Retour sur l'écrasante victoire de Philippe Richert : ce qu'il faut retenir du second tour des régionales en ACAL

Réalisant un quasi-exploit électoral, Philippe Richert est parvenu à doubler son score du premier tour, devançant largement le Front national Florian Philippot, en dépit du maintien de la gauche.

Par Renaud Hartzer

La remontée inespérée de Philippe Richert

Avec 48,4% des voix, Philippe Richert, 62 ans, a pratiquement doublé son mauvais score du premier tour (25,83%), où il avait été devancé de plus de dix points par Florian Philippot, le bras droit de Marine Le Pen. Un résultat d'une "ampleur inattendue" a reconnu lui-même le président sortant (LR) de la région Alsace qui arborait dimanche soir une mine réjouie et soulagée, à l'inverse du visage tendu et du discours hésitant du soir du premier tour.


Alors que ses adversaires réalisent peu ou prou des scores similaires au premier tour, Philippe Richert engrange de manière spectaculaire les votes des
électeurs de gauche et des absentionnistes du 1er tour. A voir sur cette infographie :


Philippe Richert obtient son meilleur score dans sa région d'origine, en particulier dans le Bas-Rhin avec 59,1%. A Strasbourg (dont le maire PS avait appelé à "faire barrage au FN"), il réalise jusqu'à 68% des voix. La tête de liste LR a reconnu qu'il devait cette performance à de "très nombreux électeurs de gauche et écologistes", en reconnaissant que cela "nous engage et nous oblige" à leur égard. Mais c'est également à une forte participation, en hausse de 12 points par rapport au premier tour, qu'il doit sa victoire.

Analyse P.Breton (P.Richert)


La stagnation du Front national

Florian Philippot, 34 ans, n'a pour sa part guère progressé d'un tour à l'autre avec plus de 36% des voix, après avoir battu un premier record historique dans la région au premier tour (36,07%). "Nous sommes à un plus haut historique, aussi bien dans la région que dans notre pays: c'est une source d'espoir", a-t-il commenté à son QG de Metz en estimant que la France avait connu "une lame de fond patriote" et une "recomposition de son paysage politique".

Selon le politologue strasbourgeois Richard Kleinschmager, le fait que le FN ait perdu toutes les cartes entre les deux tours alors qu'il les avait "toutes en main" au premier prouve que "le vote FN est encore un vote protestataire de mécontentement".

Le FN progresse en voix (en raison de l’augmentation de la participation) mais pas en pourcentage. Dans les départements ruraux de Haute-Marne et Meuse, le FN arrive cependant toujours en tête au deuxième tour devant le candidat de la droite républicaine, recueillant plus de 40% des voix. A l'inverse, il obtient ses scores les plus faibles dans le Bas-Rhin (31,1%) et la Meurthe-et-Moselle (33,7%).

Analyse P.Breton (FN)

Masseret maintient son score


Le candidat de gauche, Jean-Pierre Masseret, 71 ans, a tenu son pari : après avoir maintenu sa liste en dépit des consignes nationales et s'être vu retirer l'investiture du PS, il conserve peu ou prou son score du second tour (16,11%) avec 15,51% des suffrages. Il a probablement su rallier une partie des abstentionnistes, mais aussi une partie des électeurs de gauche et d'extrême gauche, estime Richard Kleinschmager. Le socialiste, concourant sous l'éttiquette Divers gauche, réalise ses meilleures performances en Meurthe-et-Moselle (20,5%) et ses plus mauvaises dans le Bas-Rhin (9,6%).

En faisant barrage au FN, "les citoyens ont parlé aujourd'hui, ce ne sont pas les appareils qui ont parlé", a commenté Jean-Pierre Masseret, triomphant, depuis son QG de Maizières-lès-Metz. Contrairement à ses homologues de Paca et du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, il pourra ainsi siéger dans la nouvelle assemblée et n'aura pas sur la conscience d'avoir, comme ses détracteurs l'en accusaient, facilité une éventuelle prise du pouvoir par le FN.
Pour M. Masseret, il s'agit d'une preuve que "la stratégie d'évitement ne marche pas contre le FN". "Nous avons été des lumières dans l'obscurité du Parti socialiste", qui devra "tenir compte de cette période qu'il vient de vivre", a-t-il averti.

Et maintenant ?

Philippe Richert l’a clairement dit dimanche soir, l’engagement des électeurs et des élus de gauche « nous oblige « , en ajoutant « nous serons à la hauteur de ces attentes ». Jean-Pierre Masseret, dans un échange à distance sur France 3 Alsace Champagne-Ardenne Lorraine, lui a conseillé de « ne pas calquer le modèle alsacien » sur le fonctionnement futur de la nouvelle région.

Masseret - Richert : "L'ACAl n'est pas l'Alsace"
Dimanche 13 décembre 2015. - France 3 Lorraine

Quant au parti socialiste, on ne sait si l’heure est au règlement de comptes sanglant ou à la réconciliation forcée. La secrétaire fédérale du PS du Bas-Rhin, Anne-Pernelle Richardot, qui dans l'entre-deux-tours avait mené une fronde interne pour obtenir le retrait de la liste Masseret, a salué le choix de la "responsabilité" des électeurs de gauche, sans exclure cependant de siéger dans la nouvelle Assemblée.


Plusieurs frondeurs du PS hésitaient désormais sur la marche à suivre: "Si je suis en cohérence avec moi-même, je démissionne. Mais on va prendre un temps de réflexion avec l'ensemble des colistiers", confiait près de Metz Brigitte Vaïsse, qui faisait partie des 71 colistiers à s'être désistés en vain.  Jean-Pierre Masseret leur a ouvert les bras, tout en reconnaissant qu'ils étaient désormais face à "un cas de conscience", faisant appel à leur "morale politique individuelle". Les socialistes du Bas-Rhin devaient adopter une position commune dans la soirée.

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