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Des millions d'euros prélevés aux facs pour boucler leur budget 2015

L'Université Lille 2 est l'une des plus touchées. / © MAXPPP
L'Université Lille 2 est l'une des plus touchées. / © MAXPPP

Le gouvernement a officialisé vendredi une ponction de 100 millions d'euros sur les réserves d'une cinquantaine d'universités et écoles afin d'aider au financement des dotations 2015 pour l'ensemble des établissements de l'enseignement supérieur, qui seront notifiées avec plusieurs mois de retard.

Par Emmanuel Magdelaine

Parmi les plus concernées par cet "exercice de solidarité" figurent l'université de Lille II (8,75 millions d'euros), de Paris II (7,66 millions d'euros) et de Grenoble II (6,68 millions d'euros). Les chancelleries d'université contribueront à hauteur de 5%. L'université d'Artois à Arras fournira à elle seule un quart de la somme, soit plus de 24 millions d'euros.

"Je ne peux pas dire que ça met en péril mon université, mais je ne peux pas dire non plus que ça la sert", ironise le président de l'université d'Artois Francis Marcoin, pour qui son établissement "est là pour boucher les trous". "Si on voulait faire jouer la solidarité jusqu'au bout, il faudrait que les autres régions nous cèdent des moyens en chercheurs", ajoute-t-il, estimant que la région Nord-Pas-de-Calais en est "déficitaire".

L'université d'Artois affichait un fonds de roulement de 161 jours et "n'avait pas de projet d'investissement qui lui permettrait d'utiliser cette ressource", se défend le ministère qui a prévu 65 jours de fonctionnement pour chaque établissement, là où 30 jours lui semblent suffisants. Au total, 11 des 76 universités, 25 des 36 écoles d'ingénieurs et une dizaine de grands établissements verront leurs fonds de roulement mis à contribution, sans que cela n'affecte leurs projets d'investissements, indique le ministère de l'Education.

"Les universités les plus vertueuses" ponctionnées

"Cela fait plusieurs mois qu'on sait qu'ils vont" prélever 100 millions, "on leur dit que c'est inepte", déplore Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d'université (CPU), pour qui on ponctionne "les universités les plus vertueuses". "L'année prochaine, c'est 300 millions qu'il va falloir trouver, on ne sait pas comment".

"Je me suis battue, et j'ai obtenu gain de cause pour que les mobilisations des fonds de roulement soient ponctuels, d'un montant très limité, et surtout pour
que cette somme soit redéployée au bénéfice de tous les établissements d'enseignement supérieur
", avait déclaré la semaine dernière la ministre de l'Education et de l'Enseignement supérieur Najat Vallaud-Belkacem.

Dotations en hausse

Sur le papier, les dotations 2015 des universités et des écoles pour leur fonctionnement et leur masse salariale augmenteront de 200 millions d'euros, dans un contexte de hausse du nombre d'étudiants: une moitié de cette hausse est financée en réalité grâce à la ponction sur les réserves des universités, l'autre grâce à la "réduction spontanée de dépenses immobilières".

Ces dotations permettront aux universités de compenser partiellement l'exemption des droits d'inscription dont bénéficient les boursiers, la moitié de la hausse automatique de la masse salariale (non prise en compte lors du passage des universités à l'autonomie à partir de 2008), des "mesures catégorielles" pour les personnels de catégorie B et C et la création des 1.000 postes par an prévus chaque année sur le quinquennat.

Les fonds de roulement des universités et écoles totalisent 1,5 milliard d'euros, dont le quart restait "libre d'emploi", selon un rapport de l'Inspection générale
des Finances et de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche remis le 10 avril, sur la base des comptes 2014 arrêtés début avril, c'est pourquoi les dotations n'avaient pas été notifiées plus tôt, dit le ministère.

Cette notification tardive n'a pas empêché les universités de voter leur budget 2015 et n'a "en aucun cas mis en cause leur capacité à fonctionner normalement", assure-t-il. Un argument contesté par le président de la CPU qui estime que ce retard "empêche de faire un budget sincère". Les dotations seront officiellement présentées lundi à la communauté universitaire.

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