VIDÉO. Haute-Marne : des prothèses grâce à une imprimante 3 D, réalisées par un réseau de bénévoles

Grâce à des particuliers bénévoles, des enfants et des adultes nés avec un membre supérieur manquant ou mal formé, peuvent être appareillés grâce à une imprimante 3D. L’association E-Nable France, un réseau solidaire, favorise ce soutien. 

Un réseau de bénévoles réalise ces prothèses de manière bénévole, au sein de l'association Enable.
Un réseau de bénévoles réalise ces prothèses de manière bénévole, au sein de l'association Enable. © Document remis / e-Nable France
Pour une première rencontre, elle est plutôt insolite ! Thierry Oquidam, fondateur de E-Nable France, et Michaël Noël, un des « maker » de l’association se rencontrent pour la première fois sur le plateau de France 3 Champagne-Ardenne à Reims, pour l'enregistrement de l'émission "Ensemble c'est mieux", ce lundi 28 janvier. Ce qui les rassemble : Alexis un petit haut-marnais de 5 ans né avec une agénésie, c'est-à-dire un membre qui ne s’est pas formé complètement avant la naissance. La famille de ce petit garçon s’est inscrite sur le site de l’association E-Nable avec un objectif : permettre à Alexis de vivre mieux avec son handicap.

E-Nable France est une association loi 1901 créée en 2015. Le mouvement, lui, est né aux Etats-Unis en 2013 et s’est imposé dans une centaine de pays aujourd’hui. « Lorsque nous avons créé l’association nous avons commencé à avoir de la demande, explique Thierry Oquidam le président de l’association France. En France aujourd’hui les personnes nées sans main ou doigts se retrouvent face à deux situations. Soit on leur propose une fausse main qui s’enfile comme un gant, sans aucune fonctionnalité. Soit ils doivent se payer une prothèse robotisée qui coute entre 40.000 et 140.000 euros et qui est très mal remboursée ».

E-Nable, elle, rassemble des bénévoles aux compétences incroyables. « Certains travaillent dans de grandes entreprises et conçoivent au quotidien des Rafales, des TGV ou des voitures, précise encore Thierry. Sur leur temps libre, ils modélisent les appareils d’assistance qui serviront aux enfants ou aux adultes qui en ont besoin. Les autres, sont ceux que l’on appelle des « maker » dont les compétences dans l’impression 3D nous permettent de fabriquer ces mains robotisées ».
 
 

Un maker ardennais au grand coeur

Michaël Noël est ouvrier métallurgiste. C’est en voyant une émission à la télévision qu’il a découvert le réseau solidaire E-Nable. « Cela m’a touché et je me suis inscrit sur le site, explique Michaël cet ardennais au grand coeur. L’imprimante 3D, à la maison, je l’utilise pour réaliser des pièces utiles pour réparer telle ou telle chose. J’ai eu envie d’essayer et de proposer mes services à l’association. J’ai réalisé une main test. Ce n’est pas évident car on ne connaît pas l’enfant. Des mesures nous sont envoyées. Il a fallu une vingtaine d’heures ensuite pour la fabrication définitive ». 

Pour le petit Alexis, tout a très bien fonctionné dès le premier essai. C’est une main aux couleurs de son super héros que Michaël lui a apporté à la veille de noël. « Toute ma famille s’est mobilisée pour que l’appareil d’Alexis arrive à temps, précise encore Michaël. Louise, ma grande fille, a réalisé une boite, y a mis des confettis et nous avons posé la main dessus. Sa petite sœur Lucie a fait un dessin et la maman a finalisé l’emballage ». Il fallait que tout soit parfait.

Michaël a décidé de s’engager auprès d’Alexis et de sa famille. « Il y a des pièces qui cassent. Et puis chez l’enfant les appareils doivent se changer tous les 12-18 mois. Les enfants grandissent vite ». Une aventure et une première expérience inoubliable pour Michaël. « Cela a été une belle leçon pour mes enfants et de belles rencontres avec des gens extra ». Le passionné de 3D va continuer aussi l’aventure auprès de l’association E-Nable mais « d’abord, je prends le temps de digérer tout cela », dit-il encore très ému.
 

Prise en charge gratuite

E-Nable France a aussi profondément changé la vie de son fondateur. « Ça m’a montré une part d’humanisme dont j’ignorai l’existence », dit-il lui aussi très ému. Aujourd’hui E-Nable c’est 8 bénévoles, 260 « makers » validés et 600 inscrits et non encore validés.  « Le travail de l’association est de valider la qualité du travail des makers et de les mettre en relation avec les personnes qui en ont besoin, explique Thierry Oquidam. Et je trouve incroyable de trouver autant de personnes de bonne volonté. Des personnes capables de donner autant de temps ».
 
Deux modèles de prothèses adaptés aux enfants.
Deux modèles de prothèses adaptés aux enfants. © e-Nable France


Fort de tous ces particuliers bénévoles, l’association peut aujourd’hui s’enorgueillir de prendre en charge immédiatement toutes les familles qui en font la demande. « Nous sommes très heureux car aujourd’hui nous n’avons plus aucun délai de prise en charge, reprend Thierry Oquidam. Tout juste un mois le temps de la mise en relation, de la prise en charge et de la fabrication ».
Chaque année en France plus de 300 enfants naissent avec une agénésie et leur permettre de grandir mieux est un objectif fort de l’association E-Nable.

« Aujourd’hui finalement ce qui coûte le plus cher c’est le temps que nous offre nos bénévoles », précise encore Thierry Oquidam en souriant. Un appareil d’assistance représente 50 euros de prix de revient et la prise en charge incombe à l’association et aux makers. « Nous souhaitons garder cette gratuité totale pour les personnes à qui on vient en aide ».
 
 

Un débroussaillage pour le corps médical

Thierry Oquidam fait attention au vocabulaire qu’il emploie.  « Ce que nous mettons en place grâce aux imprimantes 3D n’est pas une prothèse. Nous sommes en train d’apporter une nouvelle catégorie d’appareils au corps médical dont ils avaient franchement besoin, explique le président de l’association. Nous sommes en train de débroussailler le terrain. Nous faisons ce que ferons les prothésistes dans quelques temps ».

Des professionnels médicaux qui travaillent déjà avec E-Nable. « Nous sommes partenaires avec le CHU de Brest pour concevoir, pour un enfant de 12 ans, un bras gauche. Nous allons fabriquer le membre en 3D et la main également avec un peu de robotique dedans ». Ce projet est en cours et prendra un peu plus de temps.

Grâce aux compétences de toutes ces petites mains et au soutien de cette technologie en 3D, des enfants, des adultes, des familles voient leur avenir s’ouvrir à d’autres horizons, à une vie presque comme tout le monde… E-Nable est ce réseau de solidarité qui permet à toutes ces vies de changer.
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