En 2018, un rapport du sénateur de l'Aisne Yves Daudigny alertait sur la pénurie de médicaments de réanimation

En 2018, la mission d'information présidée par le sénateur socialiste de l'Aisne Yves Daudigny sur la pénurie de médicaments soulignait un certain nombre fragilités de l'approvisionnement de notre pays. / © E.Henry/FTV
En 2018, la mission d'information présidée par le sénateur socialiste de l'Aisne Yves Daudigny sur la pénurie de médicaments soulignait un certain nombre fragilités de l'approvisionnement de notre pays. / © E.Henry/FTV

En 2018, Yves Daudigny présidait une mission d'information sur les pénuries de médicaments en France dont les conclusions soulignaient des fragilités d'approvisionnement de notre pays en la matière. Certains de ces médicaments ont manqué au plus fort de la crise sanitaire liée au Covid-19.

Par Jennifer Alberts et Rémi Vivenot

En 2018, Yves Daudigny se retrouve à la tête d'une mission d'information du Sénat sur les pénuries de médicaments et de vaccins en France. C'est son collègue et sénateur du Nord Jean-Pierre Decool qui lui a proposé de travailler avec lui sur le sujet : il avait en effet été interpellé par des étudiants sur ce thème.


Des médicaments liés à la réanimation mais aussi contre le cancer

"C'est une question sur laquelle les élus avaient peu travaillé, reconnaît le sénateur de l'Aisne. Les politiques et les médias ne s'y intéressaient pas, même au moment de cette mission d'information. Pourtant, c'est un phénomène qui existe depuis une dizaine d'années et qui s'est accentué à la fin des années 2010 : en 2018, les ruptures de stock étaient 10 fois plus importantes que 10 ans avant." Aujourd'hui, Yves Daudigny estime à 900 voire 1000 le nombre de médicaments en rupture.

"Il s'agit de médicaments pour le cancer, les antibiotiques, les médicaments pour le système nerveux et ceux liés à la réanimation. En 2018, on n'avait pas accordé plus d'attention que ça à ce phénomène mais aujourd'hui, c'est au cœur de l'actualité", explique Yves Daudigny. Selon l'élu, les pénuries de médicaments sont la conséquence de deux aspects de leur fabrication : "d'abord, les matières premières, c'est-à-dire les principes actifs, sont fabriqués à 80% en Chine ou en Inde, détaille le sénateur axonais. Ensuite, les médicaments eux-mêmes sont fabriqués partout dans le monde et beaucoup en Asie. Cette chaîne peut être fragilisée pour différentes raisons. Et quand c'est le cas, il n'y a plus de médicaments pour les patients. Selon nous, le fait que les principes actifs sont de moins en moins fabriqués en France et en Europe est une cause importante de pénurie et surtout une cause de perte d’indépendance sanitaire de la France."


La création d'un laboratoire public

Une situation qu'ont connu nombre d'hôpitaux français au plus fort de la crise liée au coronavirus/covid-19 : le confinement de la Chine, de plusieurs pays d'Asie et celui de la France ont perturbé la chaîne de fabrication, de distribution et de réception des médicaments.

À l'issue de cette mission d'information, le rapport des élus formulait plusieurs propositions. La principale était la création d'un laboratoire public qui fabriquerait mes médicaments en rupture. Une structure à but non lucratif qui existe déjà aux Etats-Unis à l'initiative des hôpitaux publics depuis fin 2018: "nous nous étions appuyés sur un laboratoire à caractère militaire qui est la pharmacie centrale des armées et un deuxième laboratoire qui est l’agence générale des équipements et produits de santé liée à l’APHP, expose Yves Daudigny. Ces deux laboratoires produisent une cinquantaine de médicaments chaque année. Notre idée, c’est de s’appuyer sur ces expériences-là pour les étendre et arriver à produire des médicaments qui sont le plus souvent en rupture."

Toutes les propositions de la mission d'information présidée par Yves Daudigny sont à lire dans cette note de synthèse : 


Les conséquences de l'évolution du système économique

Pour le sénateur, la situation vécue lors de la crise sanitaire n'est pas la conséquence d'une politique récente : "aujourd’hui, nous payons l’évolution du système économique depuis 10, 5 ou 20 ans. Un système économique qui fonctionne à flux tendu. Ce qui ne peut être compatible avec la constitution de stocks de médicaments, précise-t-il. Et qui recherche les pays où les coûts de production sont les moins élevés mais aussi les pays où les règlements sont les moins strictes et les moins draconiens. Rapatrier ces productions pharmaceutiques en France c’est prendre en compte les coûts de production mais aussi des mesures réglementaires qui s’imposent dans notre pays et en Europe. Il faut plus d’éthique dans la production des médicaments. Les entreprises pharmaceutiques dont les laboratoires sont répartis dans 5 principaux pays au monde dont la France, la Suisse, les Etats Unis, le Royaume-Uni obéissent aux lois du marché. Mais le médicament n’est pas un produit comme un autre. Il relève aussi de la solidarité."

Yves Daudigny estime que le travail de sa mission d'information a été "largement repris par le gouvernement. Ils se sont traduits dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale de 2020 par plusieurs mesures dont celle qui oblige les laboratoires à constituer des stocks de médicaments d’au moins 4 mois. (...) Cela a été voté fin 2019 et sera progressivement mis en place en 2020."
 

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