Aisne : les élus du Soissonnais défendent leurs trésoreries menacées

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées lundi matin devant la sous-préfecture de Soissons pour afficher leur opposition à la fermeture de quatorze trésoreries du département. Des élus ont été reçus par la directrice départementale des Finances publiques.

Une cinquantaine de personnes, élus du Soissonnais de tous bords, représentants syndicaux et agents territoriaux se sont retrouvés lundi à Soissons pour défendre les quatorze trésoreries de l'Aisne (sur vingt) menacées de fermeture d'ici à 2022, dans le cadre de la réorganisation de l'administration fiscale annoncée le 7 juin par Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics.

Les élus ont été reçus par la directrice départementale des Finances publiques Edith Marchica-Ricour et le sous-préfet Alain Faudon pour leur détailler le plan gouvernemental : transfert des activités des petites trésoreries dans des services de taille plus importante et mise en place de conseillers aux collectivités territoriales auprès des élus locaux ; un service par canton, à trente kilomètres maximum de chaque administré.

« On n'a pas eu de garantie sur le personnel. Ils nous ont dit qu'il y aurait onze personnes dédiées aux collectivités territoriales pour dix-neuf communautés de communes », nous explique, déçu, Arnaud Battefort, maire de Vailly-sur-Aisne et co-initiateur du collectif Thémis 02 auquel ont déjà adhéré plus de 250 élus du département. « Je leur ai dit que ça allait être le dernier inventaire avant la liquidation de nos territoires ! ».

En effet, quatorze trésoreries devraient bel et bien fermer à Bohain-en-Vermandois, Le Nouvion-en-Thiérache, Guise, Vervins, Ribemont, Marle, La Fère, Liesse-Notre-Dame, Anizy-le-Grand, Vailly-sur-Aisne, Villeneuve-sur-Aisne, Villers-Cotterêts, Chateau-Thierry et Charly-sur-Marne.
 

Concertation ou "enfumage" ?

Depuis plusieurs jours, Mme Edith Marchica-Ricour multiplie les réunions. Mercredi, elle se rendra auprès des élus du sud de l'Aisne et jeudi en Thiérache et se veut rassurante : « c'est une phase de concertation. Il y a des modifications à faire. Il faut une base de départ, mais après on discute ».

« C'est de l'enfumage. Il n'y a pas eu de concertation avec les élus, répond Ambroise Centonze-Sandras, maire d'Anizy-le-Grand, qui devrait perdre sa trésorerie. M. Centonze-Sandras, co-initiateur du collectif Thémis 02, refuse toute discussion sans retrait préalable du projet.

En 2017, le service à la personne de sa trésorerie avait déjà été transféré à Laon à près de vingt kilomètres de route : « la population est en colère, les administrés viennent plutôt en mairie au lieu d'aller à Laon. Cette mission de l'Etat est de fait assurée par des employés municipaux. »

Un département déjà en souffrance

Le projet gouvernemental prévoit pourtant « d'augmenter le nombre d'accueils de proximité de 30% d'ici 2022 (...). Un effort sans précédent et qui rompt avec la disparition programmée des accueils de service public ».

Cette grande ambition affichée par M. Darmanin « masque en réalité la suppression de plus d'un millier de trésoreries et centres des impôts en dur » (sur 3 500 existant aujourd'hui, NDLR) et alors que « 700 » d'entre eux « ont déjà disparu depuis 2012 », affirme la CGT dans un communiqué publié le 13 juin. 

« On enlève le service de proximité des usagers dans un département comme l'Aisne, où le taux d'illettrisme est le plus élevé du territoire. On a beaucoup de gens qui ont des moyens de transport et de déplacement extrêmement limités », assure Patrick Taupier, secrétaire départements CGT des finances publiques.

À l'issue de la phase de concertation la direction départementale des Finances publiques fera remonter à Bercy une synthèse des réflexions, remarques et questions évoquées lors des réunions. Le processus va se poursuivre jusqu'à la mi-octobre. Lundi matin, les participants du Soissonnais ont convenu de se retrouver le 20 septembre à Cuffies pour refaire le point.

Et Arnaud Battefort de prévenir : « si l'Etat se montre inflexible, la réunion tournera court ».