Procès Tapella : l'audience minute par minute en direct (4ème jour)

Publié le Mis à jour le
Écrit par Emmanuel Pall avec AFP

Suivez en direct les temps forts du procès de Jimmy Van Mullem, accusé d'avoir percuté volontairement, avec sa voiture, le gendarme Jeannick Tapella, sous l'emprise de la drogue, lors d'un contrôle routier près d'Arras, en juillet 2010.

Pour suivre ce direct, n'hésitez pas à rafraîchir régulièrement votre page en tapant la touche F5 de votre clavier. Vous pouvez également relire le compte-rendu des 3 premières journées sur cette page. 

17h30 Fin de ce direct

Reprise de l'audience demain vendredi 9h avec le réquisitoire et en fin de journée le verdict.

17h00 Plaidoirie de Me Marjorie Thuilliez

"L'attitude de M. Van Mullem est détestable", a observé de son côté Me Marjorie Thuilliez, avocate de Julien Pauchet, le deuxième gendarme présent sur les lieux ce jour-là et qui a évité de justesse le véhicule. L'avocate regrette de nombreux changements dans le témoignage de l'accusé, une "mémoire sélective" ou encore sa façon de "jeter l'opprobre sur les gendarmes" avec une histoire de "collusion frauduleuse" censée le mettre à bas.

16h30 Plaidoirie des parties civiles


La présidente explique les questions auxquelles les avocats de la partie civile et de M. Pauchet devront répondre. Notamment si Jimmy Van Mullem est coupable d’avoir donné la mort volontairement. Et s’il a tenté de donner volontairement la mort à l’encontre de Julien Pauchet.

Me Alice Cohen-Saban

« Je ne vous cache pas que je me suis demandée en entendant Mme Tapella  et son fils Thomas : A quoi je vais servir ? Qu’est-ce que je vais pouvoir faire de plus ?...  Ils sont leur meilleur avocat, leur meilleur porte-parole...

:

ils ont été honnêtes, sincères trop parfois, je pense à Thomas qui évoque ce désir de vengeance et envisage un instant d’abréger les souffrances de son père… »

« Je pense que vous avez tous compati à cette douleur. Evidemment, il y en a un que cela n’a pas touché… Le sourire de Grégory D.  en sortant de cette salle d’audience, j’ai moyennement apprécié… »

Et l’avocate de revenir sur ce matin du 19 juillet 2010, et de rappeler les faits  : « Je repense à cette infirmière qui conduisait et qui a eu peur lorsque Jimmy Van Mullem a fait une queue de poisson en se rabattant… »

144 km/h, enregistre l’adjudant Tapella au contrôle de vitesse d’une voiture. La voiture, elle lui fonce dessus. Moi j’ai tendance à le croire (…) C’est parce que je le vois par la reconstitution des experts… Il y a une seule chose que Jeannick Tapella n’avait pas anticipée, c’est ce coup de volant sur la droite, un écart qui a duré une seconde, deux secondes…

(…)

Les dernières heures ont été terribles, l’adjudant Tapella a perdu plus de 30 kg. Vous leur avez enlevé un père, un mari (...) Vous les avez meurtris mais aussi salis en sous-entendant que l’adjudant Tapella n’avait pas choisi un endroit sécurisé pour effectuer son contrôle de vitesse…

Assumer c’est pas grand-chose c’est expliquer et même expliquer l’inexplicable. C’est tout sauf se retrancher derrière la saleté d’un pare-brise (…) se retrancher derrière la drogue, derrière l’état de la voiture. Pas assumer, c’est dire que vous étiez dans l’impossibilité de vous arrêter alors que les experts affirment haut et fort le contraire…

C’est pas le mauvais endroit, le mauvais moment, c’était le mauvais endroit, le mauvais moment et la mauvaise personne !



15h30 Poignant témoignage de Thomas Tapella


"Je parle en mon nom et celui de mon frère, au vu de ce qui s'est passé, il n'est pas en mesure de s'exprimer. Malheureusement Jimmy Van Mullem en a décidé autrement et a pris la décision de le tuer (...) Quatre mois de calvaire, et le mot est faible. Il était méconnaissable. Il ne pouvais plus parler, plus manger, il respirait avec bien des difficultés. Il s'étouffait. On a essayé de communiquer avec lui mais on savait qu'il y avait des lésions cérébrales conséquentes."

Au bout de quelques semaines je suis allé le voir, la seule fois où ma mère n'est pas venue. Je suis allée avec ma femme. C'est la seule fois où on a cru voir un début de dialogue. Il avait des hochements de tête cohérents. Malheureusement, le sort s'acharne, on reçoit un coup de fil comme quoi il a refait une infection pulmonaire. On apprend par la suite qu'il a fait un arrêt cardiaque, et ça crée des souffrances cérébrales supplémentaires.

Il y avait vraiment une contradiction entre ce que le personnel nous annonçait et l'espoir de ma mère, que je voyais dans ses yeux.

Même si je n'avais aucune croyance particulière, je le suppliais de mourir.

Tous les jours j'avais envie de prendre ce qui fallait pour lui injecter*. Mais je ne l'ai pas fait, heureusement.








* Thomas est infirmier.

J'ai eu l'appel à cinq heures du matin. Quelque part c'était un sacré soulagement. Nous on est condamné à perpétuité, notre père est décédé alors qu'il avait une joie de vivre incroyable. Il aurait jamais dû mourir, il n'avait aucun problème de santé.

Ma mère, que j'ai vu effondrée, déconnectée de la réalité pendant plusieurs semaines, il a fallu un travail incroyable, je ne sais pas comment elle a fait (...) je lui ai déjà dit plusieurs fois mais c'est la personne dont je suis le plus fier. Ensuite je pense à mon frère qui refoule assez ses sentiments, (...) et je le vois souffrir tous les jours depuis trois ans, je ressens la colère qui bouillonne en lui, qu'il essaie d'exprimer mais il n'y arrive pas. (...) malgré tout il arrive quand même à avancer dans la vie.


Regardez, la peine que vous avez fait à tout le monde


J'ai dû prendre sur moi pour en discuter avec tout le monde l'annoncer à tout le monde, consoler les autres. La tristesse ce mot est faible j'arriverais même pas à la décrire. J'ai même l'impression que ça grandit avec les années.

Depuis 3 ans, j'ai le sentiment d'être condamné à être enragé, pas seulement contre M. Van Mullem, mais contre ce genre d'individu, une rage telle. Une envie de vengeance.


J'ai un regret. Je n'ai pas pensé forcément à dire à mon père à quel point je l'aimais et à quel point j'étais fier de lui. Et ça je pourrais jamais lui dire parce que cette personne en a décidé autrement, tout simplement parce qu'elle était énervée.

14h40 Témoignage de Sylvie Tapella


Si j'ai décidé de témoigner aujourd'hui, c'est pour que tout le monde entende ce que nous avons vécu, notamment vous M. Van Mullem. Quand vous avez décidé de percuter mon mari, ce n'est pas seulement un gendarme que vous avez renversé, c'est un homme, un mari, un père...
 










"Le 19 juillet chez moi, un colonel que je ne connaissais pas est venu , il m'a demandé de m'asseoir. Je ne voulais pas. Alors il a dit "C'est Jeannick il est dans le coma". Sur le coup je n'avais pas compris qu'ils n'étaient pas en voiture et je croyais à un accident de voiture. J'ai demandé s'il y avait d'autres blessés."


A l'hôpital : "Quand j'ai vu l'état de mon mari qui était parti le matin... Je me suis dit : mais qu'est ce qu'ils-t-on fait ? On est rentrés à la maison, je me suis dit c'est un cauchemar. Les visites : on nous a laissés rentrer, il était en position demi-assise, des bandages plein la tête, à la limite du reconnaissable. Coma, le pronostic vital était engagé pour dix jours au moins. C'est grave mais il va se remettre, on se dit." 

Le médecin m'a dit ce que je suis sûr c'est qu'il sera jamais comme avant. Là j'ai pris conscience que mon Jeannick était resté là-bas sur la route à Thélus. 

"Malgré tout on s'accroche, ça c'étaient les premières 24h, ça a duré 17 semaines, 119 jours. Il est sorti du coma mais son état s'est dégradé à nouveau." 

"Les yeux vides, tous les jours, je disais vas-y tiens le coup on va s'en sortir mais aussi :  comment va-t-il faire pour faire une rééducation ? Le 10 novembre, on nous a annoncé que c'était la fin. Même là je n'y ai pas cru je me suis dit il va encore tenir. Il est décédé le 12 novembre.

 

"Cinq mois, après mon père est décédé, j'ai pas pu aller le voir, j'étais traumatisée. La seule chose que je me suis dite c'est papa quand tu verras Jeannick tu lui diras combien je l'aime... J'ai pas pu aller voir mon père pour lui dire ça..."

"C'est à cause de vous M. Van Mullem !"

"Thomas s'est marié il y a trois semaines, et le jour de son mariage il a voulu parler de son père, du manque, Je vois mes enfants souffrir, je ne peux rien faire. Pour moi en tant que femme c'est les nuits car je rêve de mon mari et j'ai l'impression qu'il est à mes côtés. Et après je mets ma main et là je me rends compte du vide. Là, c'est pire que tout."

"J'ai tenu grâce à mes fils, à ma belle fille Elodie, nos amis qui sont là dans la salle aujourd'hui. C'est grâce à tout ce monde qu'on se dit on va continuer à vivre...
 

14h25 Qui était Jeannick Tapella ?


Enquêtrice à la barre sur le parcours de vie de M. Jeannick Tapella, décédé à 49 ans en 2010 (né en 1961) à partir du témoignage d'amis et de la famille.

Originaire de Vendin-le-Vieil, où il passe une scolarité classique (collège), lycée à Lens, puis veut devenir moniteur d'auto-école. Cinq ans dans le corps des sapeurs-pompiers de Vendin-le-Vieil. Puis renouvelle ce contrat. Service militaire puis intègre l'auto-école de son frère. 1984 : engage une relation amoureuse avec sa future femme Sylvie Pauwels, avec qui il se marie en 1985. Le 29 juillet 1987, leur fils Thomas naît.

Jeannick Tapella intègre la gendarmerie nationale en juillet 1989. A Marcoing. Le couple habite à Vendin-le-Vieil. Matthieu naît en 1991.

Septembre 2005 : adjudant à la brigade de Vimy. Il ne souhaite pas le grade supérieur car souhaite rester avec cet équilibre familial, à Vimy, près de Vendin-le-Vieil et craint une mutation.

Matthieu Tapella est en pleurs. A l'écoute du témoignage de l'enquêtrice, les souvenirs remontent. Témoignage rapporté d'un collègue : 

"Collègue nerveux mais toujours professionnel. Ce n'était pas quelqu'un qui fonçait sans réfléchir. C'était quelqu'un d'apprécié"





 

 

Spécialiste de la prévention routière, il était apprécié de ses collègues.

Les proches, les amis font tous part du manque de la perte de Jeannick Tapella.
Sylvie, son épouse :  

"On devait fêter nos 50 ans de mariage à Agadir... Il faut maintenant vivre avec les images de la période d'hospitalisation. J'espère qu'il ne s'est pas rendu compte de son état",






Midi, projection des photos de la reconstitution

La présidente précise que la reconstitution, qui a eu lieu le 23 juin 2011, a pour but de montrer comment les faits se sont déroulés selon les différentes parties. Les photos projetées aux jurés sont légendées donc en fonction des déclarations des uns et des autres, en fonction des positionnements des uns et des autres, le jour des faits. 

(...)

"M. Pauchet, (revenu à la barre) quand vous entendez M. Van Mullem dire que votre parole fait partie d'une sorte de "complot pour préserver la famille gendarmerie", comment réagissez vous ?"
Soupir de Julien Pauchet, à la barre qui visiblement s'étonne de tels propos... 

(...)

- "Si M. Pauchet n'avait pas relevé votre numéro d'immatriculation. Qu'auriez-vous fait ?" demande la présidente à Jimmy Van Mullem
- "J'aurais de toute façon discuté de cela avec ma mère qui m'aurait emmené à la gendarmerie"

Me Kouamé Koffi :
- "M. Pauchet, vous avez varié dans vos auditions sur la distance qui vous séparait de M. Tapella..."
- "Les auditions se succèdent avec parfois de larges intervalles de temps... Ma mémoire n'est pas infaillible"


11h15 Le psychologue qui a entendu J. Pauchet, à la barre

Examen psychologique de Julien Pauchet, rencontré en juillet 2011 à l'âge de 23 ans. "M. Pauchet évoque dans un premier temps les faits de manière très sobre. J'ai noté que M. Pauchet avait vécu plusieurs épisodes douloureux : les faits, les visites à l'hôpital, le décès de M. Tapella... Il a poursuivi son service en puisant dans ses forces."

"J'ai noté des troubles du sommeil essentiellement avec cauchemars, difficultés à l'endormissement, réveils en sursaut dans la nuit. Notamment après les faits et après la reconstitution"

Conclusions : pas de pathologie mais perte de confiance par rapport à ses semblables. Personnalité et affects très contrôlés. Intelligence normale. Sa parole n'a pas lieu d'être remise en cause, il s'exprime selon des impératifs de conscience professionnelle. Forme de dichotomie entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle. 

L'avocat général puis Me Thuilliez font réagir l'expert psychologue sur le professionnalisme de M. Pauchet, malgré la souffrance endurée, laquelle a été très forte : "Il a été jusqu'où il pouvait (...) Cette économie émotionnelle montre un choc très important", dit  le psychologue.

Me Marjorie Thuilliez, interroge maintenant J. Van Mullem, et lui demande d'expliquer pourquoi Julien Pauchet - qui n'a jamais montré de haine, voire, n'a jamais parlé à l'expert psychologue du conducteur - l'aurait-il "chargé" ? (2)
- "Peut-être par rapport à la mort de son collègue ?" répond Jimmy Van Mullem





10h10 Une ex-petite amie de Jimmy Van Mullem


La témoin explique que Jimmy Van Mullem a voulu rompre avec elle, pour la protéger. Sans qu'elle sache de quoi. Elle confie savoir qu'il se droguait mais pas qu'il revendait. 

"Il roulait normalement quand j'étais dans sa voiture avec mon fils. (...) Je ne pensais pas qu'un jour il se serait retrouvé ici".


9h55 "Je ne pense toujours pas qu'il ait voulu tuer", une amie

"Il pensait un peu qu'il était au-dessus de tout mais je ne crois pas qu'il ait voulu volontairement tuer (...) Je le connais depuis quatre ou cinq ans comme quelqu'un d'aimable, d'adorable (...) Il m'a dit de regarder TF1 je crois, sur le coup je ne l'ai pas cru après je me suis posé la question et j'ai eu besoin de temps"


"Personne assez à part, difficile à cerner mais c'est une personne courtoise", dit la témoin à propos de Jimmy Van Mullem

- "Et les courses poursuites ?", coupe Me Cohen-Saban
- "Oui, il se croit au-dessus de tout le monde, il se moquait qu'il y ait des gendarmes qui verbalisent, mais je n'arrive pas à croire que c'est volontaire"

Me Marjorie Thuilliez, avocate de Julien Pauchet, remarque : 
- ""Qu'est-ce t'as fait comme connerie ?", vous lui avez demandé et la question d'après c'est : "t'as tué personne, au moins ?" Pourquoi pensez-vous à la mort d'une personne juste après ?"


9h45 : "17km en une heure, ça paraît difficile non ?"
 

Me Alice Cohen-Saban explique qu'en marchant ou en courant les 17 km ont été difficiles à faire pour les trois accusés qui revenaient de Combles (où ils avaient déposé la 405) à Vélu.

- "Il arrivera plus rien maintenant... Mais quand vous dîtes pas tout on a l'impression qu'il y a quelque chose derrière", s'adresse Me Cohen-Saban à Grégory D. (lire compte-rendu de la deuxième journée en bas de page)

- "Vous restez sur vos positions ?" demande la présidente à Grégory D. 
- Oui" répond Grégory D.



9h25 Reprise d'audience


Appel des témoins. Trois vont témoigner ce matin. Un quatrième manque à l'appel, c'est une femme, elle a fournit un certificat médical pour expliquer son absence. Il semble que cela soit un témoin important pour la partie civile qui demande à ce qu'on puisse lire sa déposition dans la journée.

Un témoin connaissant les accusés, qui se présente comme un "ami" et un "fana de voiture" qui s'est déjà fait verbalisé sur les lieux du drame à la même vitesse est à la barre.

- "Vous vous souvenez de ce que vous avez dit de MM. Van Mullem Daniel L. et Grégory D. ?" demande la présidente

- "Oui, qu'ils consommaient beaucoup de speeds", répond le témoin. 

- "Avez-vous vu M. Van Mullem le soir des faits ?"
- "Non"


La présidente : 

- "Sur MSN vous parliez avec Jimmy Van Mullem de Jeannick Tapella en ces termes : "c'est bien fait pour ça gueule il est mort !" alors que peut-être M. Tapella vous a sauvé la vie en vous retirant le permis" (1)








 

 

Notes
(1) Jeannick Tapella avait retiré le permis au témoin. 
(2) J. Van Mullem est poursuivi également pour tentative d'homicide sur Julien Pauchet
(3) Rappel : Jimmy Van Mullem est bègue et s'exprime par écrit lors de ce procès