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La mémoire du Nord Pas-de-Calais : le champ de bataille d'Azincourt de 1415

Ces champs labourés d'Azincourt ont été le théâtre d'une des plus féroces bataille du Moyen-Âge en 1415. / © Yann Fossurier / DR
Ces champs labourés d'Azincourt ont été le théâtre d'une des plus féroces bataille du Moyen-Âge en 1415. / © Yann Fossurier / DR

Le village d'Azincourt, dans le Pas-de-Calais, a été le théâtre en 1415 d'une terrible bataille entre la France et l'Angleterre. 6000 combattants français périrent sous les flèches et les lances des soldats anglais dirigés par le roi Henry V. Un épisode crucial de la Guerre de Cent Ans.

Par Yann Fossurier

598 ans après la célèbre bataille d'Azincourt, les lieux n'ont presque pas changé autour de ce petit village du Ternois, dans le sud du Pas-de-Calais. Le dénivelé, les bois, les champs labourés... tout ressemble encore à la description faîte par les chroniqueurs médiévaux de ce terrible combat que livrèrent Français et Anglais au matin du 25 octobre 1415. Une bataille frontale, violente, meurtrière, disputée dans la boue qui vit l'écrasante victoire des archers et des fantassins anglais sur les chevaliers français, malgré une nette infériorité numérique (10 000 combattants côté anglais contre 18 000 côté français). Le tout en moins d'une heure.

Dans le village d'Azincourt, un Centre Historique Médiéval retrace ce légendaire événement à travers des maquettes, des plans, des épées, des armures et bien d'autres objets de l'époque, dont quelques vestiges authentiques retrouvés sur le champ de bataille dans les années 1930, notamment un éperon, un étrier et un boulet de canon. Il accueille chaque année plus de 30 000 visiteurs. Des touristes britanniques principalement.

Azincourt 1415
Reportage de Yann Fossurier et Sébastien Gurak (avec extraits du film "Henry V" de Laurence Olivier / DVD Elephant Films)


Pourquoi cette bataille ?


La bataille d'Azincourt est un épisode crucial de la Guerre de Cent Ans, un long conflit territorial, économique et dynastique opposant souverains français et anglais. Depuis Edouard III, petit-fils du Capétien Philippe Le Bel, les monarques anglais revendiquent aussi la couronne de France. Sur leur blason, la fleur de lys sur fond azur - symbole royal français - côtoie les lions dorés sur fond rouge - symbole royal anglais.  En 1415, l'Angleterre possède également des territoires en France -  Calais et la Guyenne (Bordeaux et une partie de l'actuelle Aquitaine) - et cherche à reconquérir ses anciennes terres normandes et angevines, berceau de la dynastie régnante des Plantagenêt.

Le roi Henry V, qui dirige en personne les troupes anglaises à Azincourt, est l'arrière petit-fils d'Edouard III, et en cette année 1415, il compte bien profiter de la faiblesse du roi de France, Charles VI, diminué par la maladie (il souffre de crises d'épilepsie à répétition) et le conflit sanglant que se livrent au sein même de son royaume deux factions rivales : les Armagnacs et les Bourguignons.

Henry V a débarqué au mois d'août à Harfleur, en Normandie, avec environ 10 000 hommes. Il a conquis la ville après un mois et demi de siège, mais l'automne approchant, il renonce à marcher sur Paris et décide de remonter vers le Nord et Calais pour rentrer en Angleterre. Son armée doit alors faire face à 18 000 Français qui lui barrent la route à Azincourt, prêts à en découdre.   
        

Pourquoi une telle déroute ?


A priori, les troupes françaises avaient tout pour infliger une raclée mémorable aux soldats anglais, moins nombreux et diminués par la fatigue et la dysenterie. Mais le triomphe annoncé va se transformer en débâcle humiliante et meurtrière. Les Français chargent les premiers, à pied et à cheval, et font d'abord reculer les Anglais avant d'être transpercés de flèches par les habiles archers postés par Henry V. Les combattants s'enlisent dans les terres boueuses d'Azincourt, et les chevaliers français, handicapés par leurs lourdes armures, deviennent des proies faciles pour leurs adversaires.

L'armée française a manqué à Azincourt d'un véritable commandement. Le plan de bataille établi par le maréchal de France, Boucicaut, n'avait pas tenu compte de la nature boueuse du terrain. En l'absence du roi Charles VI et du Dauphin Louis tenus à l'écart, Boucicaut et le connétable Charles d'Albret voient leur autorité militaire contestée par les nombreux princes de sang venus combattre l'ennemi anglais. L'assaut est totalement désordonnée, là où les troupes anglaises font preuve d'une discipline et d'une détermination totales. "Etant donné leur nombre, pour les Anglais, c'était vaincre ou mourir", rappelle Christophe Gilliot, , le directeur du Centre Historique Médiéval d'Azincourt. 

Les hommes d'Henry V ne feront pas de quartier : les prisonniers non "rançonnables" (la rançon est une pratique courante au Moyen-Âge après une bataille) sont froidement exécutés. De nombreux ossements déterrés au XIXe siècle lors de fouilles archéologiques ont été inhumés depuis derrière l'église d'Azincourt, entre deux haies plantées dans le cimetière.  

Quelles conséquences pour la France ?


A Azincourt, la France perd une grande partie de ses forces combattantes et de sa chevalerie. La noblesse française est décimée. "Il y a même des familles du Pas-de-Calais qui vont carrément disparaître", explique Christophe Gilliot. "Le triste record est détenu par la famille d'Auxy. Le seigneur d'Auxy a vu mourir ses huit fils sur le champ de bataille. Les grandes chroniques de France nous disent que partout les femmes et les demoiselles étaient vêtues de noir". Le connétable d'Albret et plusieurs seigneurs de haut rang ont été tués sur le champ de bataille : Jean Ier d'Alençon, Edouard III de Bar, Philippe de Bourgogne, Robert de Marle... Le duc Charles d'Orléans et Boucicaut sont faits prisonniers. Le premier restera 25 ans en Angleterre, le second mourra en captivité en 1421.

Après la défaite d'Azincourt, la France est devenue extrêmement vulnérable face à l'Angleterre et manque même de perdre sa souveraineté. Fort de son succès, Henry V reconquiert les années suivantes la Normandie. Soutenu par les Bourguignons, il épouse Catherine de Valois, la fille du roi Charles VI, qui le reconnaît comme son successeur sur le trône de France, lors du traité de Troyes de 1420. Mais le vainqueur d'Azincourt meurt de dysenterie deux ans plus tard et ne sera jamais couronné roi de France. La suite, on la connaît : c'est Charles VII, fils de Charles VI, et l'épopée de Jeanne d'Arc, qui redonneront l'avantage aux Français sur l'Angleterre, affaiblie à son tour par des luttes intestines. Les leçons d'Azincourt seront finalement tirées par l'armée française qui décidera de délaisser les grandes charges de cavaliers et de fantassins pour miser sur l'artillerie. Un choix décisif qui permettra de remporter la Guerre de Cent Ans et de "bouter l'Anglais hors de France" vers la fin du 15e siècle.

Pour les Anglais, Azincourt fait figure d'aventure mythique, voire mystique, magnifiée en 1599 par le célèbre dramaturge William Shakespeare dans une pièce de théâtre intitulée "Henry V". "Azincourt marque la naissance du sentiment national anglais", assure aujourd'hui Christophe Gilliot, le directeur du Centre Historique Médiéval, qui annonce d'ores et déjà plusieurs commémorations en 2015 pour marquer les 600 ans de la bataille. 

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