changer des choses. "Le pavillon nous booste. J’ai aussi la double casquette parce que je m’occupe du développement durable à la ville. Pour les plaisanciers ils ont des choses qu’ils n’auraient pas forcément dans un autre port. Une certaine clientèle cherche des lieux labellisés, à terme, c’est un gage de qualité et donc d’attractivité.  Ces plaisanciers consomment aussi en ville et ce n’est pas négligeable. On fait une moyenne de 40 euros par jour et par plaisancier hors amarrage. On attend aussi l’ouverture des frontières puisqu’on a 51% d’Allemands 15% de Français et 12% de Suisses. On aura moins de monde cette année mais on va travailler la qualité"

Assainissement et déception

Seulement les ports en bleu, cela ne remplace pas les plages. En 2019, cinq plages du Grand-Est étaient labellisées pavillon bleu. Quatre au bord du lac d'Orient, dans l'Aube et la plage de la Warenne, à Charleville-Mézières. Avec ses lacs magnifiques et ses plages souvent bondées, l'Aube fait donc grise mine en apprenant ce classement 2020 sans pavilon bleu. Le président du conseil départemental de l'Aube l'avoue, c'est la douche froide. L'absence de pavillon bleu sur les plages du département a été amer à avaler.

Pour Philippe Pichery, "c'est sûr, on est déçu, car le pavillon bleu est un beau label qui joue un rôle pour le tourisme étranger. Sur nos territoires, les touristes de l'Europe du Nord sont nombreux. On a été surpris et déçus d’apprendre qu’on n'avait pas cette labellisation en 2020, surtout que rien n’a changé en moins bien, et d’autres choses ont été améliorées sur nos plages. L’explication c’est que ce pavillon bleu traduit la qualité de l’eau et de l’accueil, ou la surveillance, ça il n’y a aucun problème, il n’y en jamais eu. Mais le deuxième critère, environnemental, intègre la situation d’assainissement et son avancement dans les communes". Ce serait là que la bât blesse selon lui. 

 

Les communes concernées auraient pâti de financement pour l'assainissement. "Des travaux coûteux et importants, poursuit Philippe Pichery. Il faut étaler ces chantiers dans le temps. Et le financement, ce sont les aides de l’Agence de l’eau et elle est obligée d’étaler ses projets. Elle privilégie les projets qui conduisent à la suppression de pollution existante dans des zones peuplées. Donc moins chez nous"

Privé de pavillon, l'Aube comme les autres plages anciennement labellisées dans le Grand Est promettent de rebondir. D'autant que rien ne s’est dégradé, selon l'élu aubois. Il promet que les acteurs du tourisme vont redoubler d’activité pour retrouver du bleu l'an prochain. Comme un chef cuistot qui perdrait ses étoiles et voudrait les retrouver.  "Les touristes étrangers se renseignent là dessus. Donc on va suivre les choses de près". Mais ce n'est pas si simple. Et ça coûte cher. 

On avait pourtant le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait. C’est un label important. On ne minimise pas. 

-Philippe Pichery, président du conseil départemental de l'Aube

Christian Branle, le maire de Lusigny-sur-Barse près du lac d'Orient depuis 1998 et président du Parc Naturel Régional de la Forêt d'Orient affiche lui aussi sa déception. Ce connaisseur avisé du secteur a été averti il y a déjà un mois de ce recalage par le comité Pavillon bleu. "On a quatre plages dans le secteur et on avait décidé de concourir tous les quatre. Car c’était un atout supplémentaire. Il pouvait y avoir un intérêt pour les touristes du Nord qui transitent par chez nous. Il y a un mois, on nous a expliqué pourquoi cette année on n'aurait pas le pavillon bleu"

 

Trop cher

"Je suis étonné, lance l'élu, car en fait les règles ont changé. La conformité du système d’assainissement est en cause. Avant ce n’étaient que les stations d'épuration qui devaient être aux normes. L’eau doit être de grande qualité, c’est fait, on a investit 1,5 millions dans la commune. Chez nous l’argile du sol a bougé, de l’eau parasite remonte des tranchées drainantes. Le réseau est poreux, mais j’ai 17 km de voiries, je ne peux pas le faire, ça couterait environ 17 millions d’euros. On est à 2km de la plage, ce réseau non-conforme, on le remet en règle au fur et à mesure, dans le temps. Ces critères sont aussi là pour inciter les communes à refaire leur réseau". Pas dupe, mais pas riche non plus, le maire. 

Un investissement colossal, on l'a compris. Qui peut avoir des conséquences et un impact sur le tourisme au bord des lacs. "C’est dommage. Ce n’est pas une bonne chose de perdre ce pavillon bleu. Mais on a une qualité d’eau remarquable, des infrastructures entretenues. Même si sur le plan de la communication, perdre un label, c’est pas ce qu’il y a de mieux, on est dans un parc naturel régional labellisé aussi. Si les règles ne changent pas, ce sera compliqué, mais on ne pourra pas remettre ce réseau en conformité tout de suite"

Retroussant ses manches, le capitaine de la région des lacs de l'Aube veut capitaliser sur le reste et regarder devant. Pas le choix. La déception est aussi à la hauteur de la crise sanitaire qui a placé la région dans le rouge pendant quelques temps. Même s'il n'y a aucun lien. L'étude a été faite avant le covid. "Mais alors que pour sortir de ce covid on attend les touristes...On va faire des efforts, mais c’est un élément qui tombe mal". Les projets hôteliers sont aussi freinés par la loi littoral qui exige de ne pas construire trop près des berges même pour les lacs intérieurs. 

 

Les critères de sélection

Pour rappel, les critères de sélection des plages labellisées sont précis. Certains sont impératifs, d'autres conseillés. Le règlement précise que "tout critère impératif non respecté pendant la saison entraine le retrait du Pavillon Bleu. Le non respect de toute norme de santé publique (qualité de l'air, risque nucléaire,...) entraînera également le retrait du Pavillon Bleu sur les sites concernés et ce jusqu'à rétablissement de la situation".

Ces critères, détailés dans ce lien, prennent en compte l'environnement général, la sécurité, l'éthique, mais aussi :



• Urbanisme conforme aux différentes lois d’aménagement

• Prise en compte du handicap par la commune.

• Plages propres et entretenues, dotées d’équipements sanitaires

et d’un dispositif de sécurité adaptés à la fréquentation du site.

• Mise en place d’un plan d’urgence en cas de pollution

accidentelle.

• Énergies d’origines renouvelables à privilégier dans la

commune.



 

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