1940, la bataille de France au jour le jour : 25 mai, Boulogne tombe, Calais est écrasée sous les bombes

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Écrit par Gonzague Vandamme
Vue du haut du boulevard Mariette et le dernier sou à Boulogne-sur-mer après la bataille de mai 1940. Les maisons sont détruites. Au premier plan, on peut voir de nombreuses carcasses de voitures.
Vue du haut du boulevard Mariette et le dernier sou à Boulogne-sur-mer après la bataille de mai 1940. Les maisons sont détruites. Au premier plan, on peut voir de nombreuses carcasses de voitures. © Archives municipales de Boulogne-sur-Mer - 29Fi272

EPISODE 17 - C'était il y a 80 ans. Les Allemands prenaient Boulogne-sur-mer tandis que Calais, intensément bombardée, s'apprêtait à connaître le même sort. Dans le Nord, malgré les positions tenues le long de l'Escaut, l'Etat-major français se résignait, à son tour, à un repli vers Dunkerque.

A Boulogne-sur-mer, dès l’aube, les Allemands attaquent la Haute-ville qui résiste encore.
 


Un canon est mis en place face aux murs pour percer la muraille. Les remparts ne s’effondrent pas. Les soldats se lancent donc à l’assaut avec des échelles et attaquent au lance-flamme. A 8h30, la garnison française se rend. Le général français Pierre Lanquetot est amené devant Guderian en personne qui le félicite pour la défense de la ville.
 


A 13h, à court de munitions, les derniers défenseurs britanniques et français cessent le combat. En trois jours, 400 soldats sont morts.
 


A Calais, les Allemands avancent dans la ville. Mais devant la résistance des soldats alliés, les attaquants se retirent de leurs positions pour laisser l’aviation bombarder les points de résistance comme la citadelle ou la gare maritime.
 


3000 Britanniques arrivés spécialement d’Angleterre et 1000 Français se battent. Ils ont enfermé dans les caves des maisons des centaines soldats en fuite, des Belges, Français et Néerlandais qui refusaient de se battre et encombraient le port et les rues à la recherche d’un moyen d’embarquer vers l’Angleterre.
 


Ce 25 mai, toute la journée, l’artillerie et l’aviation allemandes vont pilonner Calais pour préparer l’assaut du lendemain.
 

 

Le front de l'Escaut résiste


Autour de Valenciennes les combats font toujours rage. Sur l’Escaut, les Allemands ont obtenu des renforts. Ils concentrent leurs attaques sur un front d’à peine 1 kilomètre à Bruille-Saint-Amand, mais les soldats du 43e régiment d’infanterie de Lille tiennent toujours.
 


A Bouchain, la VIIIe armée allemande veut passer le fleuve. Elle est bloquée là depuis quatre jours. Toute la journée les attaques échouent, les pertes sont élevées des deux côtés. Certaines unités allemandes ont perdu près de la moitié de leurs hommes et doivent être relevées.
 


Les Stukas interviennent alors massivement pour réduire les défenses. Dans cette petite ville, les Français sont solidement retranchés.  Il s’agit de tirailleurs marocains et de réservistes du 45e régiment d’infanterie, des soldats originaires de l’Oise, de l’Aisne, du Nord et de Paris. Ce samedi 25 mai, ils reçoivent leurs ordres : "La consigne est la même qu’hier : TENIR !". Signé le lieutenant-colonel Desroche.
 


Cet officier se démène pour tenir ce bout de front sur l’Escaut, montant parfois personnellement en première ligne faire le coup de feu pour colmater une brèche dans le dispositif. . Ce 25 mai, une nouvelle fois, il monte au front.

Dans l’urgence il rassemble des membres de son Etat-major pour aider ses hommes à repousser un assaut allemand entre Mastaing et Roeulx. Une balle lui fracasse la main mais il reste à son poste jusqu’à ce que le danger soit écarté. En une seule journée, les Français vont tirer 10 200 cartouches.

 

 

Sur la Somme, l’armée française consolide ses positions


Weygand,  commandant en chef de l'armée française, veut former une ligne de front le long de la Somme et de l’Aisne pour résister aux Allemands lorsque ceux-ci en auront fini avec les forces alliées coincées dans le Nord et le Pas-de-Calais.
 


Entre Péronne et Ham, les Français veulent reprendre 4 ponts sur la Somme, qui sont tombés entre les mains des Allemands quelques jours avant. Pour une fois, en ce mois de mai 1940, l’armée française va innover.
 


Les attaques sont menées par des chars accompagnés d’une infanterie nombreuse, et de nuit. Une première. A la lumière de la lune, le succès est complet. Grâce à cette technique, le colonel Perré a limité les pertes et repris ou détruit les ponts.

Le dernier, celui de Saint-Christ-Briost, est pris vers 3 heures du matin au prix de "seulement" 3 tués, 12 blessés et aucun char détruit, comme le rapporte l'historien Dominique Lormier. Malgré leur succès, ces attaques de nuit seront qualifiées de "déraisonnables" et "sans avenir" par des membres de l’Etat-major...

Vers Amiens, les Français lancent des attaques classiques, de jour, avec infanterie et peu de chars, les pertes seront beaucoup plus lourdes.

Les blindés allemands toujours à l’arrêt


Hitler maintient son ordre d’arrêt des divisions Panzer malgré les plaintes de ses généraux. Dépité, le général allemand Kleist appelle l’Etat-major : "Si j’en avais eu le droit  aujourd’hui, les chars se trouveraient sur les hauteurs de Cassel".
 


Même les plus fidèles à Hitler ne comprennent pas. Désobéissant, la division SS Leibstandarte franchit l’Aa à Watten. A 20h30, les SS sont sur les hauteurs de la "montagne" de Watten. 
 


Des tirs de soldats cachés dans les maisons les accueillent. Pour se venger de ces tirs isolés, 11 soldats français capturés sont emmenés par les SS. Au mépris des conventions qui protègent les prisonniers de guerre, ils seront fusillés le lendemain à Houlle.

Un peu plus au nord entre Gravelines et Bourbourg, les Allemands tentent de franchir également l’Aa pour préparer l’assaut contre Dunkerque. Les Français contre-attaquent et les repoussent.
 


Autour de Saint-Venant, le régiment SS Germania bute depuis deux jours sur des troupes britanniques et françaises retranchées le long du canal d’Aire.
 


La veille, les SS ont réussi à prendre la ville et à avancer vers Haverskerque, mais dans la soirée le 1er bataillon du Royal Welsh Fusiliers les repousse et reprend une partie de la ville. 
 


Ce samedi 25 mai à Audruicq, est inhumé Paul Nizan. Il était écrivain, journaliste et avait reçu le prix Interallié pour son roman La Conspiration.

Communiste, il n’avait pas accepté la signature en août 1939 du pacte germano-soviétique, traité de non-agression entre le IIIe Reich et l'URSS.
 


En mai 1940, Paul Nizan avait 35 ans et était soldat, chargé des liaisons entre l’armée française et un régiment britannique. Le 23 mai, il a été tué par un sniper allemand alors qu’il observait le front depuis un balcon du château de Cocove à Recques-sur-Hem.
 


A cause des combats, les morts ne peuvent être enterrés sur place. C’est un ancien de 14/18 qui a emporté son corps, ainsi que ceux de 3 autres soldats anglais tués ce jour-là, jusqu’à Audruicq, où s’est replié le régiment britannique (la dépouille de Paul Nizan a été transférée depuis à la nécropole nationale de la Targette, à Neuville-Saint-Vaast, près d'Arras).

Vers un armistice...


Ce même jour, Hitler écrit au dictateur fasciste italien Mussolini pour lui expliquer comment il s’apprête à détruire 72 divisions alliées prises au piège autour de Dunkerque.
 

La guerre est gagnée, il ne reste qu’à la terminer.

Alfred Jodl, général allemand.


Hitler se vante, il ne reste que 60 divisions dont beaucoup sont déjà décimées par 15 jours de combats. Les Allemands sont confiants désormais, le général Jodl, un des plus proches aides de camp d’Hitler, déclare : "La guerre est gagnée, il ne reste qu’à la terminer".
 


Après les Britanniques, c’est au tour du général Weygand de se résigner à replier les forces françaises vers Dunkerque. Il confie cette mission au général Blanchard qui ordonne aussitôt à l’armée de reculer jusqu’à la Lys au nord de Lille. "La 1ère armée française, l’armée anglaise et l’armée belge se regrouperont progressivement derrière la ligne d’eau marquée par le canal de l’Aa, la Lys et le canal de dérivation de façon à former une tête de pont couvrant largement Dunkerque. Cette tête de pont sera défendue sans esprit de recul".

Pour certains soldats français, épuisés par les combats sur l’Escaut, cela représente une marche de plus de 60 kilomètres.
 


Au même moment, le colonel de Gaulle est promu général à titre temporaire. C’est aussi ce 25 mai que pour la première fois en conseil de guerre à l’Elysée, la possibilité d’un armistice est évoquée...


► La suite de notre série demain avec la journée du 26 mai 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 

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