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La mémoire du Nord Pas-de-Calais : Dunkerque et l'Opération Dynamo de 1940

Un Mémorial près de la jetée de Malo rappelle la spectaculaire évacuation des troupes anglaises et françaises en mai-juin 1940. / © AFP / Yann Fossurier
Un Mémorial près de la jetée de Malo rappelle la spectaculaire évacuation des troupes anglaises et françaises en mai-juin 1940. / © AFP / Yann Fossurier

La bataille de Dunkerque et l'Opération Dynamo ont constitué un épisode majeur de la Seconde Guerre Mondiale, en mai-juin 1940. Ce repli défensif - qui a permis l'évacuation de près de 340 000 soldats britanniques et français- a sans doute sauvé l'Angleterre face à l'Allemagne nazie.

Par Yann Fossurier

Une imposante stèle surplombe aujourd'hui la plage de Malo-les-Bains. Elle commémore la spectaculaire évacuation de Dunkerque menée entre le 26 mai et le 14 juin 1940 pour répondre à l'avancée et l'encerclement des blindés allemands : près de 340 000 soldats britanniques et français avaient pu rejoindre l'Angleterre grâce à la mobilisation de 1400 bateaux. C'est ce qu'on a appelé l'Opération Dynamo.

A Dunkerque, une association entretient le Mémorial du Souvenir, un petit musée ouvert dans les casemates du Bastion 32, l'ancien quartier général des Forces franco-alliées. La bataille et l'évacuation y sont décrites à travers des plans, des maquettes, des photos, des films, des objets d'époque, des armes, des uniformes et même quelques vestiges retrouvés sous le sable des plages dunkerquoises.   

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Dunkerque et l'Opération Dynamo de 1940
Reportage de Yann Fossurier et Sébastien Gurak (avec des extraits de "Week-End à Zuydcoote" d'Henri Verneuil / DVD Studio Canal).

 

Pourquoi la bataille de Dunkerque et l'Opération Dynamo ?

En mai 1940, les Alliés subissent de plein fouet l'offensive-éclair (Blitzkrieg​) lancée sur la Belgique et la France par l'Allemagne nazie. Le 10 mai, les blindés allemands ont pris les états-majors par surprise en franchissant les Ardennes par Sedan. Derrière, les troupes françaises et britanniques se retrouvent rapidement prises en étau dans la "poche de Dunkerque". Le 24 mai, Adolf Hitler ordonne dans sa directive numéro 13 "l'anéantissement des forces franco-belgo-anglaises enfermées dans les Flandres et l'Artois".

La France envisage une contre-attaque pour évacuer les troupes vers le Sud, mais le chef du corps expéditionnaire britannique, le général Gort, décide de rapatrier ses hommes vers l'Angleterre et ordonne l'évacuation par les ports de la Manche. La Belgique capitule le 28 mai et le lendemain les Français reçoivent l'ordre de regrouper leurs grandes unités entre Bray-Dunes et La Panne en vue d'embarquer.

Comment s'est déroulé l'Opération Dynamo ?

L'"Opération Dynamo" est pilotée de l'autre côté de la Manche par le vice-amiral britannique Bertram Ramsay. Le nom de code a été choisi en raison du groupe électrogène qui alimente les souterrains du château de Douvres où ce dernier a installé son quartier général. L'évacuation va durer 9 jours.

Toute une flotte de 1 400 bateaux est mobilisée pour évacuer les soldats, du destroyer au plus petit voilier. Des caboteurs néerlandais, fuyant leur pays occupé, se sont également joints à l'opération. L'embarquement se fait depuis le port de Dunkerque et les plages, sous les bombardements incessants de l'aviation allemande et les sirènes assourdissantes des Stukas qui attaquent en piqué. Le 27 mai, à peine 8 000 hommes ont pu embarquer pour rejoindre l'Angleterre. Le 31 mai, ils seront 68 000. L’embarquement est parfois tendu et désordonné, les Britanniques privilégiant d'abord leurs propres troupes. Certains meurent noyés. Sur les 400 000 soldats encerclés dans la "poche de Dunkerque", 340 000 environ parviendront tout de même à traverser la Manche, dont 120 000 Français (l'opération sera même prolongée d'une nuit le 4 juin pour permettre l'évacuation de 26 000 Français supplémentaires).

Une arrière-garde, composée de soldats français pour l'essentiel, a vaillamment combattu pour faciliter cette opération, malgré une infériorité numérique insurmontable (1 contre 10 puis 1 contre 30). Après le départ des derniers bateaux, 35 000 hommes sont faits prisonniers par les Allemands. Au total, 11 000 soldats alliés sont morts pendant la bataille et l'évacuation de Dunkerque.
 

Un épisode glorieux ou infamant pour les Alliés ?

Le 4 juin, le drapeau nazi flotte sur Dunkerque... ou plutôt ce qu'il en reste après des jours de bombardements intensifs. En 1964, le cinéaste Henri Verneuil tournera sur les lieux mêmes de l'opération, le film "Week-end à Zuydcoote" (avec Jean-Paul Belmondo), portrait amer et désenchanté d'un groupe de soldats français désemparés, hagards, abandonnés par leurs supérieurs... un long-métrage tiré du roman éponyme de Robert Merle (Prix Goncourt en 1949), qui avait lui-même été fait prisonnier lors de la bataille de Dunkerque. Aujourd'hui, encore, les archives en noir et blanc de l'évacuation ont, pour beaucoup de Français, un goût de débâcle.

Mais Lucien Dayan, le président  de l'association qui gère et entretient le Mémorial du Souvenir, relativise. "J'affirme sans complexe que les Allemands ont perdu la guerre à Dunkerque, car l'Angleterre restait une base suffisamment proche pour pouvoir revenir 4 ans plus tard, lors du débarquement allié de juin 1944", estime-t-il. "Le fait que l'Angleterre ait réussi à rapatrier son corps expéditionnaire a empêché l'Allemagne de débarquer en Grande-Bretagne. Une évacuation, une retraite, ça n'a rien d'infamant. Dans le discours du 18 juin du général De Gaulle, tout est dit : on a perdu une bataille, mais on n'a pas perdu la guerre."

Le premier ministre britannique de l'époque, Winston Churchill, ne s'y est  pas trompé le 4 juin 1940, en qualifiant l'Opération Dynamo de "miracle de la délivrance".

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