Calais : des victimes du Mediator sont parties à Nanterre, pour assister au procès, face à Jacques Servier

Des victimes calaisiennes du Mediator à Nanterre aujourd'hui. / © France 3
Des victimes calaisiennes du Mediator à Nanterre aujourd'hui. / © France 3

Nous avons rencontré un groupe de victimes nordistes ce matin. Ils nous ont dit leur détermination, pour obtenir la vérité sur ce médicament qui pourrait causer plus d'un millier de morts à long terme.

Par Mickaël Guiho, avec AFP

Le premier procès pénal du Mediator, médicament accusé d'avoir déjà causé des centaines de morts en France, a repris mardi à Nanterre, après un an d'interruption. Nous étions avec une partie des victimes, à Calais ce matin, avant leur départ pour la région parisienne.

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De Calais, les victimes du Mediator partent au procès
Reportage de Caroline Arnold et Fabien Garreau.



La confrontation


Le procès a repris, en présence du patron du groupe pharmaceutique Jacques Servier. En costume sombre, les bras croisés, Jacques Servier, 91 ans, a pris place sur le banc des prévenus, sans déclaration à la presse.

Face à lui, la majorité des victimes présumées se sont fait représenter par leurs conseils. "Nous n'attendons pas grand chose du procès qui sera très certainement reporté", a déclaré à l'AFP  Solange, une des rares parties civiles présentes. "M. Servier et ses amis s'en fichent. Ce sont des gens méprisants", a ajouté cette femme qui souffre d'une valvulopathie (défaillance des valves cardiaques) après avoir consommé pendant onze ans du Mediator.

Quelque 700 parties civiles demandent réparation à M. Servier, et aux laboratoires éponymes, devant le tribunal correctionnel pour "tromperie  aggravée" sans attendre l'instruction menée au pôle santé du parquet de Paris notamment sur les mêmes faits.

Possibilité de renvoi


La tenue du procès de Nanterre, prévu pour durer jusqu'au 14 juin, reste incertaine. "Être jugé à Nanterre alors qu'une instruction est en cours à Paris serait gravissime
pour le fonctionnement de la justice", a déclaré à l'AFP Me Hervé Temime, avocat de M. Servier. Certains conseils de victimes présumées préfèreraient aussi que le procès soit renvoyé dans l'attente de la fin de l'instruction parisienne. Les investigations menées par Paris pour "tromperie et escroquerie" pourraient s'achever à l'été 2013, selon le parquet de Paris.

Le procès de Nanterre, qui a débuté le  14 mai 2012, a déjà été renvoyé. Le tribunal avait accepté de transmettre à la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), soulevée par la défense. M. Servier contestait qu'il puisse être jugé à Nanterre alors qu'il est parallèlement mis en examen pour des faits similaires à Paris. La haute juridiction a toutefois refusé de transmettre cette QPC au Conseil constitutionnel.

La défense de Servier va engager dès la reprise de l'audience une nouvelle bataille procédurale, susceptible d'entraîner un nouveau renvoi du procès.

Rappel des éléments d'accusation


Jacques Servier est jugé avec Alain Le Ridant, pharmacien en chef du groupe ainsi que trois responsables de Biopharma, l'une des filiales des laboratoires. Ils encourent quatre ans de prison et une amende de 75.000 euros; Servier et Biopharma, en tant que personnes morales, une amende de 375.000 euros ainsi qu'une interdiction d'exercer.

Selon un rapport d'experts judiciaires rendu public en avril, le Mediator, commercialisé de 1976 à 2009 en France, pourrait à long terme causer 1.300 à 1.800 morts uniquement par valvulopathie.

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