À Tergnier, une gérante de boite de nuit vend des fruits et légumes en attendant la réouverture de sa discothèque

Alors que le Conseil d'Etat a rejeté la demande de réouverture dès le 30 juin des patrons de discothèques, à Tergnier dans l'Aisne, Priscillia Huppe, propriétaire du Privilège a décidé de vendre des fruits et légumes pour pouvoir payer les charges de sa boîte de nuit.

Patronne d'une discothèque à Tergnier dans l'Aisne, Priscillia Huppe est contrainte de vendre des fruits et légumes depuis le mois de mars pour s'assurer un revenu.
Patronne d'une discothèque à Tergnier dans l'Aisne, Priscillia Huppe est contrainte de vendre des fruits et légumes depuis le mois de mars pour s'assurer un revenu. © G.Giraudeau / FTV

Sous l'enseigne noire et dorée flanquée de deux spots éteints, Priscillia s'affaire sur le parking de sa discothèque située à Tergnier dans l'Aisne.

Dans son manteau bordé de fourrure, cette patronne de boîte de nuit a troqué son bar contre un étal chargé de fruits et légumes. Fermé depuis plusieurs mois pour cause de crise sanitaire, le Privilège accueille désormais les cageots et les cartons de pommes, de carottes et de poireaux. 

Sans mes fruits et légumes, j'aurais déjà mis la clé sous la porte. (...) Mais je suis toujours là ! Difficilement mais je suis toujours là.

Priscillia Huppe, propriétaire du Privilège

Ce nouveau travail, bien loin de son activité habituelle, est une nécessité financière pour Priscillia : le Privilège n'a eu le temps d'ouvrir que deux semaines en octobre dernier. Et seulement en bar de 18h30 à 23h. Une catastrophe pour sa gérante qui avait acheté fin 2019 cet ancien magasin pour le transformer en boîte de nuit. "On n'a pas trop le choix, explique-t-elle de sa voix grave. Il faut qu'on sauve le bébé derrière nous ! Du coup, je me suis lancée dans les produits locaux et régionaux : fromage, saucisson pour pouvoir tenir debout." 

Insuffisance des aides

Les revenus qu'elle tire de ce commerce, jusqu'alors inconnu pour elle, permettent de payer les charges de l'établissement et complètent les aides gouvernementales. "Mais elles ne suffisent pas, calcule Priscillia. Rien que le loyer, il faut le payer : j'ai 1500 euros de loyer. Alors, vous voyez, il faut en vendre des kilos de tomates ! Sans mes fruits et légumes, j'aurais déjà mis la clé sous la porte. (...) Mais je suis toujours là. Difficilement. Je ne vous cache pas que c'est compliqué mais je suis toujours là."

J'avais l'impression de ne servir à rien, de ne servir à plus rien (...) Mes fruits et légumes, c'est aussi pour voir du monde. Si je n'avais pas trouvé cette alternative, ça aurait fini mal.

Priscillia Huppe, propriétaire du Privilège

Mais l'aspect financier n'est pas le seul argument pour celle qui a l'habitude d'être entourée de monde : "J'ai fait une grosse dépression. J'avais l'impression de ne servir à rien, de ne servir à plus rien, avoue Priscillia, l'émotion dans la voix. Pour moi, tout était en train de s'écrouler. L'alternative de mes fruits et légumes, c'est aussi pour voir du monde. Parce que je m'étais plus ou moins repliée sur moi-même et je ne sortais plus. Je venais une fois de temps en temps ici pour voir si tout allait bien mais c'est tout. Je pense que si je n'avais pas trouvé cette alternative, ça aurait fini mal".  ​

Toujours pas de date de réouverture

Mais Priscillia ne rouvrira pas le Privilège tout de suite.Vendredi 21 mai, le Conseil d'Etat a rejeté les demandes des exploitants de boîtes de nuit qui voulaient une réouverture au 30 juin. Alors que des concerts-tests vont avoir lieu fin mai et que les mariages reprendront avec des jauges et un couvre-feu à 21h le 9 juin, puis librement à compter du 30 juin, les exploitants d'établissements de nuit s'estiment victimes de "discrimination", pointant aussi que des clubs d'échangisme, enregistrés comme des restaurants, pourraient bientôt rouvrir avec une jauge.

Voir les gens heureux, les voir chanter, les voir danser...On donne du bonheur aux gens.

Priscillia Huppe, propriétaire du Privilège


Dernier espoir, le 15 juin prochain, date à laquelle le gouvernement doit se prononcer sur la réouverture des discothèques. 

En attendant, Priscillia continue d'installer son étal sur le parking du Priviliège du mardi au dimanche. Celle qui n'a pas perdu son sens du contact, garde l'espoir d'entendre à nouveau la musique résonner dans son établissement : "C'est un rêve pour moi cette discothèque. Voir les gens heureux, les voir chanter, les voir danser...On donne du bonheur aux gens. Et on va en voir le bout !"

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